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Auteur : Pierre Centlivres | Micheline Centlivres-Demont
Date de saisie : 19/04/2007
Genre : Sociologie, Société
Editeur : Zoé, Carouge, Suisse
Prix : 24.00 € / 157.43 F
ISBN : 978-2-88182-585-9
GENCOD : 9782881825859
Sorti le : 19/04/2007
Dans ces chroniques, rédigées a partir de leurs journaux de terrain, Pierre et Micheline Centlivres couvrent deux périodes distinctes, presque opposées : celle «d'avant» le coup d'État d'avril 1978 à Kaboul, et celle «d'après», marquée par une crise prolongée. Dans celle d'avant, vue à partir des villages du Nord-Est du pays dont ils ont partagé la vie, les auteurs montrent les déséquilibres des rapports ethniques et sociaux. Dans celle d'après, ils décrivent une «nation» afghane exilée dans les pays voisins. Les retours à Kaboul, dont le visage change à mesure que le conflit s'aggrave, ponctuent le déroulement d'un récit dans lequel apparaissent la complexité, les lignes de fracture mais aussi l'extraordinaire dynamisme, qui sont au coeur de la société afghane. «Revoir Kaboul» est le motif récurrent de ces chroniques, comme un miroir dans lequel se dévoile le destin de ce pays au coeur de l'Asie.
Pierre Centlivres est professeur honoraire et ancien directeur de l'Institut d'ethnologie de l'Université de Neuchâtel (Suisse); il a été conseiller au Musée national afghan à Kaboul de 1964 à 1966. Micheline Centlivres-Demont est ethnologue et rédacteur d'Afghanistan Info depuis 1980. Les auteurs ont effectué de longs séjours de recherches en Afghanistan entre 1964 et 2005 et au Pakistan entre 1986 et 1998. Ils ont écrit seuls, ou en collaboration, de nombreux ouvrages sur l'Afghanistan.
Ce naufrage de l'Afghanistan, Pierre Centlivres et Micheline Centlivres-Demont, deux ethnologues suisses, le décrivent, cette fois à partir de leurs journaux de terrain. Ceux-ci couvrent deux périodes si distinctes qu'elles paraissent s'affronter : celle d'«avant» le coup d'Etat communiste d'avril 1978, qui a vu le début de la guerre civile, et celle d'«après». Leur gros livre est la somme magnifique de deux vies passionnées par ce pays, le livre de référence indispensable à qui veut comprendre les lignes de fractures actuelles et la culture afghane.
Ethnologues à l'université de Neuchâtel, en Suisse, Pierre Centlivres et Micheline Centlivres-Demont parcourent l'Afghanistan - ainsi que l'Iran et le Pakistan voisins - depuis les années 1970. Ils y ont rencontré des familles qu'ils ont suivies à travers les circonstances. Ils en ont tiré plusieurs monographies. Revoir Kaboul est à la fois une synthèse de ces rencontres et une réflexion sur un pays qui reste le lieu géométrique de plusieurs affrontements géopolitiques...
Ils sont retournés sur les lieux de leurs premières missions "de terrain". Ils ont retrouvé des villages détruits, déplacés, et les familles des chefs traditionnels qui se sont adaptées aux nouvelles réalités de la "démocratie" importée par l'Occident, "des familles puissantes, écrivent-ils, qui englobent leur propre opposition, la nouvelle légitimité et l'illégalité". Ils ont interrogé des exilés revenus au pays, qui "jouent un grand rôle dans la fermentation en profondeur de la société", parce qu'ils mettent à profit l'expérience acquise ailleurs pour aider à la modernisation.
Des Afghans sans domicile fixe
Septembre - octobre 1986
Dans son histoire du siège de Chitral en 1895, Sir George Robertson parle d'un Badakhshi chantant un poème d'amour en s'accompagnant du sitar ; le chanteur, pense-t-il, est un prince réfugié. Il évoque ainsi les changements de destinée où l'exil succède à la puissance, et aussi la proximité de ces terres de violence où le pouvoir change de main et les populations de maître. Proche du Badakhshan, le Chitral avait aussi dans la deuxième moitié du XIXe siècle des liens privilégiés avec le Kafiristan afghan, l'actuel Nouristan. Il n'y avait pas de frontière séparant des États, mais des rapports de voisinage coupés de conflits et des suzerainetés mouvantes. Tout change avec la signature à Kaboul, en novembre 1893, d'un traité traçant une ligne de partage des zones d'influence entre l'Empire des Indes et l'Afghanistan, la ligne Durand du nom de son négociateur britannique. En vertu de ce traité, le Chitral devient dépendant de l'Empire des Indes sous l'autorité locale de ses princes, les mehtars. La ligne Durand détermine aujourd'hui encore la frontière entre l'Afghanistan et le Pakistan, du Wakhan au nord-est à l'Iran à l'ouest, frontière non reconnue par l'Afghanistan.
C'est l'erreur d'une carte britannique, base du traité, qui a donné à Kaboul la vallée de Bashgal - constituant la partie orientale du Nouristan actuel -jusqu'alors tributaire du mehtar de Chitral auquel elle devait livrer cent livres de beurre fondu par année. Mais cette frontière demeure une abstraction. Bien des Chitralis ont des parents au Badakhshan ou au Nouristan et le commerce ne s'est jamais interrompu. De nos jours encore, le lapis-lazuli du Badakhshan transite plus facilement par le Chitral que par les pistes de l'Afghanistan vers les marchés internationaux.
Avec la ligne Durand, les conflits locaux font place à des querelles entre États et aussi aux flux de réfugiés. En 1895, Abdur Rahman, l'émir de Kaboul, sous prétexte de convertir ses habitants à l'islam, envahit le Kafiristan en commençant par la vallée de Bashgal qui fait partie de sa zone d'influence. Les notables kafir demandent de l'aide au mehtar, leur ancien suzerain ; en vain !
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