Les associations et coopératives prennent aujourd'hui une importance grandissante dans l'économie. Cet ouvrage éclaire cette actualité par une mise en perspective historique à la fois approfondie et accessible. L'économie solidaire présente en effet des proximités évidentes avec l'associationnisme qu'a connu la société française à partir des années 1830 et qui s'est prolongé avec plus ou moins d'intensité tout au long du XIXe siècle et au début du XXe siècle, avant le développement de l'État social. Ce mouvement d'idées qui a donné lieu à un foisonnement de pratiques était en effet porteur de deux propriétés fondamentales qui servent aujourd'hui à définir l'économie solidaire : la volonté de promouvoir la réciprocité comme principe économique dans l'organisation de la production et de la distribution des richesses ; la volonté de créer des espaces publics de proximité dans lesquels sont élaborés des projets marqués par des valeurs solidaires.
Par le développement d'échanges économiques «réciprocitaires» autour d'espaces publics de proximité, les associés permettaient de poser les fondements d'une économie fraternelle ou solidaire. Là résident les bases principales de l'économie sociale alors naissante qui trouve aujourd'hui dans le développement de certaines pratiques associatives et coopératives un renouveau et un prolongement.
Cyrille Ferraton est chercheur associé au Laboratoire d'économie de la firme et des institutions (Institut des sciences de l'homme, université Lumière Lyon 2) et à la Chaire de recherche du Canada en économie sociale (Ecole des sciences de la gestion, université du Québec à Montréal).
Les courts extraits de livres : 01/05/2007
L'association comme palliatif de la «question sociale»
Libéralisme et association chez Alexis de Tocqueville
Si A. de Tocqueville se montre critique d'un certain interventionnisme orchestré par l'État, il porte un jugement beaucoup plus favorable à l'action associative. Sa réflexion en la matière n'est pas que politique, mais aussi économique. Il s'intéresse à l'économie politique très tôt ; il lit notamment J.-B. Say 1. À la suite d'un premier voyage en Angleterre, il entame à partir de 1833 des travaux sur le paupérisme (Tocqueville, 1835a ; 1991 ; 1989b) s'inspirant d'Économie politique chrétienne ou recherches sur la nature et les causes du paupérisme en France et en Europe et sur les moyens de le soulager et de le prévenir (1834) d'Alban de Ville-neuve-Bargemont. Son second voyage en Angleterre et en Irlande dans les grands centres urbains l'amène à développer, dans le second volume de De la démocratie en Amérique (1840), un chapitre relatif aux problèmes ouvriers causés par l'industrialisation (Tocqueville, 1840, p. 671-675).
En fait, deux conceptions de l'association peuvent être distinguées dans l'oeuvre d'A. de Tocqueville. Une première relative à la question du paupérisme ; l'association s'apparente alors essentiellement à un mode d'organisation intermédiaire entre assistance légale et charité individuelle ; et une seconde, développée dans De la démocratie en Amérique, posant les bases d'une théorie de l'association établie sur l'«intérêt bien entendu» qu'il différencie de l'individualisme.