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Auteur : Michaël Werner
Date de saisie : 00/00/0000
Genre : Sociologie, Société
Editeur : Maison des sciences de l'homme, Paris, France
Prix : 20.00 € / 131.19 F
ISBN : 978-2-7351-1078-0
GENCOD : 9782735110780
Xavier Clion - 15/05/2007
Claire Lamarre - 09/05/2007
Les débats actuels sur la situation des langues en Europe souffrent d'un déficit de réflexion. La position dominante de l'anglais et le recul conjoint du français et de l'allemand en Europe sont perçus comme les marques d'une évolution inéluctable face à laquelle les volontarismes politiques seraient impuissants. Pour tenter de sortir du lamento habituel sur l'appauvrissement linguistique qui menacerait les nouvelles générations d'Européens, cet ouvrage propose de réfléchir au fonctionnement et aux implications des choix linguistiques à travers une série de questions d'ordre plus général : qu'est-ce qu'une langue prise non pas comme système organisé de signes, mais comme réalité sociale et culturelle ? Comment cette réalité s'articule-t-elle sur les pratiques tant individuelles que collectives ? Quelles représentations informent ces pratiques et à travers quelles institutions sont-elles élaborées, transmises et reçues ?
Diverses et nuancées, les réponses esquissées partent toutes du même constat : il faut dépasser la vision de «l'exception linguistique française». L'attention portée à des terrains «atypiques» comme la Suisse ou la Belgique ou encore l'insistance sur la profondeur historique des rapports entre langue, culture et politique en Europe sont autant de propositions qui décentrent le débat sur les pratiques linguistiques. Par là même, elles visent à redéfinir les conditions - et les limites - d'une action publique soucieuse des principes d'une société démocratique.
Poésie et relation à la langue
C'est sans doute à partir de cette performance innovante de la littérature que nous pouvons mieux définir la place que pourrait tenir l'enseignement des langues maternelles à l'École. Il s'agit en effet, avec la littérature, de la pratique symbolique où le rapport entre langue et histoire apparaît le plus clairement. Loin que la poésie soit une exception, une déviance par rapport à une langue supposée commune et banalisante, elle peut, au contraire, servir ici de modèle commun. L'innovation littéraire, quand elle est signifiante, c'est-à-dire quand elle n'imite pas la fascination compulsive pour le présent, provient d'un rapport déterminé à l'histoire, que ce soit sous la forme de la rupture abrupte, comme dans les avant-gardes du siècle dernier, ou dans un déplacement même limité de la tradition, qui n'est plus prise comme un modèle contraignant, ni comme un repoussoir, mais qui devient un matériau à travailler. La tradition est ainsi dotée de possibilités expressives nouvelles. Chez les auteurs radicaux, comme Paul Celan, la langue elle-même ainsi que l'ensemble de la grande tradition poétique qu'elle a accompagnée sont soumises au soupçon en raison de l'événement catastrophique qu'elles ont facilité avec les cruautés massives et racistes du IIIe Reich ou qu'elles n'ont, pour le moins, pas empêché. Mais la critique s'appuie chez cet écrivain sur le matériau linguistique et poétique traditionnel dont elle analyse les effets. Elle le cite, méthodiquement, pour le défaire et le recomposer et produire par là une nouvelle forme esthétique (Bollack, 2003). L'important est que ce mouvement de recomposition est à la fois fermé et ouvert. Il est fermé en tant qu'il débouche sur un texte, qui est individuel, parce que non substituable par un autre, et il est ouvert, parce qu'il ne se laisse réduire à aucune représentation mentale définie, à aucune réalité préalable, ni à aucun code préétabli. Un poème, une oeuvre ne sont ni la représentation d'un contenu de pensée, ni la réalisation particulière d'un code préexistant. Comme nous le disait Peter Szondi, «les textes se donnent comme des individus, non comme des exemplaires» (Szondi, 1981 : 20). Ce qui est dit et la manière de le dire coïncident, sans qu'il soit possible de les séparer ; l'un se constitue, dans sa nouveauté, en même temps que l'autre.
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