Editeurs, auteurs, valorisez vos livres.
Libraires, partagez vos découvertes.
Inscrivez-vous à la Lettre des Libraires.
Découvrez sur votre mobile, en exclusivité, les choix des libraires, le courrier des auteurs, la revue de presse des livres, et des milliers d'extraits de livres en cliquant plus bas.
Auteur : Giuseppe Tomasi di Lampedusa
Traducteur : Jean-Paul Manganaro
Date de saisie : 03/05/2007
Genre : Romans et nouvelles - étranger
Editeur : Seuil, Paris, France
Collection : Cadre vert
Prix : 22.00 € / 144.31 F
ISBN : 978-2-02-090679-1
GENCOD : 9782020906791
Sorti le : 03/05/2007
Le Guépard est avant tout l'histoire d'un homme, Don Fabrizio, l'imposant prince de Salina aux yeux clairs et à la toison couleur de miel, qui trouve refuge dans son observatoire pour s'élever au-dessus des querelles et converser avec les étoiles.
Nous sommes en 1860, Garibaldi vient de débarquer à Palerme, le vent révolutionnaire du Risorgimento agite la Sicile. Don Fabrizio voit se défaire la rigueur de l'ordre ancien et assiste impassible à la ruine de sa classe. Lucide et désenchanté, il s'incline devant la force nouvelle qu'incarne son cher neveu, l'impétueux Tancredi, et c'est avec courtoisie, non sans humour, qu'il demande pour lui la main de la belle Angelica Sedara, fille de don Calogero dont le grand-père ne savait ni lire ni écrire.
Giuseppe Tomasi, prince de Lampedusa, s'est éteint en 1957 dans savoir que le chef-d'oeuvre auquel il avait consacré les deux dernières années de sa vie serait publié, traduit dans tous les pays et merveilleusement adapté au cinéma par Luchino Visconti. Cinquante ans plus tard, cette nouvelle traduction restitue remarquablement l'âpreté de la terre sicilienne et l'ambiance aristocratique des palais palermitains qui imprègnent ces pages.
Le raffinement, la complexité de ce personnage, et de ceux qui l'entourent, est l'un des bonheurs qu'on éprouve à lire ou relire Le Guépard, dans la traduction qu'en propose aujourd'hui Jean-Paul Manganaro. Une traduction moins lisse que la précédente (qui datait de 1959), et qui restitue superbement à la prose de Lampedusa sa charge sensuelle, lourde, entêtante, vénéneuse, presque barbare...
C'est par les yeux de l'orgueilleux don Fabrizio qu'on observe et ressent l'inexorable déclin de ce «monde d'hier». A travers mille détails et métaphores subtiles : ici, la luxuriance presque écoeurante d'un jardin saturé de senteurs, ou la décrépitude vaguement morbide d'un vaste palais baroque ; là, l'image d'une campagne sicilienne inerte, accablée de soleil ; plus loin, les échos d'une conversation pleine de sous-entendus qui disent entre les lignes le renversement des valeurs et des rôles... «Il faut que tout change pour que rien ne change», professait Tancredi aux oreilles de son oncle. Tout change, effectivement, et Le Guépard est tout empreint de la langueur mélancolique née de cette dégradation, cette putréfaction du passé. S'offrant à lire comme un chant funèbre, étrangement ironique et ardent.
Lampedusa n'était pas seulement un mémorialiste, un peintre de la société de son île : c'était avant tout un magnifique écrivain. Il serait aussi injuste de le réduire au rôle folklorique de témoin d'une société en voie de disparition que de prendre La Bruyère pour un simple chroniqueur de la cour de Louis XIV...
Sous son apparence de roman historique, «le Guépard» est bien autre chose : un recueil de paradoxes fameux («Si nous voulons que tout reste tel que c'est, il faut que tout change») et d'images percutantes (la plainte des cigales comparée au râle de la Sicile calcinée) ; un roman d'amour d'une fraîcheur d'autant plus merveilleuse qu'il éclot et s'épanouit dans un décor suranné ; un album de paysagiste avec, par exemple, le départ à l'aube pour la chasse, qui a toute la poésie d'une page de Tourgueniev ; un roman sur la vieillesse, bouleversant («Ils [ les jeunes ] peuvent se permettre d'être assez gentils avec nous, puisqu'ils sont sûrs que le jour suivant nos funérailles ils seront libres») ; une méditation sur la mort, qui n'est pas seulement la mort du vieux prince, dans le dernier chapitre, extraordinaire, mais la mort considérée comme une métaphore de la Sicile, royaume funèbre écrasé sous un soleil qui assassine les énergies. Lampedusa, on le sait, mourut avant la publication de son unique roman. Preuve éclatante que, si tout est mort en Sicile, tout y est immortel.
Car il ne s'agit pas simplement de l'habituelle comédie du pouvoir, mais du mouvement même de l'histoire. Puisant dans les journaux du temps, des correspondances et des papiers familiaux, Lampedusa invente la relation que son héros, le prince Fabrizio di Salina, aurait pu nous donner des événements de 1860 en Sicile. Par parenthèses, la traduction nouvelle me semble plus agréable et piquante que la première - de F. Pézard -...
Le Guépard est une fresque colorée, intelligente et féroce, et néanmoins mélancolique, le crépuscule du soir précédant celui du matin. Elle enterre un monde qui a su à la fois passer et reprendre la main.
Copyright : lechoixdeslibraires.com 2006-2012 - Informations légales - Programmation : Olf Software - Accessibilité, CSS et XHTML : Gravelet Multimédia