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.. Raphaël

Couverture du livre Raphaël

Auteur : Jérôme Moritz

Date de saisie : 23/04/2007

Editeur : Mutine, Cessey-sur-Tille, France

Prix : 12.00 € / 78.71 F

ISBN : 978-2-911573-38-5

GENCOD : 9782911573385

Sorti le : 23/04/2007

Xavier Clion - 15/05/2007


  • Les présentations des éditeurs : 04/05/2007

«... Je m'étais tellement fondu dans Stella, copiant ses gestes, vivant à son rythme, apprenant ses habitudes, que j'avais sans le vouloir écarté Malakov de mon quotidien. L'idée même de son amitié avait fini par s'évanouir dans le lointain, comme les notes à peine susurrées d'un accordéon grippé. Mais il m'avait cherché, puisque j'étais indispensable à sa réussite, à son équilibre, et lorsqu'il m'avait trouvé, il avait eu la révélation. On était alors arrivés tous les trois au point de rupture, au point où chaque pas vers le lendemain devenait incertain...»

Une histoire d'amitié entre un jeune peintre parti de la ferme familiale, contraint aux petits boulots pour survivre et un gitan, joueur d'accordéon, conteur et poète.
Deux artistes qui partagent les aléas de la création... Et l'arrivée de Stella, La Femme, qui rend les relations plus complexes et les émotions plus violentes.
Le narrateur est le jeune peintre, ce qui donne une succession de tableaux, de portraits précis, colorés, vivants, d'images, de comparaisons extrêmement suggestives.

Jérôme Moritz, jeune chercheur au CNRS à Grenoble, signe là son premier roman, écrit dans un style très personnel, très suggestif. Très vite, on est plongé dans l'univers des trois personnages : une réalité sombre transcendée par les deux artistes.


  • Les courts extraits de livres : 04/05/2007

J'avais accroché ma dernière aquarelle sur le mur qui fait face à la fenêtre, puis je l'avais posée sur une table basse, je l'avais ensuite enfermée dans un meuble, je l'avais encore affichée au-dessus de la lunette des toilettes, en espérant qu'elle tombe et disparaisse, avalée dans les tourbillons de colombins et de papier hygiénique. Je l'avais finalement fixée sur le mur du salon, et je la regardais parfois quand les filles dans les bus devenaient trop lassantes ou trop vulgaires.
Je suis toujours étrangement lié à cette aquarelle, je voudrais la préserver, éviter qu'elle ne se désagrège, mais j'aimerais aussi l'envoyer par le fond, la brûler, pour terminer un genre d'exorcisme, pour mettre un point final aux processus de la création.
Je l'avais achevée assis sous le chambranle de la porte de mon atelier, face aux cheminées de la centrale thermique qui chauffent et éclairent toute l'île, j'avais peint des chalutiers qui chaviraient sous les déferlantes, avec des marins sur le pont qui balançaient leurs bras vers les étoiles dans un dernier appel désespéré.
J'avais signé de mes initiales la feuille gondolée et j'avais décidé de ne plus jamais peindre, et j'avais dit à Malakov mon intention de partir et il m'avait répondu que je crèverais si j'abandonnais. C'était tout juste s'il ne s'était pas agenouillé pour que je continue, il s'était démené de belles paroles, avec son ton emphatique et sa bouille déconfite, il m'avait supplié de léguer encore quelques toiles à la postérité.
Mais mes ultimes forces et inspirations avaient été laissées dans ma dernière série, celle que j'avais peinte durant de longues semaines, dans ma cabane de pêcheur, tamponnant et tamponnant des mètres carrés de toiles avec des huiles bon marché, ne dormant qu'à l'aube avec le départ des bateaux pour la pleine mer, me roulant dans les pigments avec la furie d'un squale affamé. J'avais travaillé la matière avec les mains, j'avais vomi sur la terre battue et j'avais mélangé les couleurs aux vomissures. J'avais pensé à la ferme et aux vergers qui l'entouraient, toutes ces nuances de jaune et de vert, toutes ces odeurs que je pouvais renifler en me repliant sur mon Intérieur, le fumier, les brimbelles, les jonquilles, la graisse des moteurs et le foin et la paille qui grésillaient dans l'air sec.


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