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Auteur : Juan de Gamboa
Traducteur : Michel Garcia
Date de saisie : 25/04/2007
Genre : Romans et nouvelles - étranger
Editeur : Mazarine, Paris, France
Prix : 19.00 € / 124.63 F
ISBN : 978-2-86374-351-5
GENCOD : 9782863743515
Sorti le : 25/04/2007
Autour de 1480, à peine un demi-siècle après la mort de Jeanne d'Arc, un chevalier castillan qui connaît bien la France entreprend de décrire les hauts faits d'une jeune fille qui ressemble beaucoup à la «bonne Lorraine» célébrée, à la même époque, par Villon.
Ce récit, bien dans le goût du temps, multiplie les exploits d'une jeune bergère, issue des marches orientales du royaume de France, pour restaurer l'autorité de son roi, sur le point d'être anéantie par l'action conjuguée du roi d'Angleterre, du duc de Bourgogne et de leurs alliés.
La fiction se détache sur un arrière-plan historique parfaitement identifiable, les années 1407-1453 qui correspondent à la fin de la guerre de Cent Ans. Les lieux, les personnages, les événements renvoient directement ou indirectement à leurs modèles réels.
Leur traitement, plus proche de la légende que de l'histoire, fournit une information précieuse sur la réception des exploits de Jeanne auprès d'une population plus encline à célébrer la victoire du roi de France qu'à pleurer les malheurs d'une jeune fille victime de la cruauté de ses ennemis et de l'ingratitude de ses amis.
De ce fait, cet ouvrage, bien que rédigé en castillan, comble une lacune dans la connaissance de la légende johannique française.
Professeur émérite de la Sorbonne nouvelle, ancien président des Amis du vieux Chinon, cité johannique, Michel Garcia est membre correspondant de l'Académie royale d'histoire de Madrid.
Où commence la ruine de France pour le remède de laquelle la Pucelle tomba, pour ainsi dire, du ciel
Au plus fort des années d'allégresse, en ces temps heureux où la cour des Rois de France était toujours en fête, la Fortune, jalouse des plaisirs que de sa propre main elle leur avait prodigués, transmua la très joyeuse vie de ces personnes en très lamentable mort. Elle voulut, dans le secret de ses projets maléfiques, alors que la cour du Roi de France, en cette année 1428, se trouvait dans la plus grande félicité qu'ait jamais connue aucun autre souverain de ce royaume, que le Duc d'Orléans, poussé par une coupable témérité, tentât de séduire la Duchesse de Bourgogne. Dans toute l'étendue de ce grand royaume, cette dame surpassait en beauté et en grâces toutes les dames de son temps. Parmi les dames de France les plus accomplies, elle se faisait remarquer comme Hélène parmi celles de Troie et La Caba, parmi celles d'Espagne ; comme elles, elle mit tout le royaume à feu et à sang. Alors qu'elle séjournait à la cour, elle alla aux bains dedans la ville de Paris. Le Duc d'Orléans, poussé par une passion coupable, entra dans un jardin où elle s'était retirée après son bain. Alors qu'elle était sous sa tente, lui, mû par un amour exacerbé, lui dépeignit sa vie de tourments, puis porta la main à son visage dans le désir de lui prendre plus que ce que son honnêteté pouvait lui donner. Dans son insistance, tandis qu'elle se défendait, il lui fit, avec une pointe de diamant qu'il portait au doigt, une éraflure au visage : ulcérée, la dame le chassa ignominieusement.
Mais la témérité du Duc de d'Orléans était telle et l'éraflure de la Duchesse si difficile à cacher que le Duc de Bourgogne finit par apprendre par le menu l'entreprise que le Duc d'Orléans poursuivait depuis longtemps en vain. Aussi, le lendemain soir, alors qu'il sortait du palais, sur l'ordre du Duc de Bourgogne il fut cruellement assassiné.
Le Roi fut très peiné de cet assassinat, parce que le Duc était son neveu et qu'il l'avait en grande affection. Il en éprouva une forte contrariété, mais on ne savait au juste sur l'ordre de qui le Duc avait été assassiné. Cependant, le Roi, sur un soupçon qu'il avait conçu, envoya au Duc de Bourgogne un roi d'armes afin de savoir de lui si l'assassinat du Duc, son neveu, avait été commis sur son ordre. Le Duc de Bourgogne, en présence d'une nombreuse assistance, répondit publiquement ces trois paroles : «Dites au Roi que c'est fait, bien fait et que c'est moi qui l'ai fait faire.» Ces paroles resteront gravées pour l'éternité dans la mémoire des hommes ; de fait, je les ai vues moi-même, en de nombreux lieux, écrites en langue française avec des lettres de sang, telles que le Duc les avait dites : «Il est fait, y est bien fait, et je lay fait faire.»
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