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Auteur : Virginie-Jija Mesropian
Illustrateur : Berbérian | Dupuy
Date de saisie : 19/04/2007
Genre : Biographies, mémoires, correspondances...
Editeur : Inventaire, Paris, France
Prix : 22.00 € / 144.31 F
ISBN : 978-2-910490-93-5
GENCOD : 9782910490935
Sorti le : 19/04/2007
Virginie a six ans en 1915.
Elle vit avec ses parents et ses trois frères à Erzeroum. Nous sommes à la fin de l'hiver.
Un matin d'avril, les massacres commencent...
Virginie se retrouve bientôt seule, avec, dans les yeux, l'image de monceaux de cadavres.
C'est pour elle le début d'un immense périple qui la conduira à Saint-Jean d'Acre, Beyrouth, Aintoura, Ghazir, Choueifat, Alexandrie, Stuttgart, Baden-Baden, Ulm...
Elle rencontrera ensuite, en 1935, une famille, les Anhoury, au sein de laquelle elle passera soixante-huit ans et sera la nounou de trois générations. Elle s'éteindra au Québec en 2003.
Peu avant sa disparition, Pierre Anhoury lui fait raconter l'histoire de sa vie. Et tandis qu'elle parle, il enregistre et filme. J'avais six ans en Arménie... est précisément ce récit imprimé et filmé.
Virginie Mesropian y apparaît comme une authentique conteuse qui, sans rechercher les effets, sobrement, sait tenir son lecteur en haleine et l'émouvoir.
Claire Mouradian, spécialiste de l'Arménie et du génocide, complète ce récit de documents.
Des photos, auxquelles s'ajoutent des dessins de Charles Berbérian, recréent l'atmosphère de l'époque.
Pierre Anhoury, Claire Mouradian et Charles Berbérian unissent ici leurs efforts pour inscrire cette histoire individuelle dans la grande Histoire.
Anne Coldefy-Faucard
Nous sommes arrivés à Kharpert, après un ou deux jours de marche, et c'est là qu'on m'a prise à ma mère.
Ce jour-là, on se reposait. Nous étions arrivés plus tôt, vers le matin.
Nous étions assis sous les arbres. Alors, quatre ou cinq soldats turcs, habillés différemment, sont arrivés et sont entrés. L'un commandait, choisissait les hommes et les enfants jusqu'à dix ou onze ans. Il n'y avait déjà plus beaucoup d'hommes parce que tous étaient morts. Quelques-uns - une vingtaine, trente-cinq ? Je ne sais -, les hommes restants, des adolescents et même des garçons d'à peine sept ans, ont été regroupés et emmenés vers un baraquement.
Un garçon de six ans devait faire partie du lot. Quand il s'est levé pour le départ, la peur dans les yeux, le regard fixe, il tremblait de tout son être, terrorisé à l'idée de s'éloigner de sa mère. C'est une image qui est restée gravée à jamais dans ma mémoire. L'officier a été pris de pitié et l'a rendu à sa mère. Après avoir été rassemblés dans le baraquement, tous ces hommes sont partis sans retour.
Deux soldats s'arrêtent devant ma mère et lui parlent assez longtemps.
Ils ont l'air gentil. Alors, ma mère dit :
"Allez, mes enfants. Je sais où vous irez, je reviendrai vous chercher.
Vous allez dans de bonnes familles qui vont prendre soin de vous. Je sais où vous serez."
Ma mère pleurait, ma tante aussi, sûrement.
Je ne regardais que ma mère. Je me suis retournée... encore des larmes...
C'est comme ça que nous sommes parties, ma cousine et moi, chez les Turcs.
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