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.. Rue Férou

Couverture du livre Rue Férou

Auteur : Adriana Asti

Préface : René de Ceccatty

Traducteur : Denitza Bantcheva

Date de saisie : 27/04/2007

Genre : Romans et nouvelles - étranger

Editeur : Rocher, Monaco, France

Collection : Littérature

Prix : 14.00 € / 91.83 F

ISBN : 978-2-268-06226-6

GENCOD : 9782268062266

Sorti le : 27/04/2007

Xavier Clion - 15/05/2007


Hélène Lausseur - 15/05/2007


  • Les présentations des éditeurs : 06/05/2007

Dans les petites rues du quartier de l'église Saint-Sulpice, erre et divague Augusta la vieille jeune fille, en proie aux labyrinthes mentaux dans lesquels elle s'est toujours prise elle-même. Oh, très troublée la poverina ! Pensez donc : monsieur Zombeido, qu'elle aime, ne le sait pas, alors qu'elle vient chez lui faire la lecture à madame, qui, impassible, pose pour le peintre Peduzio, le maître de Bari qui répète la fin des phrases.
Augusta viendra même vivre rue Férou, chez les Zombeido, et elle ira mieux, jusqu'au trépas de la belle Maria Zombeido, qu'Augusta aimait d'amour. Alors Luis Zombeido finira par voir Augusta, qui le verra s'habiller d'une manière on ne peut plus curieuse pour un homme... Mais ne dirait-on pas La Femme au chapeau noir que Van Dongen peignit en 1908 ? Et qui est le plus étrange finalement ?
Suivons Adriana Asti dans ces petites rues où, cruelle, délicieuse et quelque peu espiègle, elle semble voir des choses assez peu ordinaires. Mais n'est-on pas, après tout, dans le quartier le plus italien de Paris ?

Adriana Asti est née à Milan. Elle partage son temps entre Paris, Rome et la campagne ombrienne. Comédienne, au théâtre et au cinéma, c'est une protagoniste célébrée de la «scène» italienne. Pirandello, Copi, Beckett, Pinter et Natalia Ginzburg sont ses auteurs préférés. De grands metteurs en scène l'ont dirigée : Visconti, Strehler, Pasolini, Bertolucci, de Sica, Buñuel... Elle a inspiré différents auteurs italiens qui ont écrit pour elle et sur elle. Elle est l'auteur de deux pièces de théâtre qui ont rencontré un grand succès.


  • Les courts extraits de livres : 06/05/2007

À Neuilly, en revanche, les aveugles étaient tous de mauvaise humeur. Augusta leur lisait Les Trois Mousquetaires, mais personne ne l'écoutait. Il y en avait qui dormaient carrément. On était vendredi, Jean-Pierre Franoux l'avait conduite à l'institut, comme chaque semaine, et l'attendait dehors, dans son taxi.
«Tout s'est bien passé ?», lui demanda-t-il aima­blement. - «Vous savez, ils me détestent, ils tiennent leurs mains sur leurs oreilles pour ne pas m'entendre», répondit Augusta, en pensant : je devrais peut-être changer de roman. Dans le couloir, elle les avait entendus s'écrier : «À ce compte-là, mieux vaut être sourds aussi !» Ils étaient peu nombreux, ce jour-ci. Toutes les excuses sont bonnes pour ne pas rester écouter ma lecture, pensait-elle.
On l'aurait déjà chassée des Grands Aveugles s'il n'y avait eu le directeur, un vieil amant de l'ex-danseuse, qui s'y opposait fermement. «Augustine a une voix très agréable, elle est très utile à nos non-voyants», disait-il. - «Mais on a la radio, non ? Et la télé, elle a le son, non ? On n'a pas besoin de la regarder, on n'y voit que des conneries ! C'est mieux sans l'image. Même moi qui ne suis pas aveugle, je ne la regarde pas !», protestait Léonie Galichon, le professeur de chant, dite «Lilon», qui n'avait pas beaucoup de sympathie pour Augusta qu'elle appelait «la Détraquée». Et de préciser en parlant de la tante Jeannette : «Tout ça, par la faute de cette danseuse idiote qui ne savait pas garder l'équilibre même quand elle était assise !»
Augusta éprouvait une certaine peur face à Lilon ; on peut même dire qu'elle la redoutait, craignant de lui ressembler. De fait, elles étaient à peu près de la même taille, elles avaient les mêmes cheveux, fins et incolores, elles étaient pâles et plus très jeunes. En revanche, il manquait à Augusta l'aspect rassurant de l'autre : les vêtements et les petits bijoux d'une élégance mesurée. Mais on pouvait se demander s'il ne manquait pas autre chose à Augusta.
«Mon Dieu, faites que je ne sois pas comme Lilon !», se disait-elle. Les ressemblances la préoccupaient. Quand elle passait devant un miroir, elle revoyait comme dans une autoscopie l'image fantôme d'une autre tante, d'une vieille cousine, de son grand-père, et les traits décolorés des photographies de sa mère, peut-être aussi de son père. Mais surtout, elle reconnaissait, en frissonnant d'horreur, Léonie Galichon. «Voilà, je suis exactement comme elle ! Que faire, maintenant ? Ce n'est pas qu'elle soit laide, mais elle est horrible ! Non, ce n'est pas possible que je sois devenue comme elle ; il faut faire attention... Mais bien sûr, je ne suis pas unique ! On est tous pareils...»


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