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Auteur : San-Antonio
Date de saisie : 26/04/2007
Genre : Policiers
Editeur : Fleuve noir, Paris, France
Collection : San-Antonio, n° 65
Prix : 5.80 € / 38.05 F
ISBN : 978-2-265-08497-1
GENCOD : 9782265084971
Sorti le : 26/04/2007
Xavier Clion - 15/05/2007
Hélène Lausseur - 15/05/2007
Fallait bien que ça arrive un jour ! A force de cavaler côte à côte, Béru et moi, on a fini par se retrouver face à face. Et quand le Gros se met à faire du zèle au point de nous valoir une nouvelle guerre contre l'Allemagne, croyez-moi, c'est duraille d'arranger les bidons. Aller à l'autre bout du monde pour se tirer la bourre, c'est un comble, non ? En tout cas, j'en connais un qui nous a bien eus, tous les deux. Je vous dis pas son blaze, il est dans le bouquin !
Je me contorsionne le bol pour essayer de mater le portrait. Je ne sais pas pourquoi, il me semble que je vais reconnaître le personnage qu'il représente. Comme je suis seul, je risque deux enjambées qui m'amènent de l'autre côté du burlingue sinistre. C'est drôlement téméraire, moi je vous le dis. Y a que le Vieux et sa femme de ménage qui se soient jamais hasardés jusqu'au fauteuil directorial. Je commets un crime de lèse-majesté, mes chéries. Du moins, me permet-il de reconnaître en effet le zig de la photo : il s'agit ni plus ni moins de Martial Vosgien, le leader politique. Un de ceux qui, depuis les événements d'Algérie, ont déclaré au régime une guerre sans merci. Il a été mis hors la loi, et il vit désormais en proscrit ; mais depuis l'étranger, il continue de manoeuvrer ses troupes. A cause de sa haine avouée pour les hommes en place, il fomente des complots, il organise des attentats, bref, ses guerriers de l'ombre donnent du tintouin aux services de sécurité. Sur le cliché, il ne se ressemble plus beaucoup, Vosgien, et il faut un oeil sagace de flic émérite pour le reconnaître. Il n'est plus brun, mais blond pâle, il s'est laissé pousser la moustache et porte des lunettes à monture d'écaillé. Y a pas de problème, mes aminches : quand un homme veut modifier ses apparences, il change sa couleur de crins, se laisse pousser les baffies (ou se les fait raser) et met des lunettes s'il n'en portait pas. Marrant, mais ça rajeunit le bonhomme, ces bricolages. Martial Vosgien, là-dessus, on lui donne quarante berges à peine, alors qu'il doit en trimbaler une dizaine de plus. Son regard est moins aigu car les verres le voilent d'un reflet adoucissant et ses traits sont moins anguleux. Il a dû s'empâter en exil. Les gens qui s'ennuient bouffent plus que les autres. Il a perdu son côté Bonaparte et ressemble plus à un homme d'affaires qu'à un condottiere.
- Vous l'avez reconnu ? demande la voix du Vieux. Je tressaille comme s'il m'avait découvert avec l'oeil
au trou de la serrure pendant qu'il est aux toilettes.
- Pardonnez-moi, monsieur le directeur, pour mon indiscrétion, mais cette photographie que je ne voyais qu'à l'envers m'attirait.
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