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Julien Duchêne aurait pu devenir, à la Sorbonne ou au Collège de France, le professeur à la mode, le Bergson de demain.
Mais comment occuper une chaire quand on sait qu'" enseignée officiellement, la vérité devient mensonge " ? Renonçant bientôt à ses fonctions, mais aussi à son toit, au mariage, à l'argent, et jusqu'à ses vêtements, le professeur Duchêne devient le père Diogène. Muni du bâton, des sandales et de la besace caractéristiques, il tente de vivre, à la veille de la Grande Guerre, selon les préceptes des philosophes cyniques de l'Antiquité.
On devine que la tentative - scandaleuse et jalonnée de scandales - ne va ni sans mésaventures ni sans amusants enseignements critiques. Au fil de situations comiques et graves, Le Père Diogène, jamais réédité depuis 1920, dévoile son véritable enjeu : la sagesse recherchée à partir du cynisme et du stoïcisme a pour monde une communauté universelle sans classes et sans État.
Injustement oublié, Han Ryner (1861-1938) est l'auteur d'une cinquantaine d'ouvrages. Son oeuvre théorique et romanesque est élaborée à partir de la philosophie grecque, selon une approche qui creuse l'écart entre, d'un côté, une visée d'harmonie et, de l'autre, les multiples variantes justificatrices de ce qu'il appelle le " dominisme " et le " servilisme ".
La revue de presse Robert Maggiori - Libération du 17 mai 2007
Le Père Diogène n'avait jamais été réédité depuis sa parution en 1920...
Mais puisque le Père Diogène est là, jouissons-en ! Les romans philosophiques sont rarement aussi peu politiquement corrects, aussi «énooormes» et drôles, caustiques, irrévérencieux. Certes, le père Diogène n'est pas Ryner, mais dans les propos qu'il tient aux uns et aux autres tout au long de ses pérégrinations, il y a, évidemment, beaucoup de ce que la pensée de Ryner visait : l'idéal cynique d'une vie simple et naturelle, l'utopie d'une communauté humaine «sans classes et sans Etat», le rêve d'une société guérie des addictions au pouvoir et à l'argent, aux apparences, aux glorioles, aux superstitions, au «servilisme».
La revue de presse Laurent Lemire - Le Nouvel Observateur du 10 mai 2007
Comme son personnage, Julien Duchêne, qui abandonne son salaire et son costume de professeur d'université pour la bure et les sandales du cynique, Han Ryner fut un brillant orateur. S'il aimait les petites gens, il se méfiait des actions collectives et violentes. A la révolution sociale, il opposait la libération intérieure. Il l'exposait avec une sorte d'élégance dans le fond comme dans la forme, ce qui n'empêchait pas la radicalité.