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«Je voudrais te voir morte !
Cette violence verbale me blesse au plus profond de moi. D'une gifle, j'imprime toute ma rage sur son visage, ouvrant une digue qui libère l'aversion entre nous.
"Touchées et coulées" toutes les deux, elle dans sa haine qui me transperce par un regard assassin, moi dans l'impuissance et le désespoir d'être tombée encore une fois dans le piège de la provocation. Je sens toute sa colère retenue, car un geste violent de sa part inverserait les rôles et la laisserait sans défense.»
Chronique intime d'une relation entre une mère et une fille. Notes prises sur le vif, au jour le jour, dans l'urgence, la fièvre ou la joie, Va-t'en mais reste encore dénonce l'ambivalence de la relation parents-enfants, la difficulté de les voir partir et la peur de se retrouver face à soi-même.
Psychanalyste, Donatella Caprioglio vit entre Paris et Venise, où elle a créé la Porta verde, lieu d'écoute pour les parents et leurs enfants de zéro à trois ans. Elle est l'auteur, chez Hachette Littératures, de Je n 'y arrive plus (2005) et de Une autre femme (2006).
Les courts extraits de livres : 10/05/2007
Absente, je l'ai été, par la nécessité vitale de me trouver, à travers un métier difficile et passionnant qui m'a demandé des années de formation et de déplacements. Je voulais sortir de l'image codifiée des femmes de ma famille, comblées par la maison et les enfants, m'émanciper du regard réducteur de mes parents qui faisaient abstraction de mes désirs et de mes capacités intellectuelles. Efforts qui m'ont épuisée et dont je me serais bien passée.
Ce sont ces efforts qu'elle ne comprend pas. Elle semble apparemment n'en faire aucun, et je m'évertue à les lui enseigner, mais elle me regarde comme on regarde une folle, et peut-être le suis-je car, pour moi, inévitablement, tout doit passer du désordre à un ordre conquis.
«Souviens-toi que la vie est difficile», me disait mon père quand j'avais son âge. J'avais perçu cela comme une bombe dans mon enthousiasme. Est-ce qu'il voyait en moi les mêmes choses que je vois maintenant en elle ? Est-ce qu'il voulait me mettre en garde, me protéger, me prévenir ? Avide de découvertes, je voulais visages et paysages nouveaux.
Je voulais voler.
Elle, au contraire, semble avoir peur de la vie, elle change de ville sans y habiter vraiment, d'université, d'amis, et revient à la maison quand elle devrait prendre son envol. Il lui manque une plateforme stable pour prendre appui et être sûre de ne pas tomber. Lui ai-je manqué à ce point ?
Pendant que je rumine, le téléphone sonne et je vois son numéro s'afficher. «Ciao... Ecoute, je dois avoir un entretien pour un éventuel travail, tu penses que ma robe rose ira bien ?»