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D'où vient le " modèle français " ? Et si cette synthèse aujourd'hui controversée entre libéralisme et républicanisme puisait ses racines lointaines dans un vieux combat oublié à propos de la liberté des Germains ? L'" antique constitution ", fondée au Ve siècle par les guerriers de Clovis statuant ensemble sur les affaires communes, serait la preuve d'une " liberté perdue " qu'il faudrait restaurer.
Cette référence germanique a déjà inspiré la Glorieuse Révolution anglaise ; mais en France, l'affaire prend une autre tournure, déclenchant la première " guerre de mémoire " de notre histoire. Jacques de Saint Victor montre que les " libertés " germaniques vont se diffuser largement à partir de 1750, notamment via Montesquieu. Ce discours devient le moyen de sortir de la fameuse " schizophrénie " culturelle de l'Ancien Régime entre exaltation pédagogique des Républiques antiques et soumission à la tradition monarchique.
Nourrissant le premier débat " national ", il trouve sa consécration en 1788, quand les libertés germaniques deviennent " le patrimoine mythique de la nation tout entière ", et précipite la convocation des états généraux. La Révolution en décidera autrement. Ce livre permet de mieux comprendre le contenu d'une expression galvaudée : l'exception française.
Jacques de Saint Victor, historien des idées et critique littéraire. maître de conférences à Paris Vlll, a entrepris ses recherches historiques après avoir été dix ans journaliste au Figaro Economie. ll est l'auteur de plusieurs livres et collaborations, dont récemment Critiques des nouvelles servitudes (PUF, dir. Y-C. Zarka).
La revue de presse - Le Figaro du 10 mai 2007
Le discours de la liberté politique en France est né sous la monarchie absolue. Mais c'est un discours pluriel qui n'a cessé d'évoluer, de s'infléchir et de s'enrichir. Les historiens ont souvent étudié les auteurs, célèbres ou méconnus, qui s'étaient efforcés, entre le règne de Louis XIV et le règne de Louis XVI, de concevoir une «pensée libérale» du pouvoir. Mais ils ont rarement tenté d'en retracer l'histoire intellectuelle. Tel est l'objet ambitieux, et réussi, du livre de Jacques de Saint-Victor. Nourri de nombreuses lectures, cet essai possède la qualité plutôt rare de marier la profusion du savoir à la clarté de l'expression qui en fait le charme : M. de Saint-Victor sait parler simplement de choses passablement compliquées...
Il est un fil que Jacques de Saint-Victor cherche à retrouver tout au long de l'ouvrage : ce sont les traces éparses d'une «tradition civique» méconnue. Elle opposerait à l'héritage individualiste du libéralisme économique de type anglais un idéal civique - nobiliaire, parlementaire, démocratique - qui cherche à concilier le pouvoir et la liberté par la citoyenneté. Serait-ce un trait commun souterrain d'une certaine pensée française de la liberté ? Telle est la voie originale que cet ouvrage propose d'ouvrir.