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Auteur : Franck Du Boucher | Hervé Gauville
Date de saisie : 25/04/2007
Genre : Romans et nouvelles - français
Editeur : les Impressions nouvelles, Bruxelles, Belgique
Collection : Traverses
Prix : 16.00 € / 104.95 F
ISBN : 978-2-87449-030-9
GENCOD : 9782874490309
Sorti le : 25/04/2007
Les cimetières sont des territoires sur lesquels se côtoient les sépultures de défunts discrets et celles de personnalités marquantes du monde des arts et des lettres. La nécropole du Père-Lachaise accueille ainsi le tombeau noir de la famille Proust et celui de Paul Eluard, voisin pour l'éternité de Maurice Thorez.
À Paris, en proche ou lointaine banlieue et en province, à Montparnasse, Thiais, Rueil-La-Gadelière ou Oloron-Sainte-Marie, des noms illustres couchés sur la pierre ou gravés dans le marbre suscitent la rêverie : Jean-Paul Sartre et Simone de Beauvoir, Paul Celan, Maurice Vlaminck, Jules Supervielle,...
Ci-gisent n'est ni un guide ni un recueil de nécrologies. Brèves fictions, dialogues entre les morts, évocations biographiques, les trente chapitres du livre racontent les tombes d'autant de célébrités, à partir d'impressions toujours différentes, souvent surprenantes, provoquées par ces rencontres de part et d'autre du seuil ultime. Pas plus que les vivants de renom, les grands morts ne se ressemblent. En traçant la diversité de leurs dernières demeures, en imaginant un récit particulier pour chaque tombeau, les auteurs se proposent de montrer la singularité posthume de ces disparus.
Franck du Boucher, né en 1955, est diplômé de l'Institut d'Etudes Politiques. Après avoir travaillé au Ministère des Finances, il s'oriente vers l'enseignement en 1991. Professeur de Lettres à Paris jusqu'en 1999, il enseigne ensuite pendant quatre ans sur l'île de Wallis. Il vit actuellement en Corrèze. Hervé Gauville, né en 1949, est écrivain et critique d'art. Derniers ouvrages publiés : un essai sur les mouvements artistiques, L'art depuis 1945 (éditions Hazan) et trois romans, Le Cahier bleu (éditions Julliard), Crier gare et L'Homme au gant (éditions Verticales). Ci-gisent est le premier livre écrit en collaboration par les deux frères.
Sarah BERNHARDT
Cimetière du PÈRE-LACHAISE, Paris 20e 1844-1923
Le mausolée de la tragédienne «au rire incassable», comme l'écrivit Françoise Sagan, ne pouvait être qu'un édifice théâtral. Et son nom qui s'y inscrit en majestueuses lettres d'or évoque le Théâtre des Nations, place du Châtelet à Paris, qu'elle rebaptisa en 1898 pour en faire le Théâtre Sarah Bernhardt. Les deux dates (1844 et 1923) placées de part et d'autre de la coupole centrale se lisent comme celles de la première et de la dernière d'une interminable pièce de théâtre qui aurait duré presque quatre-vingts ans et se serait ainsi confondue avec la vie entière de l'artiste.
Parler de la fosse revient aussi à associer les deux registres du cimetière et du théâtre. La pierre du tombeau a épousé la forme du cercueil dans lequel il lui arrivait, durant ses dernières années, de dormir. Et les gerbes de fleurs déposées, à même le sol, devant le monument crépitent en innombrables rappels des bouquets offerts à l'issue de la représentation. Car ce tombeau s'évertue à prolonger la gloire de l'actrice.
Le public ne s'étonnera donc pas de découvrir, devant le théâtre mortuaire de Sarah Bernhardt et perpendiculaire à celui-ci, la massive demeure en pierre du comte Robert de Clermont-Tonnerre, descendant de cette illustre famille du Dauphiné, pourvoyeuse de prélats et de militaires. Devant l'aristocratique résidence du défunt Clermont-Tonnerre est ménagé un jardinet de gravillons ceint d'une clôture qui lui donne un aspect «privatif». Il semble évident, pour qui se souvient que Sarah, à son arrivée à Rome en 1922, reçut le triple hommage du roi, de Mussolini et du pape, que le comte enterré dans cette prestigieuse proximité ne peut guère faire autrement que passer sa mort à aduler sa voisine. Qui, venu ici rendre ses dévotions, l'en plaindrait ? La mort, c'est quelquefois comme l'amour ; d'abord on ne sait pas sur qui on va tomber et ensuite on se retrouve côte à côte pour l'éternité.
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