Editeurs, auteurs, valorisez vos livres.
Libraires, partagez vos découvertes.
Inscrivez-vous à la Lettre des Libraires.
Découvrez sur votre mobile, en exclusivité, les choix des libraires, le courrier des auteurs, la revue de presse des livres, et des milliers d'extraits de livres en cliquant plus bas.
Auteur : Heloneida Sudart
Traducteur : Inô Riou | Paula Salnot
Date de saisie : 19/04/2007
Genre : Romans et nouvelles - étranger
Editeur : ALLUSIFS, Montréal, Canada
Collection : Les allusifs
Prix : 22.00 € / 144.31 F
ISBN : 978-2-922868-57-9
GENCOD : 9782922868579
Sorti le : 19/04/2007
Envoyé dans le nord du Brésil pour éliminer un agitateur public, Carmélio, tortionnaire à la solde du gouvernement, s'éprend éperdument de l'amie de sa victime. En elle comme dans chaque femme qu'il rencontre, il croit reconnaître la mère qui l'a abandonné. Bientôt envahi par la passion, l'implacable bourreau connaît enfin le remords, rattrapé par son passé et les spectres de ses victimes. Dans une quête désespérée d'absolution, il décide alors d'entreprendre un lointain pèlerinage, véritable road trip anachronique marqué par les rencontres les plus étranges...
HELONEIDA STUDART signe ici un roman saisissant et émotionnellement très fort, où elle décrypte avec précision les ramifications du mal, tout en rappelant les heures les plus sombres de la dictature brésilienne.
«Lorsque je vis Dorinha pour la première fois devant les archives de la bibliothèque publique de Fortaleza, je me demandai si je n'avais pas trouvé ma mère. Malgré mes trente-cinq ans, je me suis toujours représenté ma mère à l'âge d'être presque ma fille. Ces derniers mois, je rêvais d'elle ainsi : vêtue de blanc, les cheveux lourds et la peau claire comme un papier rangé. Pendant mon enfance, je croyais que ma mère était une blonde platinée aux gros seins, comme les héroïnes des bandes dessinées. Entre quinze et...»
Le major Fernando me donna dix jours de congé pour me soigner. Mon premier remède fut cette jeune fille couleur de fromage blanc, Rute. Elle ne parlait que de son père. Si les pères devenaient paralytiques, c'était peut-être à cause des filles qui décevaient leurs espérances paternelles. Rute avait en permanence, dans son sac rouge, la photo d'identité du vieux et son carnet de pensionné de la Sécurité sociale : «Le pauvre ! Il a travaillé toute sa vie et regarde la pension qu'il a.»
J'invitai Rute dans mon appartement. Quand elle entra, elle fit le geste d'enlever ses vêtements.
- Ce n'est pas la peine, la prévins-je. Ici, il n'y a ni scène ni public.
Elle remit humblement son jean Lee et son chemisier en tricot. Elle était juive. Elle disait «jeune fille israélite». Ses parents l'avaient élevée pour être une grande pianiste. Mais elle avait été rattrapée par une vague de drogue et une autre de peur. Depuis son fauteuil roulant, dans le quartier de Méier, le père bénissait la main qui l'avait blessée.
Rute soupira et m'embrassa. Elle n'accordait pas d'importance au prépuce des hommes, mais elle ne pouvait s'empêcher de penser qu'elle agressait son père chaque fois qu'elle couchait avec un non-circoncis.
- Qu'est-ce que tu dis ? dis-je. Arrête cette conversation, petite.
Je continuais à me sentir abattu. Le corps moulu. L'estomac rejetant toute nourriture. Les vomissements acides trois fois par jour. Lampiào avait ordonné qu'on batte un homme au pilon jusqu'à transformer ses os en de la bouillie, en «une masse molle», avait dit Beto, qui m'avait raconté cette histoire. Je me sentais comme ce personnage. Une main invisible me battait. On ne voyait rien de l'extérieur, mais j'étais couvert de lésions occultes. Assassin.
J'invitai Rute à dîner, dans un restaurant où l'on servait des pâtes. Elle mangea goulûment, tandis que je ne réussis qu'à avaler un jus d'orange. Rute attira mon attention sur un petit vieux chauve qui jouait de la guitare et chantait sur une scène bricolée au fond du restaurant. Les gens, dévorant des pizzas, lançant des poignées de fromage râpé sur des tagliatelles fumantes, ne lui jetaient même pas un regard. Ses ballades étaient magnifiques et je fus surpris que Rute soit d'accord avec moi. Un jour, cet homme était parti de chez lui, empli de grandes espérances, sûr de conquérir les maisons de disque, la presse, le public. Aujourd'hui, il vieillissait anonymement, au fond d'un restaurant où l'on servait des pâtes.
Copyright : lechoixdeslibraires.com 2006-2012 - Informations légales - Programmation : Olf Software - Accessibilité, CSS et XHTML : Gravelet Multimédia