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_ Dérive

Couverture du livre Dérive

Auteur : François Vallejo

Date de saisie : 04/05/2007

Genre : Romans et nouvelles - français

Editeur : Viviane Hamy, Paris, France

Collection : Contemporains

Prix : 2.00 € / 13.12 F

ISBN : 978-2-87858-240-6

GENCOD : 9782878582406

Sorti le : 04/05/2007

Nathalie Bruthiaux - 23/05/2007


  • Les présentations des éditeurs : 12/05/2007

«C'est bien ce qui embarrasse Lambert, que son maître soit mis en doute et que lui, le simple employé, soit comme pris en amitié. Il faut dire, ils se sont trouvé un même goût, Lambert et Victor Hugo. Tous les deux, c'est les chiens, ils les aiment. [...]

Guernesey sort tout juste de la pénombre, les hommes de peine quittent leurs maisons, les pêcheurs. Victor Hugo interroge Lambert sur ses chiens, et leur race et leur taille et leur nom ; s'ils ne vont pas perdre leur conduite, si longtemps loin de leur maître. Il s'y entend, Victor Hugo, un fameux homme, pense Lambert, vraiment un homme de valeur, un connaisseur des chiens. Lux saute autour d'eux. Victor Hugo prend un air grave : Et vos chiens à vous ? Que font I vos chiens, en cet instant ? Que font, loin de nous, ceux que nous aimons ? Ils se penchent tous les deux, Hugo, Lambert, vers la mer, comme si les chiens des Perrières allaient surgir de la mer, en meute, par l'est.»

Dérive faisait partie d'une version intermé­diaire du roman Ouest, paru en 2006 aux éd. Viviane Hamy. Dans l'économie du récit lui-même, il est apparu à François Vallejo que ces pages ne devaient pas figurer dans la version définitive.
Pour l'éditeur, cependant, cet épisode possé­dait une existence autonome forte. Et il aurait été bien fou de se priver sans retour de la rencontre entre la figure de Victor Hugo et les personnages de Ouest...


  • Les courts extraits de livres : 12/05/2007

Ils marchent, ils n'ont que leurs sacs de nuit sur le dos. On ne peut pas dire que le maître les a encombrés de malles. Les malles, il les jette à l'eau, c'est son usage, et avec des femmes dedans.
Il s'agit de passer les barrières sans avoir l'air de comploteurs en route pour l'île de Guernesey. Fondons-nous dans la masse des ouvriers qui font leur journée. On a bien l'allure. Regardez-moi, avec ma veste de dimanche. On arrive de notre Ouest, de nos bois, ça se voit. Et le baron lui-même, il n'a que ce mot à la bouche, se fondre, et voyez, il ne peut pas s'empêcher de se pavaner devant les uniformes, si on en croise. Il irait bien leur crier, comme ça, qu'il s'apprête à rencontrer le plus grand opposant au régime impérial. On voit bien que ça le démange.
On sait marcher dans nos bois, dit Lambert, mais marcher sur des routes sept lieues le jour, on n'en peut plus. M. de l'Aubépine va devant, il fait sonner ses souliers ferrés : Sept lieues, ce n'est rien, quand on est bien chaussé. Est-ce qu'on n'est pas bien, Lambert, sur des routes pareilles ? Est-ce qu'on n'est pas retrempé de jeunesse ? Je me sens raimer la vie. Allons, Magdeleine, ne faites pas cette tête. Vous ne ferez pas deux voyages pareils dans votre existence.
Les voilà à Poissy. Le maître dégote une voiture, il s'agit de rouler vers la Normandie, bien tranquilles à présent, ils ont perdu toutes les polices, c'est sûr. M. de l'Aubépine s'endort comme un gros garçon sur l'épaule d'une vieille. Lambert et Magdeleine ne savent pas dormir comme lui, ils se regardent de temps en temps, ils secouent la tête, mais où on va comme ça, bon Dieu ?
Ils changent plusieurs fois de voiture, Evreux, Lisieux, des heures à aller, puis des heures à attendre. Ils mangent des oeufs, et encore des oeufs, et du pain, c'est tout, dans des auberges de rien. Ils attendent, ils vont, Caen, Avranches. Là, ils ont l'impression de se retrouver au pays, ces bouts de landes leur rappellent la pointe nord du domaine, après l'étang. Tout ce grand tour pour en revenir au début ? Il ne se moquerait pas un peu d'eux, des fois, le maître ? Pas du tout, on y est presque, vous allez voir ce que vous allez voir. Plus on s'approche de Saint-Malo, plus il est porté par l'enthousiasme, je nous en promets des bosses, c'est quelque chose. Au bout du chemin, c'est Victor Hugo. De l'autre côté de la mer, c'est Victor Hugo. Dans un autre monde, passé l'horizon, nous serons devant Victor Hugo. Il nous attend debout, dans une sorte d'au-delà. Il n'en peut plus, M. de l'Aubépine, de son au-delà avec Victor Hugo.


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