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En ces temps où la responsabilité se dilue et où le remords est perçu comme une faiblesse, il peut sembler paradoxal de s'interroger sur la culpabilité. Pourtant, ce sentiment peut nous ouvrir à une plus grande attention à l'autre : «Ne serait-il pas la lanterne rouge allumée par notre conscience, lorsque nous somme menacés d'indifférence à l'égard d'autrui ?» La culpabilité est ainsi une aide dans le cheminement spirituel de chacun. Marie de Solemne a réuni des penseurs prestigieux de tous horizons autour de cette question : Jean-Yves Leloup, théologien et philosophe, Stan Rougier, prêtre et prédicateur, Philippe Naquet, biologiste, et enfin Paul Ricoeur, philosophe majeur récemment disparu. Ensemble, ils nous ouvrent à une autre lecture de nos sentiments.
Les courts extraits de livres : 13/05/2007
Le sentiment de culpabilité : sagesse ou névrose
Dialogue avec Paul Ricoeur
Pour commencer, pouvez-vous nous aider à cerner la nuance existant entre la «culpabilité» et le «sentiment de culpabilité».
Cette distinction verbale est faite lorsque l'on veut distinguer la culpabilité effective (le fait d'être effectivement coupable, mais d'abord aux yeux des autres) d'une culpabilité qui peut être mesurée à une échelle de fautes.
Un tribunal pénal, par exemple, aura à juger de la culpabilité d'un meurtrier ou d'un voleur, et le jugement sera alors rendu par un tiers. Un tiers qui ne sera ni la victime ni le coupable. Nous pouvons alors parler de culpabilité objective (objective au sens extérieur), c'est-à-dire comme un fait.
Quant au sentiment de culpabilité, il s'agit plutôt de la façon dont cela est ressenti par celui qui est accusé. Accusé par les autres ou par lui-même. S'il y a bien deux possibilités, la première étant celle d'avoir à faire face à une accusation extérieure, le point ultime de resserrement, de repli, sera l'intériorité de «se» sentir coupable, de «se» déclarer coupable, de «se» reconnaître coupable. C'est là où se trouve le sens vraiment fort de la culpabilité.
Il est d'ailleurs intéressant de voir que notre grammaire comporte un «accusatif». Il s'agit de «me» et non pas de «je» : nous disons bien «je me sens coupable».
Nous pouvons donc aller du fait d'être reconnu coupable par une instance externe (tel un tribunal où il s'agit d'une accusation face à face) jusqu'à l'auto-accusation, qui est alors ce qu'on appelle le «sentiment de culpabilité».