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Auteur : Bénédicte Delignon
Date de saisie : 20/03/2007
Genre : Sciences humaines et sociales
Editeur : Peeters, Louvain, Belgique
Collection : Bibliothèque d'études classiques, n° 49
Prix : 80.00 € / 524.77 F
ISBN : 978-90-429-1748-4
GENCOD : 9789042917484
Sorti le : 20/03/2007
On a souvent noté la filiation qu'Horace établit entre ancienne comédie et satire, mais pour en limiter la portée. On a parfois relevé les emprunts d'Horace à la comédie nouvelle ou au mime, mais sans en interroger la cohérence et la fonction. Les liens qu'entretiennent satire et comédie sont finalement traités comme un lieu commun, et à ce titre négligés. Or la place qu'Horace accorde aux différentes formes de comédie est tout à fait nouvelle et éclaire la manière singulière dont il pratique le genre. L'approche se veut ici à la fois historique, générique et stylistique.
Historique d'abord. Le satiriste fait l'éloge de la libertas de l'archaia et prétend l'imiter : il fallait faire le point sur le contexte juridique du franc-parler à Athènes et à Rome et revenir sur les connotations idéologiques de la libertas, terme à forte valeur axiologique qui se charge à l'époque de toutes les contradictions octaviennes. Il fallait par ailleurs montrer que certains débats moraux présents chez Ménandre, Plaute ou Térence retrouvent toute leur actualité quand le mot d'ordre politique devient la restauration du mos maiorum.
Générique ensuite. Horace articule entre elles toutes les formes de comédie : il convenait donc de redéfinir les frontières ou l'absence de frontières, l'histoire du genre comique à Athènes et à Rome étant faite autant de continuités que de ruptures. Horace introduit la comédie à la fois pour réafffirmer et pour infléchir les codes de la satire : il convenait d'interroger ces codes.
Stylistique enfin. L'ouvrage analyse la manière dont Horace joue avec les types, les situations, les registres, les niveaux de langues et la métrique comiques pour articuler, superposer, parfois confondre les différentes formes de comédie et créer une poétique singulière, qui ne choisit jamais entre libertas et dialogue de bon ton, entre licentia et conformité morale, entre outrance et modération : une poétique de l'ambiguïté.
Approches historique, générique et stylistique se nourrissent mutuellement : la poétique de l'ambiguïté permet à Horace de réaffirmer les codes satiriques tout en les infléchissant et d'inscrire le genre dans un contexte politique plein d'ambivalences.
Bénédicte Delignon est Maître de Conférences à l'Ecole Normale Supérieure de Lettres et de Sciences Humaines, à Lyon. Spécialiste de poésie latine et de stylistique comparée, elle travaille en particulier sur les genres latins et sur les liens qu'ils entretiennent avec les genres grecs.
HORACE FACE AUX RÈGLES DU GENRE : UNE POÉTIQUE DE L'AMBIGUÏTÉ
En affirmant que la satire de Lucilius emprunte à l'ancienne comédie grecque ses attaques nominatives et en s'inscrivant lui-même dans cette filiation, Horace établit une règle du genre : écrire une satire, c'est oser attaquer nommément et sur le terrain politique. Lorsqu'il entreprend d'en composer lui-même, il vient d'entrer dans le cercle de Mécène, autrement dit dans l'entourage d'Octave. Nous voulons montrer dans ce chapitre que la complexité de la situation politique du moment et les ambivalences d'Octave face à la libertas telle que nous les avons analysées expliquent à la fois qu'Horace ait choisi le genre de la satire, en dépit de son idéal poétique de suauitas, et qu'il en applique les règles d'une manière tout à fait singulière, jusqu'à les infléchir.
I. Horace, Les Satires et la politique
On a souvent voulu voir dans Les Satires un ouvrage purement moral, écrit en marge de la vie politique. C'est remettre en cause les règles du genre telles qu'Horace les énonce lui-même et l'on ne comprend plus la fonction des références à l'ancienne comédie grecque et à Lucilius. C'est une hypothèse que nous voulons d'emblée écarter.
1.1. Quelques hypothèses irrecevables
1.1.1. Horace sceptique
Les spécialistes d'Horace, relayés par les historiens, ont longtemps admis que les Satires étaient dépourvues de dimension politique. Pour l'expliquer, ils ont parfois affirmé qu'Horace ne s'engageait pas aux côtés d'Octave avant la bataille d'Actium, ce qu'ils croient notamment pouvoir déduire du recueil des Epodes. L'épode IX marquerait l'entrée d'Horace en politique : voyant Octave sur le point de vaincre Antoine, c'est-à-dire de devenir le maître incontesté de Rome, il déciderait enfin d'embrasser sans réserve son parti, chantant ses louanges et raillant ses adversaires.
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