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Auteur : Guy Ménard
Date de saisie : 03/12/2007
Genre : Religion, Spiritualité
Editeur : Téraèdre, Paris, France
Collection : L'anthropologie au coin de la rue
Prix : 18.60 € / 122.01 F
ISBN : 2-912868-31-9
GENCOD : 9782912868312
Sorti le : 15/09/2006
Guy Ménard est professeur au département des sciences religieuses de l'université du Québec à Montréal. Il a notamment publié Les ruses de la technique (avec C. Miauel, Boréal et Méridiens-Klincksieck, 1988) et Jamädhlavie (roman, Boréal 1989). Il a également traduit Edward I. Bailey, La religion implicite (Liber 2006).
Qu'est-ce que la vraie religion ? Celle qui en est vraiment une... On la trouve encore, bien sûr, dans les traditions et les institutions, anciennes ou plus récentes, que nous considérons spontanément comme «religieuses». Mais aussi dans bien d'autres lieux de la culture actuelle où nous ne sommes pas habitués à la chercher. Ce qui, du même coup, suggère que, loin d'être inéluctablement condamnées aux «poubelles de l'histoire», les vieilles catégories de la religion, comme celles du sacré auxquelles elles renvoient, demeurent au contraire parmi les plus fécondes pour comprendre le monde dans lequel nous vivons et les transformations qu'il connaît.
Le sacré comme expérience
L'une des grandes figures des sciences de la religion du début du vingtième siècle, le philosophe allemand Rudolf Otto, a consacré une étude, devenue classique, aux caractéristiques essentielles de l'expérience du sacré. Pour Otto, le sacré n'est pas d'abord une idée ou un concept, mais avant tout une expérience, et une expérience d'ordre essentiellement affectif, émotionnel - bien qu'elle tende par la suite à se prolonger en représentations, en images, en catégories intellectuelles, en discours. On y reviendra. Mais, au départ, et dans son fondement même, l'expérience du sacré serait d'abord une certaine manière d'appréhender le monde (l'univers, l'environnement social, les événements). Ce serait, plus précisément, l'intuition vive d'une sorte de présence active à la fois mystérieuse et puissante : présence de «quelque chose» (ou éventuellement de «quelqu'un») qui se manifeste comme provenant d'au-delà des limites habituelles de l'expérience profane, c'est-à-dire de la vie de tous les jours. Ce «quelque chose» - force, chance, destin, énergie, etc. - ou ce «quelqu'un» - ange, dieu, être surnaturel, revenant, entité quelconque - est totalement différent de ce dont on a l'habitude dans la vie profane, totalement autre par rapport à cette expérience ; mais il y ferait parfois irruption, de manière plus ou moins prévisible, plus ou moins voulue et plus ou moins sollicitée.
Notons immédiatement ceci : le fait de parler de «quelque chose» ou de «quelqu'un» qui «se manifeste» ne nous oblige aucunement à affirmer l'existence de ce «quelque chose» ou de ce «quelqu'un» - sinon, bien sûr, pour ceux et celles qui en font l'expérience. Dans un vocabulaire déjà plus traditionnellement religieux, on pourrait dire : pour ceux et celles qui y croient. Et même là, cependant, il importe de rester subtil. Je songe à cet égard à une jeune amie, un peu new âge aux entournures, qui croit dur comme fer-j'allais dire : comme cristal de quartz ! - que l'on obtient toujours ce que l'on veut, pour peu qu'on le demande avec suffisamment de conviction et de ténacité. Je n'ai jamais osé l'interroger pour savoir «à qui» il fallait adresser de telles demandes. La question, j'en suis persuadé, l'aurait sûrement contrariée - et sans doute même étonnée : comme si V intensité même de la demande rendait en quelque sorte superflu le besoin d'un destinataire...
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