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En s'interrogeant sur la modernité dans l'art, Fabrice Midal bouscule de nombreux clichés, propose une vision renouvelée du moderne et affirme :
- Non, la modernité n'est pas une époque historique ayant un début et une fin, mais plutôt une manière de vivre inventée par les poètes dont au premier chef Hölderlin, Baudelaire et Rimbaud ;
- Non, la modernité ne défend aucune thèse, elle est une aventure poétique authentique qui remet en question la distinction entre fond et forme, esprit et corps, sacré et profane ;
- Non, la modernité n'est pas achevée, remplacée par l'art contemporain ou la postmodernité, mais est un possible toujours aussi ardent.
Un ouvrage destiné à devenir une référence.
Inédit
Les courts extraits de livres : 16/05/2007
FRIEDRICH HÖLDERLIN
Friedrich Hölderlin est le premier à envisager aussi résolument la modernité dans sa nécessité, sa grandeur et son risque.
Il s'appuie pour cela sur une connaissance rare de la philosophie. Il est un lecteur subtil de Platon, Spinoza, Rousseau, et surtout de Kant qu'il comprend avec une originalité et une profondeur stupéfiantes. Il suit les cours de Fichte pour lesquels, un temps, il s'enthousiasme. Il est l'ami de Hegel et Schelling qui sont ses condisciples au Stift, le séminaire luthérien de Tiibingen. Il les devance néanmoins par sa propre oeuvre. Pour le dire de manière rapide : il fait éclater l'idéalisme spéculatif en révélant au coeur du réel un tournement plus ample et abyssal que celui opéré par la dialectique en laquelle tout s'achève par une réconciliation. Mais le plus remarquable est que cet effort, il le fait en poète, à même la poésie à laquelle il donne une responsabilité immense et longtemps oubliée. Elle devient, pour lui, une pensée de la plus haute tenue, capable de faire face à l'histoire, de rassembler une communauté.
Hölderlin est aussi traducteur de Sophocle et de Pindare dont il renouvelle la lecture. Portant une attention extrême à ce limon grec, avec une profondeur qu'aucun de ses contemporains n'atteint, il déploie une vision qui transforme de fond en comble notre entente de l'Antiquité, ouvrant ainsi la voie au grand courant philologique allemand représenté par Walter F. Otto, Wolfgang Schadewaldt et Karl Reinhardt.
Cette oeuvre de penseur, de poète et de traducteur est tout entière traversée par la question de la modernité, c'est-à-dire par la nécessité de faire l'épreuve d'un autre rapport à l'art et au monde que celui appris et transmis jusqu'à lui. Pour y réussir, il se met à l'écoute de ce qui a déterminé l'histoire de l'Occident. Est-il possible de ne plus se contenter de la subir ? Telle est, pour lui, la tâche de la modernité : retourner entièrement tous les modes et toutes les formes connues de représentation. «Je crois, écrit-il, à une révolution des sentiments et des modes de représentation qui fera honte à tout ce qui l'aura précédée.»