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Auteur : Sarah Dunant
Traducteur : Jean Guiloineau
Date de saisie : 16/05/2007
Genre : Romans et nouvelles - étranger
Editeur : Belfond, Paris, France
Collection : Littérature étrangère
Prix : 20.00 € / 131.19 F
ISBN : 978-2-7144-4265-9
GENCOD : 9782714442659
Sorti le : 16/05/2007
Du pillage de Rome aux fêtes galantes de Venise, les aventures extraordinaires d'une courtisane du XVIe siècle. Un roman vénitien éblouissant aux subtiles intrigues.
Fiammetta Bianchini est l'une des courtisanes les plus riches et célèbres de Rome : sa beauté et son esprit lui ont gagné les faveurs de plus d'un cardinal. Une nuit, Fiammetta attend le retour de son serviteur, le nain Bucino, porteur d'une terrible nouvelle : la ville est assiégée par les troupes sanguinaires de Charles Quint.
À l'aube, alors que commence le sac de Rome, Fiammetta et Bucino s'apprêtent à disparaître, avec pour seul trésor quelques pierres précieuses, et un exemplaire richement relié des sonnets de Pétrarque glissé à la hâte dans leurs maigres bagages.
Leur errance à travers l'Italie va les conduire à Venise. Mais le destin s'acharne : attaquée et atrocement défigurée au cours de leur voyage, Fiammetta est incapable d'exercer son métier de courtisane. C'est compter sans l'entreprenant et rusé Bucino, qui arpente les ruelles sordides du Ghetto à la recherche de la seule personne qui peut encore les aider : La Draga, une guérisseuse qui pourrait bien être aussi un peu sorcière...
Traduit de l'anglais par Jean Guiloineau.
Étant donné ce monstrueux orgueil, je m'attendais à plus d'ostentation. Mais, à la vérité, les hommes en charge de cet État ont plus l'air de prêtres que de dirigeants. On les voit partout, sur la grande piazza San Marco et sur le Rialto, dans leurs manteaux noirs, longs et plissés comme des toges, jetés par-dessus l'épaule et, sur la tête, un simple bonnet noir. Quand ils se réunissent chaque samedi matin, pour le Grand Conseil, ils ressemblent vraiment à un immense troupeau de corbeaux bien nourris. Ma dame peut décoder de subtiles gradations de pouvoir dans le liseré d'hermine d'une fourrure de martre ou de renard et dans les diverses nuances des velours les plus sombres, mais pour comprendre vraiment les lois il faut être né ici et que votre nom de naissance, votre mariage et votre mort entrent dans le livre d'or gardé dans le palais du doge et contrôlé par des fonctionnaires qui s'assurent que votre lignée n'est pas corrompue par des roturiers.
Cependant, la modestie des hommes n'est rien comparée à l'invisibilité des femmes. Et ici, mes errances sont devenues beaucoup plus précises, parce que, si nous voulons gagner notre vie, mon travail consiste à recenser la concurrence. À la fin du premier mois, le désespoir m'a envahi. Alors qu'il n'existe aucune ville de la chrétienté qui ne possède des lois pour interdire la rue aux putains modestes, aisées ou très riches, à Venise elles semblent y travailler. Les jours de marché, on peut parfois apercevoir une matrone dans ses plus beaux atours qui chancelle sur ses chaussures aux semelles surélevées d'un côté du campo à l'autre, les mains chargées de bijoux, entourée de servantes qui jacassent et de chiens qui jappent. Mais pour l'essentiel, les femmes riches se déplacent sur l'eau dans des barques couvertes ou restent enfermées chez elles. Les jeunes filles font ce qu'elles peuvent pour attirer l'attention, elles se pomponnent bruyamment à leurs fenêtres, mais il faut avoir deux fois ma taille pour éviter d'attraper autre chose qu'un torticolis ; et quand des jeunes gens en tunique et collants très colorés leur lancent des soupirs de convoitise (si les adultes sont des corbeaux, les jeunes sont des perroquets bariolés, qui se pavanent dans leur beau plumage), les jeunes filles deviennent aussitôt stupides, elles agitent les bras et ricanent, avant d'être mises à l'abri par quelque duègne tapie dans l'ombre.
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