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Auteur : Roger Vercel
Préface : Dominique Le Brun
Date de saisie : 03/05/2007
Genre : Documents Essais d'actualité
Editeur : Omnibus, Paris, France
Collection : Omnibus-Albums
Prix : 28.00 € / 183.67 F
ISBN : 978-2-258-07409-5
GENCOD : 9782258074095
Sorti le : 03/05/2007
Hiver 1930 dans le port de Saint-Malo. La flottille des morutiers achève ses préparatifs pour la prochaine campagne. A bord de l'Angélus, un matelot surveille les charpentiers, gréeurs, forgerons, voiliers qui s'activent entre les fonds de cale et les pommes de mât. Un visiteur vient de quitter le bord. Il posait de bonnes questions : il voulait savoir les choses importantes de la vie sur le Grand Banc de Terre-Neuve : l'angoisse qui vous étreint quand dans la brume on ne voit pas l'extrémité des avirons; la fatigue qui abrutit au bout des heures passées à vider les morues sur le pont qui balance au roulis ; l'instant de dégoût qui se répète à chaque aube lorsqu'il faut s'arracher à la paillasse tiède pour enfiler des vêtements glacés... Le marin a parlé de choses qu'il n'aurait jamais cru confier à un terrien. Ainsi travaillait Roger Vercel, l'un des grands écrivains maritimes de langue française dont on célèbre cette année le centenaire. Cet album est la rencontre de la part documentaire de son oeuvre et de photos d'époque rares. Il décrit et révèle au plus près des hommes ce qu'était le quotidien des gens de mer : terre-neuvas et cap-horniers, patrons de grande pêche ou commandants de remorqueurs de sauvetage. Un ouvrage exceptionnel qui redonne vie à un univers disparu.
Jean Villemeur
Le chadburn sonna de nouveau et l'horizon sembla tourner doucement comme un large disque. Les îles Westmann vinrent une à une se placer sur l'avant, au milieu des vitres de passerelle : le Vulcain arrivait en travers et bâbord au vent, pour protéger le travail. Le chalut attendait amarré à tribord sous la lisse, le cul croche dans les haubans sur son palan de pêche.
- Largue les rabans !
Accroupis, les hommes souquaient, à coups secs, sur les tresses d'amarrage et jetaient des paquets de filet pardessus bord. Ils ressemblaient tant à d'énormes tortues dans la carapace jaune des cirés, que leur hâte surprenait. Mais Jean n'était attentif qu'à la voix de pêche de son père, une voix si violente et si brève qu'elle faisait du capitaine, comme l'équipement le faisait des hommes, quelqu'un d'inconnu. Villemeur gardait le corps projeté hors de la fenêtre. De là, il dominait toute la plage avant où les pêcheurs patauds lançaient maintenant à l'eau, après les brassées de ficelle, les boules de verre, deux cents flotteurs creux, gros comme de petits melons.
Il restait sur le pont les diabolos, ce train d'énormes bobines de bois, cerclées de fer. Le treuil qui avait happé leur palan grinça et il se fit dans leur troupeau épais une brusque panique, des voltes soudaines, des chocs, puis tous partirent sagement à la file et montèrent au mât de charge. Les hommes regardaient ce beau travail de Lucas.
- Amène !
L'énorme chapelet se balançait, et le coup de roulis, sur bâbord, amena les diabolos à hauteur de lisse.
- Largue tout !
Ils ouvrirent les mains, le treuil largua brusquement son câble, et les lourds rouleaux plongèrent dans un geyser blanc.
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