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Auteur : Bernard Delvaille
Préface : Gérard-Julien Salvy
Date de saisie : 12/04/2007
Genre : Littérature Etudes et théories
Editeur : la Bibliothèque, Paris, France
Collection : Les portraits de la Bibliothèque
Prix : 12.00 € / 78.71 F
ISBN : 978-2-909688-42-8
GENCOD : 9782909688428
Sorti le : 12/04/2007
François Attia - 01/06/2007
François Attia - 31/05/2007
A travers les voyages, le latin médiéval, la musique, Bernard Delvaille trace le portrait de deux poètes prosateurs suisses, Cendrars, le plus connu, et Cingria, écrivain aimé des écrivains.
Ils seront amis, puis séparés. Truffé de citations, ce double portrait ressemble à une tapisserie cousue de fil d'or, de brocard, dans laquelle l'attention s'enchante. Un amoureux de la langue tisse ses arabesques, émerveillé par deux complices.
Pour son dernier livre, le critique-écrivain-poète Bernard Delvaille, mort à Venise en avril 2006 (et où cet amoureux des villes aquatiques d'Europe pouvait-il mieux mourir ?), a, une ultime fois, donné le meilleur de lui-même. À la manière de Plutarque, ces Vies parallèles de Blaise Cendrars & de Charles-Albert Cingria sont un régal d'élégance et de culture...
À travers son approche originale et transversale de Cendrars et de Cingria, Bernard Delvaille nous invitait à les relire, le second surtout, moins célèbre que son cadet, qui lui survécut de presque sept ans. Il nous initiait aussi aux mystiques latins, comme ce Notker le bègue qu'admiraient tant Rémy de Gourmont et Huysmans. Qui sait encore ce genre de choses ?
Pour Cendrars, comme pour Cingria, la littérature latine du Moyen Age, par le biais des moines de l'abbaye de Saint-Gall, du plus fameux d'entre eux, Notker et de Remy de Gourmont, eut une importance considérable.
Gourmont avait publié, en 1891, avec une préface de Joris-Karl Huysmans, un livre capital : Le Latin mystique, les poètes de l'antiphonaire et la symbolique au Moyen Age. Il désirait tirer de l'oubli les vieilles hymnes chrétiennes de l'antiphonaire, où sont notés les chants et les antiennes de l'office catholique. Il voulait montrer que le latin des moines-poètes des XIe et XIIe siècles valait bien celui de Virgile ou de Cicéron. «Cette langue latine médiévale, écrit-il, est au latin classique ce que Notre-Dame est au Panthéon, ce qu'un poème de prières et de larmes est à une ode de Pindare, ce que le Calvaire est aux Jeux Pythiques, ce que Marie est à Diane.» Les images, les rythmes des poètes bas-latins nous émeuvent davantage, selon lui, que la rigueur romaine. Et ce sont les textes le plus souvent ignorés de la vieille liturgie catholique qu'il présente et traduit dans son livre : Prudence, Sidoine Apollinaire, Fortunat, Wipo, Notker le bègue, Marbode, Hildegarde de Bingen, Adam de Saint-Victor, pour citer les plus connus. Mallarmé avait évoqué, dans Plainte d'automne, «le latin enfantin des premières proses chrétiennes» et Huysmans, dans A rebours, avait fait son héros Des Esseintes se prendre de passion pour des auteurs encore moins connus, comme Fréculfe, Réginon, Walafrid Strabo ou Baudovinia, religieuse de Poitiers. Notons que l'un des poèmes les plus célèbres de Mallarmé est précisément une «prose», la «Prose pour Des Esseintes».
Hyperbole de ma mémoire
Triomphalement ne sais-tu
Te lever, aujourd'hui grimoire
Dans un livre de fer vêtu...
Prose ne doit pas être compris comme le contraire de vers, comme l'affirmait le maître de philosophie de Monsieur Jourdain, mais hymne latine, généralement chantée entre l'épître et l'évangile.
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