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Auteur : Laurie Lynn Drummond
Traducteur : Isabelle Reinharez
Date de saisie : 09/05/2007
Genre : Policiers
Editeur : Rivages, Paris, France
Collection : Rivages-Thriller
Prix : 20.00 € / 131.19 F
ISBN : 978-2-7436-1671-7
GENCOD : 9782743616717
Sorti le : 09/05/2007
Tout ce que vous direz pourra être retenu contre vous
Traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Isabelle Reinharez
«La première fois que j'ai vu Marjorie LaSalle, elle était agenouillée sur son lit, nue, les mains agrippées aux draps pour tâcher de soutenir son poids, un couteau à viande de plus de vingt centimètres planté profondément juste au-dessus du point où la chair se sépare pour s'élever et former le sein. L'endroit où un enfant, un amant, posera sa tête en cas de chagrin, de déveine, ou d'attachement absolu. Cet endroit que le bout des doigts caresse et où il sent à la fois l'os implacable et la mollesse douce et rebondie - un endroit pétri de promesse, d'absolution, le centre de notre être.»
Elles s'appellent Katherine, Liz, Mona, Cathy et Sarah. Elles appartiennent à la police de Bâton Rouge. Et elles racontent. Dix récits qui se répondent, cinq voix qui entrent en résonance. Elles disent, comme autant de confidences livrées au lecteur, la violence à laquelle elles sont confrontées dans leur métier et dans leur vie. Comment cette violence colle à toute scène de crime longtemps après les faits, comment ses échos se propagent et blessent durablement, comment choisir d'y répondre lorsqu'elle vous assaille. Fuir ou tuer. Et continuer à vivre. Rester humain face à l'inhumain. Loin des clichés du genre, Laurie Lynn Drummond mêle suspense et sensualité, brutalité et empathie dans ces histoires qui transcendent le réel. C'est alors que de l'expérience individuelle naît une musique universelle et poignante.
Laurie Lynn Drummond est une ancienne recrue de la police de Bâton Rouge. Tout ce que vous direz est son premier livre. Chose rare pour un recueil de nouvelles, sa parution a été saluée par des louanges unanimes, venues d'horizons littéraires variés.
«Dorénavant je lirai tout ce que Drummond écrira. Elle est sacrement douée.»
Elmore Léonard
Drummond, elle, a été frappée par la foudre littéraire, et son style, précis, percutant, le rend bien. Elle a le génie de la narration, tout en crescendo de phrases anodines en phrases de terreurs. Elle ne fait pas du lecteur un voyeur. Il n'est pas au spectacle, ce qu'il découvre - et ce n'est pas toujours joli -, c'est par le regard abasourdi des narratrices, héroïnes balancées dans un enfer où le bien et le mal jouent à cache-cache. Drummond est une révélation : elle a un ton, une sensibilité, et une puissance forcenée à dire l'indicible. Avec ses filles, elle fait une entrée fracassante dans le monde du polar - dans la littérature. Personnages hors normes, situations brindezingues : du nanan pour un ou une cinéaste d'envergure... Avis !...
Le premier livre de Laurie Lynn Drummond se présente comme un recueil de dix nouvelles regroupées autour de cinq personnages féminins, membres de la police de Baton Rouge. Une femme policier rencontre-t-elle des problèmes spécifiques dans l'exercice d'une profession dont les effectifs sont majoritairement masculins ? Sans doute, mais l'interrogation de l'auteur couvre un champ bien plus vaste. Comment vivre sans se laisser entamer quand on est quotidiennement confronté à la violence ? Le problème est envisagé sous tous ses aspects. Comment faire, par exemple, pour se débarrasser de l'odeur de mort qui imprègne l'uniforme quand on a dû s'occuper d'un cadavre décomposé ?...
Même si Laurie Lynn Drummond a elle-même fait partie de la police de Baton Rouge, elle n'ambitionne pas de fournir un témoignage ni un traité de savoir-faire à l'usage des femmes flics. Ses nouvelles, aussi documentées soient-elles, sont des fictions qui se situent aux antipodes du roman policier dit "de procédure". L'enquête passe au second plan au profit d'une méditation sur la violence et sur la mort.
Le poste de Baton Rouge, c'est précisément ce qu'ont en commun Katherine, Liz, Mona, Cathy et Sarah, les cinq principales protagonistes. Elles ne sont pas forcément proches, mais elles y bossent ou y ont bossé et, tour à tour, chacune va apporter son éclairage sur ce boulot à casquette qui laisse une trace rouge au front...Le livre est un recueil de nouvelles, et Katherine, Liz, Mona, Cathy et Sarah disent chaque fois «je», mais le tout est si cohérent qu'on a plutôt l'impression de chapitres d'un roman choral...
C'est ça, le style Drummond, un réalisme limpide mais poignant, où l'organique (les odeurs, les bruits, les poussées d'adrénaline, les mouvements du corps) est omniprésent, sert de viatique à la tension, à l'émotion. Exit la psychologisation, tout est action ou réaction même l'ennui, même la routine. Une leçon de rythme, pour un livre peuplé de femmes qui adorent les bagnoles, conduire.
GOÛT, TOUCHER, VUE, SON, ODEUR
Quand je les entraîne, je dis aux bleus que la plus grosse erreur qu'ils puissent commettre, c'est de penser qu'ils savent tout.
«Ce n'est pas près de vous arriver, je leur dis, croyez-moi. Ça fait six ans que je fais ce boulot et j'en apprends encore tous les jours - une technique, une façon d'envisager le comportement humain, le mode de fonctionnement de la loi, jusqu'aux limites de mon propre corps.»
Ils s'empressent toujours d'acquiescer, le corps tendu par l'attente et souvent par une petite pointe de peur. J'ai appris à déchiffrer la topographie de leurs peurs : certains n'en ressentent aucune, et ils m'effraient. D'autres éprouvent une peur panique, et ils m'effraient aussi. Mais chez la plupart des nouvelles recrues, la peur est maîtrisée, c'est une infime palpitation sous la pommette, ou le long de la colonne lisse de leur nuque, qui révèle leur nature de mortels. Je leur recommande de la respecter, mais qu'elle ne les empêche pas pour autant de faire ce qui doit être fait. Sans ce doigt de peur, on commet des erreurs. Sans peur, on risque de mourir vite fait, dans ce métier. Entre courage et stupidité, la frontière est mince.
J'observe leurs visages et songe à quel point ils sont incroyablement jeunes et intacts, à quel point le boulot les transformera. Parfois j'ai envie de dire : «Non, ne faites pas cela.» Mais ça n'y changerait rien. Je le sais. Pour la plupart, ils me rappellent celle que j'étais quand j'étais fraîche émoulue de l'école et que je croyais tout savoir.
Alors, pendant les quelques mois où ils patrouillent avec moi, je leur enseigne ce que m'a appris mon formateur : les techniques pratiques, les techniques nécessaires, les techniques d'investigation, les techniques de survie.
L'école ne peut pas faire mieux.
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