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Consacré à Maurice Halbwachs, ce volume interroge son oeuvre à partir de questions posées à la sociologie par la société d'aujourd'hui : suicide, précarité et pauvreté, logement, intégration urbaine, théorie de la connaissance sociologique, appréhension et mesure des «faits de population», ou encore variations de la proportion des sexes à la naissance.
En confrontant les analyses d'hier avec les problèmes actuels, les auteurs soulignent l'extraordinaire fécondité de ses travaux : loin de relever d'une théorie générale des faits sociaux, les outils qu'il nous lègue sont des manières de connaître et d'analyser, sur la base des faits, la réalité sociale de notre temps.
Les courts extraits de livres : 19/05/2007
Extrait de l'introduction de Marie Jaisson et Christian Baudelot :
Un fil rouge
Deux lectures attentives de l'oeuvre permettent aujourd'hui de discerner plus finement les principes de l'unité de sa trajectoire intellectuelle. Ces principes relèvent de la conception que Halbwachs se faisait de la complexité des phénomènes sociaux et des outils intellectuels qu'il était nécessaire de mettre en oeuvre pour les appréhender. Véritables éléments d'une théorie de la connaissance de la réalité sociale, ces principes s'appliquent aussi bien aux données morphologiques saisies par la statistique qu'aux phénomènes plus qualitatifs et individuels comme ceux de la mémoire. La fréquentation précoce de l'oeuvre de Leibniz d'un côté, la découverte du calcul des probabilités de l'autre permettent très tôt au sociologue de forger ces outils. Il ne cessera de les mettre en oeuvre tout au long de sa vie en les appliquant aux objets les plus divers qu'il a étudiés.
Eric Brian et Marie Jaisson ont analysé de près la façon dont Halbwachs a compris, très tôt, la nécessité de rompre avec la théorie de l'homme moyen et de dépasser le cadre statistique élaboré par Quetelet et adopté par Durkheim, tout entier centré sur le concept de moyenne. Il estime plus conforme à la réalité des faits sociaux de les saisir par le biais des écarts que leur régularité présente par rapport au hasard de toutes les choses. Dans le cas de la morphologie, ces régularités «réalisées dans des groupes et portées par le corps social - la combinatoire des interactions entre les hommes - se prêtent aux dénombrements». Le calcul des probabilités fournit alors l'outil adéquat pour mesurer l'écart entre fait de hasard et fait social. Dans le cas de la mémoire, les régularités sont produites par le système des représentations partagées par l'individu et intimement ancrées en lui. Ce système trace un itinéraire très personnel par la sélection qu'il opère parmi la complexité des influences subies. «Le hasard auquel il faut alors se fier est le procédé subjectif par lequel est porté à la conscience individuelle du savant l'écart entre complexité indéchiffrable et fait de mémoire collective.» Psychologie collective et morphologie sociale deviennent ainsi pour Halbwachs deux variantes de I'objectivation des temps et des espaces sociaux. Il s'agit, dans les deux cas, d'une phénoménologie sociale fondée sur une conception probabiliste.