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Auteur : Philippe Bourdin | Jean-Luc Chappey
Date de saisie : 09/05/2007
Genre : Sciences humaines et sociales
Editeur : Presses universitaires Blaise Pascal, Clermont-Ferrand, France
Collection : Histoires croisées
Prix : 24.00 € / 157.43 F
ISBN : 978-2-84516-340-9
GENCOD : 9782845163409
Sorti le : 09/05/2007
Si la Révolution ébranle la «République des Lettres», remettant en cause un système construit de longue date, fait de codes de comportements individuels et collectifs, de formes symboliques ou financières de reconnaissance, de logiques sociales et matérielles de production, il n'est pas sérieux de prétendre qu'elle n'aurait été qu'un «désert» littéraire, une antienne qui nourrit une «légende noire» construite dès les premières années du XIXe siècle. La décennie révolutionnaire n'ouvre-t-elle pas une période de liberté en reconnaissant le droit d'auteur et en exaltant le génie des écrivains, leur accordant une place de choix au Panthéon ? Le présent ouvrage se propose donc d'étudier les espaces propres aux intellectuels, ceux qui perdurent comme ceux qui naissent, de mesurer l'instrumentalisation politique et sociale de la culture, de suivre les carrières révolutionnaires contraires et contradictoires de Rétif de la Bretonne et de Parny, d'atteindre le public des lecteurs à travers l'étude du prêt privé.
BOURDIN Philippe, CHAPPEY Jean-Luc - Introduction.
LILTI Antoine - Mondanité et Révolution : les hommes de lettres et la sociabilité mondaine à la fin du XVIIIe siècle.
CHAPPEY Jean-Luc Chappey - La Société Nationale des Neuf Soeurs (1790-1793). Héritages et innovations d'une sociabilité littéraire et politique.
BOYER Fabrice - La famille Martignac : des avocats musagètes en Bordelais.
LE BORGNE Françoise - Le réseau de Rétif de La Bretonne à l'épreuve de la Révolution.
SETH Catriona - Le réseau Parny.
BOURDIN Philippe - La postérité de la bibliothèque Romme : le prêt privé dans les milieux «néo-jacobins» provinciaux.
De l'homme de lettres à l'écrivain patriote
Dire que les salons n'étaient pas des salons littéraires ne signifie pas que les belles-lettres n'y jouaient aucun rôle ou que les écrivains en étaient absents. Bien au contraire, c'est justement une des spécificités de la mondanité parisienne que d'avoir ouvert les portes de ses salons aux écrivains et d'avoir fait des belles-lettres - sous la forme de la poésie de salon, des conversations sur les nouveautés littéraires ou encore des lectures - une activité essentielle et un facteur important de distinction sociale. Néanmoins, ces activités n'étaient jamais exclusives, et souvent secondaires, subordonnées à d'autres divertissements comme la table, le jeu ou la musique. En substituant à la notion ambiguë de «salon littéraire» celle de sociabilité mondaine, on est amené à prendre en compte la relation foncièrement asymétrique sur laquelle est fondée la présence des écrivains (mais aussi des musiciens ou des savants) dans les salons. Ils participent aux divertissements des élites mondaines, en écrivant des vers, des pièces de théâtres, en nourrissant la conversation des rumeurs parisiennes et des nouvelles de la vie littéraire. Chez Mme Geoffrin, Montesquieu compose et chante une chanson en l'honneur de la duchesse de La Vallière, une des femmes du monde les plus en vue à la cour comme dans la bonne société. Les écrivains contribuent aussi, par leur présence, à l'attractivité et à la réputation des salons qu'ils fréquentent. Comme le dit La Harpe : «Mme Geoffrin est un exemple bien frappant de la considération que peut donner la société des gens de lettres, et à laquelle ils parviennent rarement eux-mêmes, parce que la première base de la considération dans ce pays est l'indépendance qui naît de la fortune et que les gens de lettres l'ont bien rarement.»
En contrepartie, ces hommes de lettres accèdent aux ressources matérielles et symboliques des élites, sous la forme de dons, de pensions. Mme Geoffrin leur fait de nombreux cadeaux et constitue même des rentes en faveur des plus assidus comme d'Alembert, Morellet et Thomas. Plus généralement, les salons sont régis par une véritable économie de la protection. Ils sont des appuis importants pour la carrière des auteurs, non pas en tant qu'institutions littéraires, mais, au contraire, parce qu'ils permettent aux hommes de lettres de sortir des cercles de la République des lettres et d'accéder aux ressources du patronage aristocratique et du mécénat royal. Les femmes jouent ici un rôle qui est traditionnellement le leur dans la société de cour : celui de protéger, d'agir en faveur de tel ou tel, de mobiliser les ministres ou les courtisans. À ses débuts dans les salons parisiens, Marmontel expliquait ce qu'il recherchait dans le monde : «des protecteurs et quelques moyens de fortune».
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