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Auteur : Jean-Claude Walfisz
Préface : Renaud Chazal de Mauriac | René L Lenoir
Postface : Joe Finder Joe Finder
Date de saisie : 25/05/2007
Genre : Société Problèmes et services sociaux
Editeur : Jeunesse et droit, Liège, Belgique
Prix : 25.00 € / 163.99 F
ISBN : 978-2-930176-58-1
GENCOD : 9782930176581
Sorti le : 15/03/2007
Peut-on imaginer aujourd'hui, au 21ème siècle, qu'il ait pu exister un foyer d'accueil de jeunes en difficulté, pour la plupart délinquants, dans lequel ceux-ci n'étaient pas enfermés, pouvaient même sortir librement à tout moment, aller à l'école ou ne pas y aller, travailler ou ne pas travailler, même s'y sentir heureux ? Je crains que non ! Je suis convaincu que le lecteur ne me croit pas. J'entends ses arguments : «ce n'est pas en laissant un jeune délinquant libre d'aller où il veut qu'on l'empêchera de recommencer ! Et il faut bien le punir ! Il faut bien protéger la société !
Ou alors, ce ne sont pas de vrais délinquants !».
Et si c'était vrai ! Et s'il n'y avait pas d'autres alternatives ! Et si ces nouveaux centres fermés avec vingt-sept adultes dont trois éducateurs pour cinq enfants de 13 à 16 ans ne servaient à rien, sinon à rassurer pendant quelque temps la population ! Comme me l'expliqua un juge pour enfants en retraite dont on trouvera le témoignage à la fin de mon livre : «Des enfants y entrent et des fauves en sortent !». Et si donc, pour une fois, une vision humaniste, fondée sur l'affectivité et la compréhension, avait été plus efficace que la répression !
C¹est l'histoire de ce foyer de semi-liberté, le Centre Familial de Jeunes
(CFDJ) de Vitry-sur-seine, que j'ai eu envie de raconter dans ce livre.
Jean-Claude Walfisz
Pour ce qui concerne ma motivation consciente à écrire ce livre, il y a certainement un agacement, voire une révolte face aux tendances actuelles à un retour aux centres fermés.
Et aussi le besoin de raconter ce que nous avons vécu comme exemple de ce qu'il faudrait faire pour aider des jeunes en difficulté à ne pas finir leurs jours en prison, de mettre en parallèle la nullité des projets actuels avec le sérieux du travail du CFDJ de Vitry sur Seine, un foyer dit «de semi-liberté» qui a été pendant trente ans «la vitrine de l'Éducation surveillée».
Peut-on imaginer aujourd'hui qu'il ait pu exister un foyer d'accueil de jeunes en difficulté, pour la plupart délinquants, dans lequel ceux-ci n'étaient pas enfermés, pouvaient même sortir librement à tout moment, aller à l'école ou ne pas y aller, travailler ou ne pas travailler, même s'y sentir heureux ? Peut-on imaginer que des adolescents condamnés, pour certains dès la naissance, à finir en prison ou en asile psychiatrique puissent aujourd'hui mener une vie d'adulte responsable à la suite d'un séjour de quelques années dans un lieu de tolérance et d'humanité ?
Jean Claude Walfisz
LES ANNEES 1955 - 1960
En 1955, le Centre familial des jeunes (CFDJ) est déjà une véritable institution. L'établissement commence à recevoir des stagiaires d'écoles de formation de travailleurs sociaux, une grande majorité d'entre eux venant des Etats-Unis. C'est aussi le début de visites de «grands de ce monde» : médecins, cinéastes, artistes, un ministre de la culture, et même l'épouse d'un président de la République.
Le «club électronique»» sort un premier disque 45 tours. Le club possède un graveur de microsillons ! La guitare devient instrument numéro un du club de musique, peu à peu, le foyer s'agrandit. Des anciens ont construit dans la cour un pavillon de dépannage pour l'hébergement d'autres anciens en difficulté.
Un nouveau bâtiment est également construit. Ughetto avait appelé la première maison, par allusion aux écrits bibliques, «Egypte, le nouveau s'appellera «Canaan». L'institution peut accueillir désormais vingt et un jeunes. Ils organisent un premier Sociodrame public dans l'Oise...
Faute de places pour les trop nombreuses familles, il aura lieu dans l'église du village.
Trois «pensionnaires» de cette époque
Hubert
Je l'ai connu, il y a plus de quarante ans. Il revenait voir les petits jeunes dans les années soixante. Quand je lui ai téléphoné, il s'est souvenu de moi. Il me donne rendez-vous dans son appartement d'une cité HLM, à cinq minutes de notre ancien foyer. Hubert est aujourd'hui en retraite et consacre ses loisirs à la peinture. Il n'a jamais quitté la ville de Vitry-sur-seine. Il est né il y a 62 ans. Il y avait huit enfants dans sa famille. Au départ, ils vivaient en Normandie, dans un petit bourg. Sa mère était femme de ferme, son père était paysan. Il est mort juste après la guerre. Hubert ne l'a pas connu. Sa mère se remarie, mais décède en mettant au monde la dernière fille. Hubert a douze ans. Il se retrouve avec ses frères et soeurs à la charge du beau-père :
On était quatre de mon père, et quatre enfants du beau-père. C'était l'enfer, la maltraitance...Moi, j'étais toujours contre le beau-père. J'étais livré à moi-même dans la rue, Boulevard de l'Hôpital, les Gobelins, on faisait des conneries... des bagarres, règlements de compte entre bandes.
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