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Savoir tout hausser jusqu'au niveau de l'art. C'est ainsi, comme il me l'a dit la dernière fois que nous nous sommes vus, que Picasso pouvait parvenir «à toucher à quelque chose». Quelque chose qui franchisse le temps. Et il y a déjà comme une mise en garde dans ce qu'il avait ajouté pour Christian Zervos au cours de la grave crise de 1935 : «Ce n'est pas ce que l'artiste fait qui compte, mais ce qu'il est.» La grandeur de Picasso tient à ce qu'il a, jusqu'au bout, été son art.»
Pierre Daix
Par sa connaissance intime de l'homme, de l'oeuvre, Pierre Daix s'est imposé comme le biographe unique et ultime de Picasso. Pour écrire le présent ouvrage, issu de premiers travaux publiés en 1987, il a eu recours à une exploitation renouvelée des archives du peintre : révélations sur son enfance, publication de sources intimes, découvertes insolites, comme cette demande de naturalisation française déposée par Picasso en avril 1940... En relisant la vie d'un génie à la lumière de la destinée de son oeuvre, Pierre Daix livre ici la biographie définitive du peintre. Celle qu'on attendait depuis son Picasso : Life and Art (Thames and Hudson, 1993) ou son Dictionnaire Picasso (Bouquins, 1995).
Les courts extraits de livres : 22/05/2007
EVA OU LA LIBERTE
«Nouvel homme, le monde est sa nouvelle représentation. Il en dénombre les éléments, les détails avec une brutalité qui sait être gracieuse. C'est un nouveau-né qui met de l'ordre dans l'univers. Ce dénombrement a la grandeur de l'épopée.»
Guillaume APOLLINAIRE, Les Peintres cubistes
L'explosion cubiste (Automne 1911-été 1912)
L'album de presse de la galerie Kahnweiler - c'est à l'époque une innovation absolue (comme de photographier systématiquement les tableaux) révèle que le Salon d'Automne de 1911 a été la consécration du cubisme. Et, paradoxalement, de Picasso qui en était absent comme du Salon des Indépendants au printemps, mais qu'on découvre alors comme «maître actuel» et inspirateur du changement. Changement devient le mot clé dans le domaine de la peinture.
On s'en rend compte aussi en suivant un collectionneur tchèque, Vincenc Kramar (1877-1961), qui vient à Paris en 1910, puis, au printemps 1911, achète déjà la Tête de Fernande «cassée» en bronze chez Vollard et trois Picasso, plutôt difficiles, chez Kahnweiler. C'est une réussite de la politique d'exportation du marchand qui a envoyé des Picasso à Berlin et à Francfort comme à Londres et à Amsterdam. Clovis Sagot en a également prêté six pour Londres. Mais c'est aussi le résultat de l'activité de Gertrude Stein et d'Alice Toklas. Leur liaison a commencé à Florence à l'été 1908, après qu'Alice a jeté son corset rose cerise par la fenêtre du train, mais reste un secret impénétrable. Comme l'écrit Linda Simon, biographe d'Alice,
Gertrude et Alice étaient des dames bien élevées et la reine Victoria n'était morte que depuis sept ans.
Alice joue un rôle d'imprésario, d'abord pour faire connaître les écrits de son amie, mais Picasso va aussi en récolter les fruits. C'était grâce à Alice que Gelett Burgess, qu'elle connaissait de San Francisco, avait trouvé le chemin du Bateau-Lavoir.