Editeurs, auteurs, valorisez vos livres.
Libraires, partagez vos découvertes.
Inscrivez-vous à la Lettre des Libraires.
Découvrez sur votre mobile, en exclusivité, les choix des libraires, le courrier des auteurs, la revue de presse des livres, et des milliers d'extraits de livres en cliquant plus bas.
Auteur : Maxime Gorki
Date de saisie : 00/00/0000
Genre : Romans et nouvelles - étranger
Editeur : Temps des cerises, Pantin, France
Prix : 17.00 € / 111.51 F
ISBN : 2-84109-628-9
GENCOD : 9782841096282
Publiés en Russie de 1895 à 1924 les sept récits qui composent ce recueil sont centrés sur la question des femmes. Ce ne sont pas des oeuvres directement engagées dans les combats idéologiques et politiques comme le sont Les Contes d'Italie ou La Mère. Ils ne sont pas non plus conçus pour permettre une prise de position du haut de laquelle Gorki dévoile un aspect de la réalité comme il le fait dans Confession, dans Enfance ou En gagnant mon pain. Il n'abandonne pas pour autant la réalité sociale russe qu'il connaît si bien mais il s'oriente vers des matériaux plus intimes qui appartiennent à sa vie, à ses souvenirs, cherchant à faire parler des incertitudes qui le tourmentent depuis longtemps et sont un aspect moins connu, voire méconnu de sa personnalité. Il faut prendre en compte cette caractéristique pour bien comprendre tous les aspects de l'écrivain de combat qu'il fut.
J'avais peur de la laisser seule, mais n'osant pas désobéir, je m'en allai.
Une semaine après environ, comme elle jouait de nouveau au théâtre, en haut on siffla. On sifflait en haut, on protestait en bas, tumulte, dispute, les dames poussaient des cris. Elle put achever l'acte tant bien que mal. Je courus à sa loge : tranquillement assise devant son miroir, elle se poudrait et me demanda :
- Naturellement ce sont eux qui ont organisé cela ?
- Je ne sais pas, mais c'est fort probable.
À ce moment-là, le public envahit sa loge avec des excuses, des regrets ; on lui baisait les mains. Elle souriait gracieusement mais ses yeux égarés avaient un éclat sauvage. À la représentation suivante, il y eut encore des sifflets, du tumulte, on se battit pendant l'entracte, la police s'en mêla et le lendemain le chef de la police, un ivrogne grossier, vint la voir. Je ne sais ce qu'il lui dit, mais le soir même elle me déclara qu'elle partait pour Perm où le théâtre était également dirigé par son imprésario. Et dans le compartiment où j'étais avec elle, elle me dit :
- Eh bien, Pierrot, vous avez pitié de moi ? Pour que vous en soyez venu à me plaindre, il faut que ça aille bien mal.
Et d'un ton craintif elle demanda doucement :
- Je n'ai donc pas de talent, je suis une ratée, incapable de conquérir les gens ? Dites la vérité.
La vérité, je la savais, mais je n'osais la dire, car pour cette vérité-là elle m'aurait... Je la consolais comme je pouvais, mais elle, parlant toujours, me demandait :
- Mais pourquoi ?
Les routes grondaient, derrière la vitre tout bougeait, tout vacillait. Regardant par la fenêtre, elle murmura :
- Je tombe, je tombe...
Jamais elle n'avait parlé si plaintivement. Certes elle avait des raisons de se plaindre : bien qu'elle jouât depuis plus de dix ans, elle ne s'était pas fait un nom ; on ne l'engageait pas à venir jouer dans la capitale, nous traînions avec elle dans des coins perdus et elle avait dépensé toute sa fortune. Il ne lui restait que sa beauté et sa fraîcheur qui semblaient lui être attachée pour l'éternité...
Copyright : lechoixdeslibraires.com 2006-2012 - Informations légales - Programmation : Olf Software - Accessibilité, CSS et XHTML : Gravelet Multimédia