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Auteur : Guy Bosschaerts | Sylvain Springer
Date de saisie : 16/05/2007
Genre : Société Problèmes et services sociaux
Editeur : Privat, Toulouse, France
Prix : 15.00 € / 98.39 F
ISBN : 978-2-7089-6877-6
GENCOD : 9782708968776
Sorti le : 16/05/2007
Jusqu'à ce matin du 23 octobre 2001, la vie de Sylvain Springer est celle de monsieur Tout-le-monde. Mais, en une fraction de seconde, tout bascule. Un coup de feu tiré par un sniper du GIGN claque. Sylvain Springer s'écroule devant son petit garçon de quatre ans. Il survit à ses blessures, mais la balle lui a déchiré les intestins, explosé la rate, perforé l'estomac après lui avoir sectionné le nerf du bras. Quand il se réveille, après quatorze heures d'opération, il apprend qu'il est accusé de trafic de drogue et d'association de malfaiteurs. Brutalisé à l'hôpital, opprimé par ses codétenus à la prison de Perpignan, puis transféré à Fresnes, il entre dans un univers qu'il pensait aboli depuis le XIXe siècle. Il passe quatorze mois en prison et n'est jugé que cinq ans plus tard, relaxé pour l'accusation de trafic de drogue, mais condamné à neuf mois pour association de malfaiteurs.
Son histoire témoigne non seulement de l'état déplorable de nos prisons, mais surtout des dérives de notre système judiciaire. Lui qui était autrefois un artisan aisé n'est plus aujourd'hui qu'un handicapé délaissé de tous, marginalisé par la société. Dans cette enquête, Sylvain Springer n'a pas dit son dernier mot : la procédure lancée en mai 2007 - il est rarissime qu'un particulier attaque l'État pour violence involontaire dans le cadre d'une action du GIGN -, a d'ailleurs la vocation de lever le voile sur cette affaire. Quand on est mort une première fois, on n'a plus de temps à perdre.
Guy Bosschaerts est journaliste à Perpignan pour le quotidien L'Indépendant du Midi. Il a d'abord exercé les fonctions d'inspecteur de police judiciaire durant six ans en Belgique, travaillant exclusivement en grand banditisme. Arrivé en France, il s'est orienté vers le journalisme, métier auquel il s'était préparé durant ses études à l'université libre de Bruxelles.
Sylvain Springer est arrivé à Perpignan alors qu'il n'était qu'un enfant. Durant de longues années, il a été portier de discothèque tout en exerçant le métier d'élagueur. Il a ensuite monté une entreprise de multiservices avant de partir retrouver son frère sur l'île de Saint-Martin (Caraïbes) dans une entreprise de forages. Aujourd'hui, il travaille 20 heures par semaine, le maximum autorisé pour les établissements employant un handicapé.
Une étoile dans les barbelés
Ma première nuit en prison s'achevait, le jour se levait, et moi, après avoir passé toutes ces heures assis sur mon lit à cogiter, je réalisais que je ne rêvais malheureusement pas. La taule m'avait déjà terrassé, plus sûrement que la balle qui m'avait labouré le ventre.
Je mourais d'impuissance, tremblant comme l'animal que l'on mène à l'abattoir. J'ai ouvert les yeux pour mieux les refermer. Il fallait un exemple et j'étais celui-là.
L'humiliation m'avait fait oublier que j'avais été un citoyen, je n'étais même plus un homme, j'étais en train de devenir un animal aussi haineux qu'enragé. Mais la haine est un moteur, l'homme qui la ressent s'accroche à la vie, ou du moins à la survie. Peut-être était-ce ma chance, car la vie en prison n'est-elle pas que survie ?
La poche de mon anus artificiel, lassée de se gonfler de gaz sans que l'on s'occupe d'elle, avait fini par exploser. J'étais couvert de matières fécales, l'odeur était insoutenable, et je ne pouvais rien faire. Rien sinon attendre qu'enfin quelqu'un vienne ouvrir cette porte qui, la veille, s'était refermée sur ma cellule et sur ma vie. Je réussis à m'assoupir un peu. Un repos de l'esprit, une trêve dans la souffrance, qui ne fut pourtant que de quelques minutes.
La serrure cliqueta et un sonore «Infirmerie» sortit de la bouche du gardien qui venait me réveiller. Il lui fallut quelques secondes pour comprendre ce qui était arrivé, il appela le nettoyeur pour rendre à ma superbe cellule l'aspect qu'elle avait quelques heures plus tôt.
Le nettoyeur était un très petit homme, portant sur le visage les stigmates d'une crainte ineffable. Il se mit au travail sans dire un seul mot. Il ne vivait plus depuis longtemps déjà, il survivait par habitude dans un monde qui le terrorisait. Je n'ai jamais su pourquoi il était là, ni même s'il était capable de parler, d'ailleurs. Je me suis lavé comme j'ai pu et j'ai suivi le gardien jusqu'à l'infirmerie, honteux dans mes vêtements poisseux.
Les infirmières ne firent pas de commentaires, mais à leur regard je devinai facilement qu'elles n'avaient pas souvent été confrontées à une situation de ce genre. Elles commandèrent d'urgence des poches de rechange, tout en m'enfonçant des aiguilles un peu partout dans le corps. Antiphlébite, prise de sang, vaccin X ou Y...
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