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Auteur : Sallie Bingham
Traducteur : Francis Kerline
Date de saisie : 10/05/2007
Genre : Romans et nouvelles - étranger
Editeur : Joëlle Losfeld, Paris, France
Collection : Littérature étrangère
Prix : 21.00 € / 137.75 F
ISBN : 978-2-07-078975-7
GENCOD : 9782070789757
Sorti le : 10/05/2007
Dans ces nouvelles subtilement sensuelles, l'auteur observe avec indulgence, intelligence et brio les transgressions de la vie amoureuse : les amours d'un professeur d'un certain âge avec l'un de ses étudiants, un ménage à trois, gay, où «l'intrus» viendra perturber le couple, ou encore l'inaltérable soif de mentir sur ses relations sentimentales pour se sentir exister. Le combat mené entre le désir et la moralité, l'ambition et les regrets fait le lit de ces très beaux moments de vie.
«C'est avec une connaissance infaillible que Sallie Bingham décrit en un style dépouillé la frontière qui relie l'âme humaine et ses défaillances.» Paula Fox
Sallie Bingham est née en 1937 dans le Kentucky, où elle vit actuellement. Dramaturge, poétesse et romancière, elle a publié une dizaine de livres aux États-Unis dont le premier a été édité dans les années 1960. Récompensée par de nombreux prix, elle est aussi connue pour la qualité de ses nouvelles parues dans diverses revues.
Pour une citadine, ancienne New-Yorkaise de surcroît, l'idée de passer une journée dans une cuisine embrumée de vapeurs était inenvisageable, mais elle songea à tous les amis qui apprécieraient de bons gros bocaux de confiture d'abricots et se dit que les pots restants illumineraient les étagères de son cagibi au plus fort de l'hiver. Elle alla donc acheter quatre grandes marmites légères en aluminium, les récipients les plus volumineux qu'elle eût jamais possédés, et découvrit après quelques recherches que les verres cannelés à confiture dont elle avait gardé le souvenir étaient toujours en vente dans des cartons, ainsi que les rectangles blancs de paraffine nécessaires au scellement.
Mais la tâche était décourageante et Caroline comprit vite qu'elle aurait besoin d'aide. Dans le livre de cuisine de sa mère, la marche à suivre était complexe : il fallait impérativement blanchir les fruits pour les peler, puis les traiter pour les empêcher de foncer. (L'intérêt de cette opération échappait un peu à Caroline, vu que personne n'avait semblé se soucier de leur couleur au bon vieux temps.)
Elle réfléchit à la situation pendant plusieurs jours, sans cesser d'accumuler compotiers et paniers d'abricots, qu'elle conservait dans son réfrigérateur. Elle sortait de bonne heure le matin pour ramasser ce qui était tombé pendant la nuit, s'arrêtait un instant, les mains sur les hanches, pour observer les luminescentes nuées d'orage qui s'amoncelaient déjà à l'ouest, puis se mettait à l'ouvrage, avec la sensation d'être, non pas une femme vieillissante libérée des corvées improductives, mais une nymphe en vadrouille dans une clairière d'Arcadie. Si son jardin et son allée n'étaient pas à la hauteur de cette image, elle s'en trouvait digne elle-même, avec ses cheveux teints en ocre, ses membres longs, son visage alerte et sans rides.
Puis l'idée lui vint que l'un des jeunes gens de l'université locale où elle enseignait pourrait accepter de l'aider. Son cours n'avait pas été une grande réussite, de son point de vue : ses étudiants étaient distraits et ses efforts pour les intéresser à la poésie des modernistes avaient largement échoué. Il y en avait toutefois un, dans le lot, qui semblait manifester quelque velléité ; elle s'apercevait parfois que le jeune Charles Cooper la fixait des yeux pendant qu'elle parlait.
Le semestre toucha bientôt à sa fin et, quand elle réunit ses étudiants pour leur remettre leurs compositions de fin d'année et prononcer - espérait-elle - quelques sages paroles sur l'importance de E. E. Cummings et H. D., sa décision était prise. Au moment où le petit groupe se préparait à partir, elle fit signe à Charles qui, comme d'habitude, l'observait. Il s'approcha aussitôt de son bureau.
«J'ai un travail à vous proposer, dit-elle. Un travail domestique», précisa-t-elle, devinant qu'il pourrait penser qu'il s'agissait de lecture ou d'écriture. «Mon abricotier est couvert de fruits et je voudrais faire des confitures.»
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