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Auteur : Thöndrupgyäl
Traducteur : Françoise Robin
Date de saisie : 00/00/0000
Genre : Romans et nouvelles - étranger
Editeur : Bleu de Chine, Paris, France
Prix : 10.00 € / 65.60 F
ISBN : 978-2-84931-026-7
GENCOD : 9782849310267
Le narrateur reçoit une lettre lui annonçant le décès d'un ami artiste, perdu de vue depuis longtemps, et dont il avait jadis juré de narrer l'existence tumultueuse. Cette disparition brutale le pousse à tenir sa promesse : les souvenirs s'emboîtent, dévoilant une vie de peintre sublimée par l'amour et la création artistique.
Fils de paysans tibétains de l'Amdo (nord-est du Tibet), adolescent pendant la Révolution culturelle, historien et homme de lettres, Thöndrupgyäl (1953-1985) s'est suicidé à trente-deux ans, laissant une oeuvre importante.
De Thöndrupgyäl, Bleu de Chine a publié La Fleur vaincue par le gel.
Un jour, mon père me montra un thangka dessiné au trait d'or et m'ordonna d'en exécuter un semblable. Ce thangka, je l'avais déjà vu à maintes reprises. D'aussi loin que je me souvienne, je revois encore très clairement certaines scènes : mon père, une lampe à beurre posée sur le rebord du foyer, examinant longuement ce thangka déroulé sur ses genoux ; le caressant, un sourire aux lèvres ; le pressant contre son coeur, les larmes aux yeux ; ou le regardant, l'air hébété. J'ignorais alors quel mystère s'y dissimulait, mais je comprenais que mon père éprouvait une tendresse et un amour profonds envers ce thangka. C'est pourquoi, ce jour-là, je le pris dans mes mains pour l'examiner : deux traits réguliers, séparés d'à peine une largeur de doigt, bordaient le tableau. À l'intérieur, sur le bord gauche, se trouvaient dessinés un parasol blanc, une bannière de victoire, un noeud d'éternité, un poisson d'or, un vase, un lotus, une roue, et une conque de la doctrine. Sur le bord droit étaient représentées les huit substances de bon augure : un miroir, du bézoard, du yaourt, l'herbe durwa le fruit de l'arbre bilwa une conque blanche, de la poudre de vermillon et des graines de moutarde blanche. Sur le bord supérieur étaient dessinés des noeuds d'éternité et, sur le bord inférieur, des swastikas. Au centre, le ciel dégagé était couleur de béryl bleu et, sous les nuages blancs à l'extrémité enroulée comme une conque, une déesse parée de soie s'envolait dans le ciel, tout en jetant un regard en arrière. Son buste émergeait des arcs-en-ciel où la partie inférieure de son corps était plongée. À son cou était enroulée une khata blanche dont les deux longues extrémités semblaient frémir, agitées par le vent. Son visage avait un air triste et ses yeux trahissaient son désir.
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