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Auteur : Lai Chu
Traducteur : Alain Clanet
Date de saisie : 16/05/2007
Genre : Romans et nouvelles - étranger
Editeur : Ed. de l'Aube, La Tour-d'Aigue, France
Collection : Regards croisés
Prix : 23.00 € / 150.87 F
ISBN : 978-2-7526-0336-4
GENCOD : 9782752603364
Sorti le : 16/05/2007
Le mendiant du passé
«-... M'aimes-tu vraiment ? - Oui ! je t'aime beaucoup, plus que toute autre personne. Si tu te retrouvais malade, estropiée, je t'aimerais toujours ! - Mensonges ! - Si tu étais condamnée à la prison je ne t'en aimerais que davantage ! - Encore des mensonges ! - Difforme, contrefaite, je t'aimerais encore... - Folie ! Mais écoute cette chose étrange : je suis moi, pour toujours, la petite Suong...»
Hung, jeune lieutenant plein de fougue, et Suong, ravissante infirmière, tous deux Viêt Công, combattent côte à côte près de Saïgon. La jeune fille tombe sous les balles de l'ennemi, qui expose son corps sur la place du marché; Hung, bravant tous les dangers, le récupère en pleine nuit, creuse la tombe de ses mains et enterre son amour. Pourtant, vingt ans après, alors qu'il n'est plus que l'ombre de lui-même, au chômage et désespéré, il reconnaît Suong dans la talentueuse directrice du comité régional du Parti. Mais celle-ci nie farouchement - jusqu'à l'épilogue, tragique et inéluctable. Chu Lai, dans ce roman foisonnant, retrace une fresque à la fois éblouissante et poignante de ce que fut la guerre contre les Américains. À destin exceptionnel, littérature exceptionnelle : nous ne sortons pas indemnes de cette lecture et, avouez-le, c'est de «bonne guerre»...
Chu Lai est né en 1946 dans une province du Nord Viêt-Nam. Après s'être porté volontaire dans la guerre contre les Américains, il s'installe en 1975 à Hanoi et reprend son métier d'écrivain. L'Aube a déjà publié un premier roman de cet auteur, Rue des Soldats.
Mon esprit était obsédé par cette femme, morte et aujourd'hui devenue soudain cette directrice générale; j'étais désemparé, paralysé. «Merci camarade, avais-je dit au vice-président Quân. Épuisé, lassé, errant que je suis, permets-moi seulement de rester un peu ici avant de repartir ! Je reviendrai bientôt... ou peut-être jamais.» Quân me regarda un moment dans les yeux à la manière d'un médicastre examinant un malade incurable, puis hocha la tête et dit :
- C'est selon ! Connaissant ton caractère depuis le temps où tu vivais dans la forêt, je ne peux m'y opposer. Quant à la suite, je ne peux que te prier, toi mon ancien camarade, de considérer que la vie a beaucoup changé, que le passé est le passé ! Si tu n'y parviens pas, alors il vaut mieux renoncer et t'en aller rapidement.
- Comment cela, rapidement ?
- Ne t'irrite pas ! Tu semblés effrayé. En vérité, ne t'attriste pas. La seule chose que tu aies gardée d'autrefois, ce sont tes yeux, tes yeux changeants, annonciateurs d'une grande colère.
- Quoi ? J'esquissai un pauvre sourire. J'ai de tels yeux ?
- Si tu persistes à rester ici, alors accepte que je te prête provisoirement cinq cent mille dôngs pour t'aider à franchir cette mauvaise passe... Ne t'inquiète pas, c'est de l'argent honnête. L'élevage des crevettes rapporte à ma famille, en moyenne, de dix à quinze millions par an, sur lesquels j'ai un pourcentage. Accepte donc, c'est de bon coeur ! Des gens comme toi doivent avoir une autre vie que celle que tu as et, chaque fois que tu reviendras, tu seras accueilli en héros !
- D'accord; donne-moi cent mille, si cela ne suffit pas je t'en demanderai plus.
- Reviens vite ! Tous ceux qui ont survécu à la guerre parlent souvent de toi. Une petite suggestion : lorsque tu seras de retour, si tu le désires, nous irons ensemble travailler au bassin d'élevage de crevettes de trois hectares, à Long Thanh. Là, le paysage est accueillant; tu pourras t'y reposer, lire, acheter toutes sortes de choses chaque mois, tu pourras aller en ville ou même visiter le barrage de Bien Hoa.
- Partons ! Je me précipitai dans la voiture pour cacher mes larmes. Malheur ! Âgé, malade, errant... venant ici pour la deuxième fois de ma vie je me sentais seul, étranger, et l'émotion me faisait monter les larmes aux yeux ! Vraiment, étais-je encore un être humain ?
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