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Durant tout l'Ancien Régime, la Galerie des Glaces de Versailles, passage couvert reliant le Grand Appartement du Roi à celui de la Reine, et entièrement dédié à la gloire du Roi-Soleil, sert également de salle du trône pour les réceptions d'ambassadeurs et de salle de bal pour les mariages de la famille royale. Dès 1681, le Mercure galant exprime son admiration devant la beauté des peintures de la voûte et, jusqu'en 1773, tout au long des règnes de Louis XIV et de Louis XV, il entretiendra ses lecteurs des fêtes et des cérémonies grandioses qui s'y déroulent. La presse, au service de la propagande royale, inaugure ainsi le reportage mondain, avec ses relations sur les fastes de la vie de la cour, très prisées du public.
Stéphane Castelluccio, chercheur au CNRS et membre de la Commission des acquisitions des Musées nationaux, a déjà publié Les Collections royales d'objets d'art : de François 1er à la Révolution (2002) et Le Garde-meuble de la Couronne et ses intendants du XVIe au XVIIIe siècle (2004).
Les courts extraits de livres : 30/05/2007
Mercure galant, août 1681
Première description de la Grande Galerie de Versailles
Je croyais ne vous parler de la Galerie qu'on fait à Versailles qu'après qu'elle serait achevée, mais il n'y a pas moyen de me taire d'un morceau qui, pendant sept ou huit jours qu'on l'a laissé découvert, a fait l'admiration de toute la Cour, et d'un nombre infini de curieux. Ce fut dans le dernier mois [juillet 1681] qu'on eut le plaisir de voir le commencement de ce magnifique ouvrage. Monsieur Le Brun n en a fait tout le dessin. C'est-à-dire les ornements, la sculpture et enfin toutes les choses qui contribuent à l'enrichissement de la Galerie, partent du génie de ce premier peintre de Sa Majesté. Les grands tableaux sont de sa main et le tout ensemble représente l'Histoire du Roi par allégorie. Les fortes expressions, qui sont si naturelles à cet homme tout merveilleux dans son art, jointes à la grandeur du sujet et à la crainte pleine d'admiration et de respect qu'imprime la personne de notre auguste Monarque représentée en plusieurs endroits, éblouissent tellement les yeux que, pour les tenir trop attachés à ce qu'on ne peut assez regarder, on demeure dans une agréable extase dont on voudrait ne sortir jamais. Si vous aviez entendu parler ceux qui ont vu ce superbe ouvrage, vous diriez sans doute que je hasarde beaucoup à vous en vouloir entretenir, puis qu'on ne saurait trouver de termes qui puissent bien exprimer ce qu'il y a de surprenant. Je crois pourtant que quelques beautés qu'il ait, vous les comprendrez quand je vous reporterai ce qui en a été dit, qui est qu'il était digne du Roi. Dispensez-moi de rien ajouter à une louange qui comprend tout ce qui se peut dire. On a recouvert ce beau morceau qu'on ne reverra que dans deux ans et demi, que la Galerie doit être achevée.