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Génial précurseur, découvreur de talents, inventeur de «l'artiste moderne», personnage légendaire et pittoresque, le grand marchand d'art Ambroise Vollard (1866-1939) fut également un conteur hors pair. Dans ces souvenirs à bâtons rompus, il retrace son parcours et relate, avec humour et nonchalance, ses rencontres, ses relations avec Manet, le Douanier Rousseau, Degas et Maillol, Renoir ou Rodin, ses conversations avec Mirbeau ou Mallarmé, et les confidences qu'il reçut de ces artistes.
Vollard, qui fut également un des éditeurs d'art les plus réputés de son temps, initie avec cet ouvrage le genre de la biographie d'artiste. Mêlant les anecdotes pittoresques aux analyses visionnaires, ces Souvenirs d'un marchand de tableaux demeurent autant un document irremplaçable sur la naissance de l'art moderne qu'un témoignage unique sur la vie artistique et intellectuelle du début du XXe siècle.
Les courts extraits de livres : 30/05/2007
DE L'ILE DE LA RÉUNION A LA FACULTÉ DE DROIT DE MONTPELLIER
Ma famille. - Mes premières années. - J'ai la passion des beaux uniformes. - Je veux être médecin de marine. - Bachelier. - Je renonce à la carrière médicale. - II est décidé que je ferai mon droit.
Je suis né à l'île de La Réunion, cette «perle de l'océan Indien» connue d'abord sous le nom d'île Bourbon et dont les sites enchanteurs et les moeurs ont si bien été décrits par Marius-Ary Leblond. Il arrive, lorsque je parle de mon pays natal, qu'on me demande : «Combien y a-t-il d'habitants et quelle est la superficie de votre île ?» J'ai lu que La Réunion était plus petite que le plus petit département français, le département de la Seine excepté. Pour ce qui est du nombre des habitants, je l'ai toujours ignoré.
Ce que je sais par contre, c'est que le premier noyau de colonisation de l'île Bourbon a été formé, en grande partie, de familles aristocratiques venues de France : nos rois, par maintes ordonnances, avaient édicté que les nobles ne dérogeraient pas en allant «coloniser». Il y eut aussi les paysans, dont la politique de Golbert s'attacha à peupler les terres nouvellement rattachées à la couronne. Lors de la Révolution, nombre de «ci-devant», menacés dans leur vie, allèrent également aux «Iles» pour y chercher refuge. Enfin, on doit ajouter des Français de toutes classes, que l'esprit d'aventure avait poussés à s'expatrier.
Ce fut le cas de mon grand-père maternel. Il était originaire de la région du Nord. Tout jeune, son rêve eût été d'être peintre. Mais finalement il était parti chercher fortune à La Réunion, où il s'unit à une jeune fille dont les parents étaient Provençaux. Je me souviens que, parmi les papiers qu'il avait laissés, je découvris le brouillon d'une lettre adressée à un ami de France et où il parlait du «divin Ingres». Ce qualificatif de «divin» appliqué à un peintre, devait d'autant plus me frapper que je ne l'avais pas encore vu employer pour désigner un être humain.
Quant à mon père, dont les parents n'avaient jamais quitté l'ancienne province de l'Ile-de-France, il était venu à La Réunion pour entrer dans une étude de notaire qu'il finit par acquérir. Ce fut quelques années après son arrivée dans l'île qu'il se maria. De cette union, il eut dix enfants dont j'étais l'aîné.