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Auteur : Didier Ehretsmann
Date de saisie : 22/06/2006
Genre : Romans et nouvelles - français
Editeur : Publibook.com, Paris, France
Prix : 20.00 € / 131.19 F
ISBN : 2-7483-3120-6
GENCOD : 9782748331202
Sorti le : 22/06/2006
Lucien Courteval est un homme bien mystérieux. Un homme qui a connu ses premiers émois avec Joséphine Baker, vécu les fastes des Années Folles et les heures les plus noires de l'Occupation.
À Paris, dans les années 1990, devenu un très vieux monsieur, il croise dans un square une jeune femme qui lui rappelle la grande Joséphine Baker. Il se dit patron d'un music-hall et l'auditionne. Mais qui est-il vraiment ?
Le pari de ce roman est de nous donner une parabole sur le temps et finalement sur l'étrangeté de la vie, si pleine de contradictions. A travers le destin des deux Joséphine, replongez avec bonheur dans l'univers fascinant du music-hall grâce au regard tendre et nostalgique de l'auteur, et à sa plume non dénuée d'humour.
Chaque soir, quand le spectacle est termine, Joséphine rejoint M. Courteval dans son bureau. C'est une habitude qu'ils ont prise tous les deux.
Ce soir-là il feuilletait - ou plutôt il ne feuilletait pas, car Joséphine ne se souvient pas de l'avoir vu tourner les pages - un album de photos étalé devant lui. Photos en noir et blanc, non pas collées, mais retenues à l'aide de petits coins en papier gommé.
M. Courteval était assis à son bureau, le dos voûté, le front en appui sur son avant-bras dressé à la verticale, les doigts déployés en visière comme pour se protéger des rayons d'un soleil invisible. Sa main gauche était posée à plat sur l'album. Il ne bougeait pas. Joséphine non plus ne bougeait pas. Elle demeurait figée dans l'encadrement de la porte, à l'observer. D'un chien, on eût dit qu'il se trouvait en arrêt.
Pourquoi n'osait-elle pas entrer ? Sans doute parce que, contrairement à l'habitude, M. Courteval n'avait pas assisté à l'intégralité de son numéro. En général, Joséphine le croisait en coulisses ou bien elle devinait sa silhouette rondouillarde au fond de la salle, grillant nerveusement une cigarette. Non qu'elle fût capable de discerner ses traits dans l'obscurité, mais le petit bout incandescent de la cigarette, elle savait que c'était lui.
À la longue, cette présence lui était devenue nécessaire. D'un autre côté, le fait de le savoir là, occupé à disséquer chacun de ses gestes, à traquer la moindre imperfection, cela lui donnait le sentiment de repasser tous les soirs un examen. Serait-elle à la hauteur ? Ne risquait-elle pas de le décevoir ? Au reste, à l'issue de chaque représentation, M. Courteval ne manquait jamais de lui prodiguer conseils et encouragements. Or, ce soir-là, justement, il était parti avant la fin. Peut-être même n'était-il pas venu du tout. Avait-il eu un empêchement ? Ou - et c'est ce qu'elle redoutait le plus - l'avait-il trouvée mauvaise ?
Elle osait à peine respirer.
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