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Auteur : Arto Paasilinna
Traducteur : Anne Colin du Terrail
Date de saisie : 22/10/2007
Genre : Romans et nouvelles - étranger
Editeur : Denoël, Paris, France
Collection : Et d'ailleurs
Prix : 20.00 € / 131.19 F
ISBN : 978-2-207-25819-4
GENCOD : 9782207258194
Sorti le : 07/06/2007
A l'aube de la cinquantaine, le pasteur Oskari Huuskonen connaît des moments difficiles : il commence à prendre certaines libertés face au dogme, sa foi vacille, son épouse le trouve détestable et pour couronner le tout, ses ouailles lui font cadeau d'un ourson orphelin.
C'est là que toute sa vie va basculer. Plus personne ne cache son hostilité au regard des facéties du pasteur, ni l'évêque qui manque de justesse de mourir embroché par un javelot, ni les villageois qui apprécient moyennement ses prêches, ni la pastoresse qui doit supporter la présence d'un ours dans son foyer et voit d'un bien mauvais oeil l'arrivée de la charmante biologiste venue étudier les moeurs de l'animal. A bout de nerfs, la pastoresse demande le divorce et l'évêque met le pasteur d'office en congé.
Pour Huuskonen débute alors une nouvelle vie, un grand périple autour de l'Europe, une véritable aventure humaine, loufoque à souhaits : il apprendra à son compagnon ours toutes sortes de tours et bonnes manières pour la vie en société... et si vous n'êtes pas trop cartésien, vous suivrez avec grand plaisir les étapes du voyage de ce doux-dingue de pasteur et de cette brave bête surnommée Belzeb. Même la scène de l'électrocution est drôle, c'est dire !
A l'approche de la cinquantaine, le pasteur Oskar Huuskonen traverse une mauvaise passe.
Son mariage bat de l'aile, sa foi vacille, ses prêches peu conformes aux canons de l'Eglise lui attirent les foudres de ses supérieurs et ses paroissiens le désolent. Comme si cela ne suffisait pas, ses ouailles décident de lui offrir pour son anniversaire un cadeau empoisonné : un ourson qui vient de perdre sa mère, spectaculairement morte par électrocution au sommet d'un pylône à haute tension du village.
Mais le pasteur s'attache peu à peu à l'animal et pousse la sollicitude jusqu'à lui construire pour l'hiver une tanière tans laquelle il finit par le rejoindre, en compagnie d'une charmante biologiste venue étudier les moeurs de la bête. Il n'en fallait pas moins pour que la vie d'Oskar Huuskonen bascule : la pastoresse demande le divorce, la biologiste prend la tangente et l'évêque, lassé des bizarreries du pasteur, le met d'office en congé.
Ruiné et l'esprit chagrin, Huuskonen décide de partir à l'aventure avec son ours. Un long périple qui les mènera de la mer Blanche à Odessa, Haïfa, Malte ou Southampton, en quête d'un sens à leur existence.
Arto Paasilinna est né en Laponie finlandaise en 1942. Successivement bûcheron, ouvrier agricole, journaliste et poète, il est l'auteur d'une trentaine de livres, pour la plupart traduits en français et publiés chez Denoël où ils ont toujours rencontré un grand succès. Citons entre autres Le Meunier hurlant, Le Lièvre de Vatanen, Petits suicides entre amis ou encore Un homme heureux.
Construction romanesque précise et parfaitement maîtrisée, Le Bestial Serviteur du pasteur Huuskonen ressemble pourtant à un récit légendaire, ou une fable - un texte empreint de secret, dans les profondeurs duquel semble circuler un sens caché, une morale qui ne le laisse aisément attraper. Il y a de la poésie et du symbolique à foison dans ces pages, des échos bibliques retentissants, et tout ce matériau remarquablement consistant construit peu à peu une interrogation sinon théologique, du moins philosophique, sur l'homme et la bête - sur la bête en l'homme. Mais il est permis également de s'abstraire de toute velléité interprétative trop volontariste, pour se laisser simplement porter par cette narration épique, et convaincre par ses illogismes. Comme la rose de Silesius, Paasilinna est sans pourquoi.
Le Bestial Serviteur du pasteur Huuskonen, dont Denoël publie la traduction française, n'échappe pas à cette explication. Celle des drames dont on sourit, des accidents qui tournent au burlesque, des angoisses prises à la légère et des croche-pieds du quotidien que seules les pirouettes permettent d'éviter. Le livre raconte les insensées tribulations d'un pasteur luthérien et d'un ours depuis la Finlande à travers le vaste monde. Pikareski romaani. Roman picaresque...
Terrible et grotesque théâtre du monde. Avec lui, le genre explose dans la démesure. On y est d'ailleurs embarqués dès le premier chapitre de son Bestial Serviteur...
Il ne s'est pas tourné vingt pages que le lecteur pressent qu'il n'aura aucun répit dans ce roman baroque, surchargé de trouvailles et de rebondissements.
Sa recette ? Un goût immodéré pour la fable grinçante, façon Marcel Aymé. Un art redoutable de la banderille, afin d'épingler les travers de notre époque. Résultat : si fielleux soit-il, le roi Arto est devenu une gloire nationale en Finlande, où il a vendu plus de livres que le pays ne compte d'habitants...
Avec Le Bestial Serviteur du pasteur Huuskonen, l'espiègle Paasilinna revient à ses premières amours, cette passion pour la gent animale qui lui donne des ailes. Cette fois, il s'agit d'un ourson, dans un récit qui tient de la ménagerie itinérante et du vaudeville picaresque...
C'est une version chaplinesque de l'Odyssée que nous offre Paasilinna, qui sort au passage ses griffes de satiriste pour lacérer les institutions religieuses à grand renfort de rigolade. Sa fréquentation est une jouvence. Et, surtout, un excellent remède contre la déprime, mieux que le Prozac.
C'est le talent de Paasilinna de faire passer les bizarreries pour des évidences et une odyssée cahotante pour un trajet de routine. «Les Finlandais mentent plus que les Européens», prétend l'auteur comme pour donner la recette de son humour. Son écriture pince-sans-rire - il a la politesse de ne pas sourire à ses farces - sobre et directe, contraste avec les excès de son imagination. Même ses personnages ne semblent pas s'étonner qu'un ours prenne le train ou serve des cocktails au bar d'un vieux rafiot. Lewis Carroll n'est jamais loin dans ce récit où un animal, à qui il ne manque que la parole, sert de miroir aux humains. Chez Paasilinna, jamais une boule de poils ne finirait en descente de lit. Cela pourrait être la morale de cette fable, si elle ne se concluait par une phrase de saint Jean, comme un message extraterrestre émis depuis une autre galaxie : «Je suis le chemin, la vérité et la vie.»
Le triste sort d'une ourse
«Le Diable rôde parmi nous tel un lion rugissant !»
Le pasteur Oskar Huuskonen, appuyé des deux mains à la balustrade de sa chaire, fixait d'un regard implacable les paroissiens de Nummenpää assemblés à ses pieds, la tête courbée sous le poids du péché. L'église, construite en rondins résineux, était badigeonnée à l'extérieur de rouge de Falun et à l'intérieur d'un céleste bleu-gris. L'autel et la chaire étaient en vieux pin du Nord patiné. Au premier rang se pressaient les notables de la communauté : le conseiller aux affaires agricoles Lauri Kaakkuri, le propriétaire de la cimenterie Onni Haapala, le général de brigade Maksimus Roikonen, le docteur Seppo Sorjonen, le pharmacien, des professeurs, le directeur du bureau des permis de construire, le chef des pompiers... et la pastoresse Saara Huuskonen, une belle femme à l'air hautain qui semblait toujours beaucoup souffrir d'avoir à écouter les homélies de son époux.
«Mais quand Dieu lui cingle l'échiné de son fouet, il y a du poil qui vole et le Malin chie dans son froc !»
Le pasteur doyen Oskar Huuskonen était un prédicateur bouillant qui ne ménageait pas ses ouailles, contrairement à ses jeunes collègues. Les périodes de crise exigent des prêtres à poigne, et il en était un.
Un peu plus tôt ce même jour, dans la même paroisse, une sage mère ourse apprenait à ses petits à trouver leur pitance. La vie étant ce qu'elle est, mieux valait se mettre en chasse pendant la nuit, quand les cruels humains étaient endormis, et sommeiller soi-même dans la journée au sein des sombres sapinières. Passer l'hiver assoupi dans sa tanière et mener l'été une vie libre et vagabonde.
Le printemps était déjà bien avancé, l'ourse brune était sortie depuis près d'un mois et demi de sa léthargie hivernale. Elle était accompagnée de deux oursons, un mâle et une femelle, un garçon et une fille, d'adorables et attendrissantes peluches nées sous la neige au fond de leur gîte, qui avaient maintenant la taille de petits chiens. La mise bas s'était passée à merveille, sans complications ni panique. Les ourses n'ont pas besoin de sage-femme, et les mâles n'assistent pas à l'accouchement. Tout se fait dans la nuit noire de la tanière, la mère se réveille à peine pour donner naissance à ses marmots, guère plus gros qu'une pelote de laine. Un coup de patte pour les mettre à la mamelle, et le tour est joué.
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