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Auteur : Michèle Lesbre
Date de saisie : 08/02/2008
Genre : Romans et nouvelles - français
Editeur : S. Wespieser éditeur, Paris, France
Prix : 17.00 € / 111.51 F
ISBN : 978-2-84805-054-6
GENCOD : 9782848050546
Sorti le : 23/08/2007
Une femme prend le train pour Irkoutsk les paysages défilent alors qu'elle est partie rejoindre l'un de ses anciens compagnons Mais le voyage la ramène sans cesse à ce canapé rouge où s'installe chaque jour cette vielle voisine avec laquelle elle a noué d'intenses liens d'amitié. Passé et présent, amitié et désillusion sont au coeur de ce superbe texte.
«C'est l'histoire de deux femmes dans le même immeuble : une vieille dame dans son canapé rouge et une autre, plus jeune, qui vient lui faire la lecture. Cette lectrice va partir un jour à la recherche d'un homme qu'elle a aimé et faire ce long voyage dans le transsibérien. Cela donne un roman intimiste, une sorte de huis clos personnel très abouti. C'est formidablement écrit avec de très belles scènes.»
Vu sur le Le Nouvel Observateur du 23 août 2007
Anne, la narratrice, décide un jour de partir sur les traces d'un ancien amour dont elle n'a plus de nouvelles, Gyl, installé sur les bords du lac Baïkal pour y vivre ses utopies.
C'est ainsi qu'elle va quitter Paris et son amie Clémence Barrot, vieille dame installée sur son canapé rouge, à qui elle avait pris l'habitude de lire les aventures de femmes remarquables.
Dans le transsibérien qui la mène vers Gyl, Anne laisse libre cours à ses pensées, ses souvenirs, elle nous entraîne dans son voyage intérieur, ses réflexions sur le temps qui passe.
Sans jamais perdre le lecteur en route, Michèle Lesbre nous entraîne avec brio dans les méandres du souvenir avec une fraîcheur remarquable. Elle sait nous parler de l'attachement des êtres avec une grande profondeur et tout en légèreté. Un voyage à ne manquer sous aucun prétexte.
Coup de coeur Rentrée littéraire 2007 !
Sans nouvelle de l'homme qu'elle pensait être celui de sa vie, Anne, la narratrice décide de tout quitter, et d'aller rejoindre Gyl sur les bords du Baïkal.
Des rencontres faites dans le transsibérien, des paysages aperçus à la lenteur du train, qui la rapproche de ce qu'elle n'attendait pas.
Anne qui s'éloigne de Paris et se rapproche de Gyl, s'aperçoit que Clémence fait partie de ses pensées et qu'elle lui manque.
Va t'elle l'attendre ?
A t'elle vraiment compris qu'elle ne pouvait pas rester dans ses murs sans savoir pourquoi Gyl ne lui écrivait plus ?
Clémence, cette femme sur son canapé rouge ou toutes les deux savent le secret qui s'y trouve....
Excellent ouvrage.
A lire dès sa parution (août 2007).
Il ne serait pas étonnant que cet ouvrage obtienne un prix littéraire pour cette rentrée.
... Le Canapé rouge a commencé à s'écrire dans les marges de La Petite trotteuse et si la narratrice a le même prénom dans les deux livres, c'est parce que pour moi c'est peut-être un seul et même roman. Cette femme, Anne, va décider de traverser la Sibérie. Elle est inquiète, parce qu'un de ses anciens amoureux du temps des années soixante-dix, les années militantes, est parti vivre près du lac Baïkal. Il n'a pas renoncé à ce monde idéal pour lequel ils avaient tant combattu. Comme elle n'a plus de nouvelles, elle décide d'aller à sa rencontre, laissant derrière elle une vieille dame, Clémence, une voisine de son immeuble, à laquelle elle fait de temps à autre un peu de lecture et en particulier à qui elle raconte les trajectoires, flamboyantes et tragiques, de femmes qui lui sont chères et dont elle fait des portraits dans des revues, Marion du Faouët, Olympe de Gouges, Milena Jesenska. Ces femmes lumineuses réveillent chez Anne et Clémence ce qu'elles avaient déjà en elles, la belle, la formidable énergie du désir...
... Il y a deux sortes d'endroits où je me réfugie quand tout va mal : les librairies et les cinémas. Dans les librairies, le monde qui soudain semblait se refermer sur moi s'ouvre en grand. Pour moi, les librairies sont des oasis où l'on vient s'abreuver. Et puis, j'aime regarder les gens dans les librairies, leur façon de toucher les livres, de les entrouvrir comme on ouvre une boîte magique, d'en prendre un comme s'il n'y avait qu'un seul exemplaire et qu'il était pour eux. Je me retrouve un peu dans ces petits rituels. Les libraires sont de vrais passeurs. J'aime les échanges autour d'un livre, d'un auteur particulier, d'un livre que je vais trouver sur la table et que je ne connais pas. Chaque fois que j'ai changé de quartier, j'ai toujours cherché en premier la librairie et l'indispensable cinéma.
Michèle Lesbre
Clarisse Blanchard - 05/10/07
LE CANAPÉ ROUGE. Parce qu'elle était sans nouvelles de Gyl, qu'elle avait naguère aimé, la narratrice est partie sur ses traces. Dans le transsibérien qui la conduit à Irkoutsk, Anne s'interroge sur cet homme qui, plutôt que de renoncer aux utopies auxquelles ils avaient cru, tente de construire sur les bords du Baïkal un nouveau monde idéal.
À la faveur des rencontres dans le train et sur les quais, des paysages qui défilent et aussi de ses lectures, elle laisse vagabonder ses pensées, qui la renvoient sans cesse à la vieille dame qu'elle a laissée à Paris. Clémence Barrot doit l'attendre sur son canapé rouge, au fond de l'appartement d'où elle ne sort plus guère. Elle brûle sans doute de connaître la suite des aventures d'Olympe de Gouges, auteur de la Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne, de Marion du Faouët qui, à la tête de sa troupe de brigands, redistribuait aux miséreux le fruit de ses rapines, et surtout de Milena Jesenská qui avait traversé la Moldau à la nage pour ne pas laisser attendre son amant. Autour du destin de ces femmes libres, courageuses et rebelles, dont Anne lisait la vie à l'ancienne modiste, une belle complicité s'est tissée, faite de confidences et de souvenirs partagés. À mesure que se poursuit le voyage, les retrouvailles avec Gyl perdent de leur importance. Arrivée à son village, Anne ne cherchera même pas à le rencontrer...
Dans le miroir que lui tend de son canapé rouge Clémence, l'éternelle amoureuse, elle a trouvé ce qui l'a entraînée si loin : les raisons de continuer, malgré les amours perdues, les révolutions ratées et le temps qui a passé.
Le dixième livre de Michèle Lesbre est un roman lumineux sur le désir, un de ces textes dont les échos résonnent longtemps après que la lecture en est achevée.
MICHÈLE LESBRE vit à Paris. Son précédent roman, La Petite Trotteuse (Sabine Wespieser éditeur, 2005 et Folio, 2007) a consacré son talent d'écrivain.
La protagoniste de ce roman est hantée par la mélancolie de l'inaccompli, mais aussi par la nostalgie des utopies de jeunesse avec laquelle elle paraît vouloir renouer une dernière fois en tentant de retrouver un ancien camarade de combat politique, un compagnon du temps des fols espoirs de justice sociale, de monde nouveau, de camaraderie universelle...
Ce roman «d'apprentissage» évoluant entre onirisme et réalisme magique nous permet de soupçonner que nos plus vieux et lancinants fantasmes n'ont peut-être dans nos vies que le rôle de simples stimulants au taedium-vitae de l'existence.
Dans La Petite Trotteuse, son précédent livre, Michèle Lesbre décrivait le périple d'une femme partie sur les rives de la Loire visiter trente maisons, non pas pour en acheter une, mais pour dévider, d'une atmosphère à l'autre, la bobine des souvenirs, dénouer, fil à fil, l'écheveau confus de l'identité. Le Canapé rouge creuse le thème pour montrer que l'identité, à la manière d'un paysage défilant derrière des vitres, n'est jamais fixe, qu'elle se déploie au gré des émotions, des expériences. Le voyage comme quête intérieure : un sillon creusé par les sages, ensemencé par les écrivains, de Hermann Hesse à Bruce Chatwin ou Nicolas Bouvier. Sillon fertile où Michèle Lesbre engage sa sensibilité exigeante, son style épuré, précis. Va-t-on lui reprocher un recours un rien systématique aux phrases d'auteur ? Ou admettre qu'elles portent le récit et l'éclairent ? Ainsi l'exergue citant Anna Maria Ortese. La romancière italienne n'a cessé d'opposer la dimension tragique du monde au surgissement salvateur du merveilleux, ou, pour reprendre un terme du philosophe Jankélévitch, de «la causalité féerique» : ces «divines rencontres» qui, sans qu'on les ait même souhaitées, surgissent dans nos vies et les transforment.
Avec ce roman chahuteur puis apaisé, Michèle Lesbre continue de jouer avec les souvenirs de la vie ordinaire, évoquant le désir et l'évaporation de la passion. Son livre est une incitation à la découverte d'autres oeuvres, de Dostoïevski à Milena Jesenskà. On sent que tout la nourrit : l'expérience et les rencontres, la rêverie et les lectures. Son écriture est devenue gourmande, perdant de son anxiété, comme si ce périple russe lui donnait une ampleur plus dévergondée, ou simplement lumineuse, comme un ciel violet se reflétant sur le lac Baïkal.
Le roman nous entraîne, à la première personne, dans le voyage qu'entreprend Anne en Russie à bord du Transsibérien pour retrouver Gyl, un ancien amour. Au long du périple, d'envahissantes réminiscences se croisent, se nouent et s'unissent au présent. Mémoires littéraires, fragments brûlants d'utopie, confrontations et coïncidences. À Paris est restée une très vieille dame, Clémence, la voisine du dessous avec qui Anne partage une complicité rare faite de phrases chuchotées et d'expériences fragiles. D'ici et de là-bas, les temps doucement se rassemblent. Tapisserie serrée où les fils se confondent. Pas un point n'est visible. C'est éblouissant de simplicité. Secret des labyrinthes. "Je viens d'emmener Marie, ma petite fille de onze ans à Venise, raconte Michèle Lesbre. Je lui ai proposé : "On essaye de se perdre." Le jeu lui a bien plu. On y est arrivées." Si c'était ça écrire, apprendre à s'égarer en sachant le chemin ?
Sur un chemin de terre, un homme roulait une cigarette, debout, près d'un side-car vert, scarabée géant, compagnon de solitude. L'homme et sa machine, ensemble. De loin je reconnaissais tous les gestes, Gyl aussi roulait ses cigarettes. Il retenait la pincée de tabac au creux de la main, l'effritait du bout des doigts, la répartissait dans la pliure de la feuille, enfermait le tout après un léger coup de langue sur le bord du papier gommé. L'odeur de miel et de foin flottait, même si j'étais derrière la vitre du compartiment et l'homme à une dizaine de mètres. J'entendais presque le bruissement du tabac, j'imaginais les doigts agiles, le geste machinal, la tête ailleurs. Moment suspendu, rituel, intime. Il n'avait pas un regard pour le train qui reprenait de la vitesse et je pensais que c'était ça aussi le voyage, me réveiller quelque part en Sibérie, mais où ? Voir un homme se rouler une cigarette, le perdre de vue très vite, me souvenir de lui toujours.
Aujourd'hui encore, il m'arrive de penser à la brève apparition de cet inconnu surpris dans son intimité, à d'autres aussi qui de façon mystérieuse se sont installés dans ma mémoire, comme des témoins silencieux de mes errances.
C'était un moment de ma vie où la présence obsédante du monde, l'impuissance de tous les discours et celle de théories usées tourmentaient mes jours et mes nuits. Il me semblait n'avoir prise sur rien, le temps voulait m'engloutir, il m'engloutissait, du moins avais-je cette impression d'une lente et inexorable fin de tous nos espoirs. Je n'étais pas seule à percevoir cette insidieuse érosion des certitudes qui avaient emballé notre jeunesse, mais ce qui m'effrayait c'était le sentiment, que partageaient quelques-uns de mes amis, de ne rien pouvoir d'autre que de m'abîmer dans ce constat. J'avais lu dans un roman à propos de la mort des théories, On se demande jusqu'à quel point on les avait prises au sérieux. J'en voulais à l'auteur pour sa cruelle hypothèse. Ce monde rêvé, cette belle utopie : être soi, pleinement soi, mais aussi transformer la société tout entière, pouvaient-ils n'être qu'enfantillages ? Nous consolaient-ils seulement d'être les héritiers orphelins des dérives commises à l'Est et ailleurs, que certains de nos aînés avaient fait semblant d'ignorer ?
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