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.. Avoir dix ans en Algérie : chroniques d'un enfant dans la guerre

Couverture du livre Avoir dix ans en Algérie : chroniques d'un enfant dans la guerre

Auteur : Philippe Aéri

Illustrateur : Henri Alleg

Date de saisie : 17/04/2007

Genre : Biographies, mémoires, correspondances...

Editeur : Temps des cerises, Pantin, France

Collection : Girofla

Prix : 15.00 € / 98.39 F

ISBN : 978-2-84109-657-2

GENCOD : 9782841096572

Sorti le : 17/04/2007

Philippe Aéri - 08/06/2007


  • Les présentations des éditeurs : 06/06/2007

Il y a eu les récits de soldat, les souvenirs des généraux et les mémoires des hommes politiques. Il y a eu quelques autobiographies de Pieds-noirs célèbres et quelques films. Mais il y avait en Algérie, pendant la guerre, beaucoup plus d'enfant que de soldats, beaucoup plus d'enfants que de parents, même. Ils en ont beaucoup vu et ils se sont tus. C'est à un de ces gosses que ce livre donne la parole, lui accordant la possibilité d'exprimer une autre vision du conflit, quand on a les yeux à la hauteur des crosses de pistolet. Un gosse qui n'a jamais pu croire, ni à l'époque ni plus tard, au «caractère positif» du colonialisme.

«Une réalité cruelle vue par les yeux neufs d'un enfant qui ne raconte que ce qu'il sait. Une autobiographie écrite avec émotion et talent. Sans fioritures, sans rajouts, sans arrière pensée, avec le seul souci de retenir et de traduire pour ceux d'aujourd'hui ce que furent ces «années de braise» si profondément et si douloureusement inscrites dans la mémoire de l'enfant qu'il était, témoin de la cruauté quotidienne de la société coloniale et bientôt du terrifiant conflit qu'elle engendra.» Extrait de la préface de Henri Alleg


  • Les courts extraits de livres : 06/06/2007

Les DS du port
(24 juillet 1962)

Voilà. Je suis sur le bateau, avec mon frère. J'ai douze ans, lui huit. Pour nous deux, enfin, la guerre est finie. C'est rassu­rant. Plus de couvre-feu à seize heures qui empêche d'aller jouer en bas, plus d'angoisse en allant au cinéma, ou en buvant un Coca-cola à la terrasse d'un café avec mon grand-père.
Mon père, lui, veut rester en Algérie. Elle est indépen­dante, maintenant. L'Algérie est redevenue elle-même : algé­rienne. Tout cela est bizarre, pour un enfant qui a vécu la guerre des grands en spectateur depuis l'âge de quatre ans. C'est curieux, tous ces morts pour un adjectif. Comme si la substance de l'Algérie pouvait changer selon l'adjectif. Française ou algérienne, qu'importe ?
Ce combat douteux, qui a dévasté le pays et les coeurs d'une tempête de haine, par rafales sanglantes, avec son ton­nerre de canons, d'avions à réaction, ses éclairs d'armes auto­matiques dans la nuit, aux fenêtres des douars, aux portes des maisons, dans les djebels ou dans les villes, sur la frontière, tous ces couteaux rouges sur la gorge des égorgés, ces panta­lons sans jambes déchiquetés et cramoisis de la souffrance des mutilés des attentats, ces longues files de prisonniers entassés dans les camions Renault kaki, d'hommes et de femmes promis à la mort, ce combat douteux a été le décor de ma fausse enfance gâchée par la folie des grands.
À cause d'un adjectif, qui pour un enfant de douze ans n'est qu'un problème grammatical et orthographique (une seule Algérie, donc pas de «s» et deux «n» à «algérienne»), je n'ai pas pu sortir pendant huit ans, ni faire du vélo, ni jouer au football, ni aller voir mes copains. Jusqu'à l'âge de douze ans, je ne suis allé que deux fois au cinéma.
Dans les villes de l'intérieur, comme Tlemcen, où nous habitions, cette guerre a enterré vifs tous les enfants des Français. Et on n'avait pas la télévision... Alors il restait les livres, et le dessin. C'est fou ce que j'ai pu user comme crayons de couleurs ! Et j'ai passé huit ans à lire des livres sur le monde, sur la France, la Marine, l'Amérique. Je me suis gavé de Tintin, de Spirou et de Paris Match. J'ai rêvé avec «Atome kid» et «Aventures Fiction», combattu avec Gary Pacifique et Blek le Roc, j'ai usé mes journées dans la collec­tion «Rouge et Or».


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