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Auteur : Eva Steinitz
Date de saisie : 07/06/2007
Genre : Essais littéraires
Editeur : Allia, Paris, France
Collection : Petite collection
Prix : 9.00 € / 59.04 F
ISBN : 978-2-84485-240-3
GENCOD : 9782844852403
Sorti le : 20/03/2007
Qu'est-ce qui déchaîne les passions ? Je n'suis pas une règle de géographie.
EVA STEINITZ
Eva Steinitz est née à Paris en 1982. Le Livre de l'immaturité est son premier ouvrage.
Je suis tellement bien ici.
Là aussi.
Assise sur le rebord de la fenêtre de la maison du proprio ; j'ai monté mon appareil photographique. Nouveau reportage. Sur mon portable, il est 14 h 44. Je crois qu'il est 13 h 49 en ville.
Il y a beaucoup de choses dans mon paysage.
Un petit bout du Tage mène des travaux sur la rive, devant. Au fond, un morceau de montagne trempe dans le bleu tendre du ciel. Il y a des toits. Un, que je n'vois presque pas. Sa longueur, c'est l'horizon de l'eau. Puis deux, dont un plus foncé que l'autre, sont posés sur le même fond d'immobilier. Là où le toit est clair, un gros tuyau le perce, et les fenêtres sont plus bas, différentes. De ce côté, elles sont couvertes de barres en fer, verticales et marines. Leurs versants prolongent des stores blancs et mécaniques, à moitié ouverts. A la fenêtre de dessous, les volets sont clos, tout bonnement. Deux tringles y pendent quatre pulls à col roulé, un jean pattes d'eph' et des sous-vêtements. Il me semble que ce sont les habits d'une enfant. Il y a une autre vitre sous l'antécédente, dont je ne vois que le haut, couvert d'une grille du bleu fort de la mer. Un échafaudage ample et rouillé cache ma vision globale. Il entoure encore en face un immeuble qui m'isole aussi. Je suis proche d'un arbre que l'on dirait à l'envers. Ses petites feuilles en poils tombent, et auraient l'air plus habituelles si l'arbre s'était renversé de lui-même. Deux personnes sont passées sous mes deux étages : un vieux monsieur et une dame sans âge. Avec quatre minutes d'intervalle et de nombreuses poses, entre 14 h 47 et 13 h 56, j'ai donc pris des photos, sans expression. Beaucoup de lumières et d'ombres chutent ici. A 15 h 15, donc 14 h 20, une jeune s'avance. Depuis l'élévation d'la terre, comme le reste, je la photographie. Il fait chaud. Le vent fait du bien à mon air. Calmement, quelques bruits se mélangent et ne se surenchérissent pas. Je commence à avoir faim. Je vais me vêtir. Il est 15 h 51 dans la machine et 14 h 56 dans ma tête.
J'ai l'impression de commencer ce que je n'finirai pas. Entreprendrai-je ? Il faut choisir. Je fais un pas.
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