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Depuis toujours, elle s'est perdue. Bébé, ses parents l'oublient dans une fête foraine. Fillette, elle s'égare avec plaisir dans les bois. Trente ans plus tard, à l'hôpital, on la dit perdue. La tumeur, une étoile accrochée à son cerveau, l'a fait basculer dans un univers d'anges et d'ogres. Quelque chose de son enfance lui est revenu. Qu'on lui laisse oublier la rentrée des classes. Elle est partie cueillir des mûres. C'est son dernier été.
Poésie, fantaisie et parfois même humour guident Fabienne Juhel dans l'écriture de son second roman. Son premier livre, La Verticale de la lune (Zulma, 2005), avait déjà été remarqué pour son écriture onirique. Née en 1965 à Saint-Brieuc, elle est professeur de lettres dans les Côtes-d'Armor.
La revue de presse Astrid de Larminat - Le Figaro du 22 novembre 2007
Son deuxième roman, Les Bois dormants, confirme ce que le premier, La Verticale de la lune, avait révélé. Cette drôle de créature qui saute à cloche-pied entre la réalité et l'imaginaire et fait des bonds dans le temps avec une aisance d'elfe est aussi une créatrice...
Immobilisée entre deux mondes, elle remonte le cours de sa mémoire. Elle arpente les bois familiers où naguère elle aimait perdre le nord et la tête ; traverse ses peurs en se frayant un chemin dans des taillis où chuchotent des sorcières, le loup et le Chaperon rouge. Jusqu'à une fontaine dont les eaux la replongent dans celles d'avant sa vie sur terre. Un livre qui ressemble à une cure poétique.
Les courts extraits de livres : 11/06/2007
La fête foraine
Je me suis perdue. Ça devait arriver. Je me perdais souvent, avant.
Une histoire commencée très tôt avant de devenir une habitude. Une humeur aussi. Un petit héritage de famille en somme. Pas grand-chose. Un legs que personne ne vous jalouse. Et qu'on empoche. Pas la peine, pour le coup, de le formuler dans les clauses testamentaires.
Deux semaines après ma naissance, mes parents me perdent à une fête foraine.
Pas vendue ni échangée contre des tickets gratuits, mais perdue, égarée, oubliée seulement.
Le stand de tir entre la pieuvre et la grande roue. Le couffin posé sur le comptoir, Mère s'essaye à la carabine. Elle est plutôt douée, les hommes admiratifs. Père déborde de peluches géantes. Une marchandise bon marché, achetée par les forains en Roumanie. Couleurs criardes et bouches cousues. Les peluches ne sont pas des indics.
Sur les étagères des stands, les jouets clandestins font du gringue aux enfants des villes. Ils sont malins, les jouets. Mais leur gigantisme cache des vices de forme. Des oreilles de traviole, des bras dissymétriques, des teintes qui bavent.
Les bras chargés de lots atteints des pires malformations, Père a l'allure d'une créature monstrueuse remontée des origines.
Et Père serait inquiétant s'il n'était pas si ridicule. Il faut être Mère pour l'aimer encore.