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Auteur : Diane Meur
Date de saisie : 19/01/2008
Genre : Romans et nouvelles - français
Editeur : S. Wespieser éditeur, Paris, France
Prix : 29.00 € / 190.23 F
ISBN : 978-2-84805-056-0
GENCOD : 9782848050560
Sorti le : 23/08/2007
De la fin de l'époque napoléonienne aux conflits de la Première Guerre mondiale, une propriété familiale se fait la narratrice d'une surprenante saga, qui voit se succéder plusieurs générations de Galiciens partagés entre soumission à l'Empire Austro-hongrois et volonté d'indépendance au coeur d'une nation fantôme : la Pologne.
Grandeur et décadence d'une famille sur fond de révolution tant politique qu'industrielle, c'est tout le pari que relève avec brio Diane Meur, formidable conteuse qui a eu l'idée de génie de confier la narration de cette histoire à une antique demeure qui ne s'en laisse pas conter, justement, qui observe les habitants qui se succèdent entre ses murs, qui perçoit leurs murmures, leurs aspirations secrètes, les vibrations de leur coeur, leur détresse aussi face aux évènements qui s'imposent à eux comme autant de défis à leur résistance et à leur courage.
Travail colossal que s'est donné la romancière pour nous offrir ce magnifique chant de la Terre d'un peuple parmi d'autres peuples, éternellement en devenir.
Claire Strohm - 29/10/07
LES VIVANTS ET LES OMBRES. Avec cette saga familiale qui se déploie sur près d'un siècle, Diane Meur confirme son formidable talent de romancière.
En Galicie, terre rattachée à l'empire habsbourgeois depuis le partage de la Pologne, l'obscure famille Zemka reconquiert le domaine fondé par un ancêtre noble et s'engage fiévreusement dans la lutte d'indépendance polonaise. Pour retracer son ascension puis sa décadence, l'auteur convoque une singulière narratrice : la maison elle-même qui, derrière sa façade blanche et son fronton néo-classique, épie ses habitants.
Indiscrète et manipulatrice, elle attise les passions, entremêle les destins, guette l'écho des événements qui, des révolutions de 1848 aux tensions annonciatrices du désastre de 1914, font l'histoire de l'Europe. Elle est partout, entend tout, garde en elle toutes les ombres d'un passé qu'elle connaît mieux que les vivants. Mais les vivants ont sur elle un avantage qu'elle leur envie : leurs drames, leurs désirs et leur mobilité.
Les femmes surtout la fascinent. Condamnées comme elle à la réclusion dans la sphère domestique, elles sont réduites, de mère en fille et de tante en nièce, à attendre l'amour en scrutant l'horizon.
Mais l'horizon, c'est toujours la plaine, les champs, le clocher de la petite église uniate. Les arbres poussent, les vies se nouent et on dirait que rien ne change... Rien ne change, vraiment ? Pourtant, voilà qu'on se trouve au seuil du XXe siècle avec l'impression d'en avoir déjà entrevu les exodes, les cassures et les embrasements.
Une jeune femme, enfin, réussira à s'en aller...
DIANE MEUR, traductrice et romancière, est née à Bruxelles en 1970 et vit à Paris depuis vingt ans. Dans ce livre, où la maîtrise narrative le dispute à une fantaisie hantée, elle renoue avec la veine historique de son premier roman, La Vie de Mardochée de Löwenfels, écrite par lui-même (Sabine Wespieser éditeur, 2002) qui lui valut un accueil critique et public très favorable.
Sur l'arrière il y a le parc, les champs. Les jours d'été, une brume de chaleur voile les collines et au-dessus des blés l'air tremble, habité de guêpes et de papillons. Il y a des fermes aussi, dont les toits descendent si bas qu'à l'herbe haute, quand je n'en aperçois plus les fenêtres ni les portes, elles semblent de chastes jupes dont s'élève, en guise de torse, une mélancolique fumée.
Parfois les enfants de paysans viennent ici marauder une poire, une poignée de cerises. Du temps de Gavryl ils auraient reçu des pierres, des injures dans leur langue, peut-être la menace d'un rapport au bailli. Ils se seraient sauvés en direction des jupes, les chiens auraient hurlé, Gavryl, à la grille, se serait arrêté sur un dernier coup de gueule ; et j'aurais vu ses bottes, lentement, s'en revenir vers moi.
Voilà longtemps qu'il a rejoint ses frères ruthènes, le vieux Gavryl, dans le cimetière de l'église uniate, qui dresse parmi les fermes son humble clocher de bois ; et seule la stèle de sa tombe, surmontée d'un saint au visage renfrogné, effraie encore la gent gamine après l'office du dimanche. Bien après lui, il y a eu un certain M. Jäger, Bas-Autrichien dont l'accent nasillard, le pince-nez métallique, les manières urbaines d'ingénieur en retraite parurent aux Zemka plus dignes de leur rang. Celui-là ne criait pas, ne portait pas de bottes : il frappait poliment à la porte des chaumières, mais à sa vue les paysannes reculaient vers le mur auquel pendait déjà une lithographie de François-Joseph, comme pour en appeler à Son Impériale protection devant les ennuis qui s'annonçaient.
Il a pourtant fini par s'en aller aussi, M. Jäger, une nuit de 1869. Il s'en allait avec le salaire des trois cents ouvriers de la sucrerie et un gros paquet d'actions de chemin de fer, ne laissant derrière lui que son inutile pince-nez qu'escroc en toutes choses, il ne portait apparemment que pour se donner bel air. L'enquête devait révéler des comptes truqués, une moralité douteuse, une fille entretenue au chef-lieu de district.
On pourrait faire l'histoire du domaine par ses intendants successifs : ce ne serait pas le petit bout de la lorgnette mais, au contraire, le coeur du sujet. Qui, mieux qu'un intendant, résume à chaque époque la conjonction changeante entre le pouvoir, l'argent et la propriété ? Qui connaît mieux les dessous de la fortune, ses terreux soubassements, la patiente addition de stères de bois, de sacs de blé, de poires et de cerises dont elle n'est que la somme ?
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