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Aller au diable

Couverture du livre Aller au diable

Auteur : Allain Glykos

Date de saisie : 09/10/2007

Genre : Romans et nouvelles - français

Editeur : Escampette, Chauvigny, Vienne

Prix : 14.00 € / 91.83 F

ISBN : 978-2-914387-90-3

GENCOD : 9782914387903

Sorti le : 15/06/2007

Je voudrais partager avec vous un coup de coeur qui est, en fait, plus qu'un coup de coeur : c'est un coup au coeur, car le livre dont je vais vous parler fait partie des livres dont Kafka disait qu'ils brisent la mer gelée qui est en nous. Ce livre est un livre des éditions L'Escampette. C'est un livre d'Allain Glykos, qui s'appelle : Aller au diable. Et c'est un texte qui se campe au début du XXe siècle. Un jeune homme, relativement brillant bien qu'issu d'une famille modeste, va arriver à passer son baccalauréat, et le jour de la fête organisée par ses parents pour célébrer son baccalauréat, ce jeune homme va partir, va quitter sa famille et se mettre à marcher. Et là, le livre va nous emmener dans cette déambulation qui ne s'arrêtera bien entendu qu'à sa mort. Ce livre est absolument bouleversant. Je voudrais dire que c'est un texte qui, par la prose d'Allain Glykos, nous emmène dans une déambulation vertigineuse, absolument dramatique et qui nous fait voir, nous fait entrevoir l'animalité qui est en nous. Le héros, Antoine, et là, je reprends la quatrième de couverture du livre, «décide un jour de ne plus participer à la vie des hommes. Il rompt toutes les amarres. Il fut un jeune garçon intelligent, il veut désapprendre...». Et en fait, on voit là un peu cette fascination que peuvent avoir certains individus qui, abandonnant tout, essaient d'aller au plus profond de l'être humain, et l'être humain parfois révèle une animalité, une bestialité dont la littérature est bien entendu pleine. Il y a une phrase qui est un peu un leitmotiv dans ce court roman. Antoine répète à la pauvre femme qu'il a rencontrée et qui le suit dans ses déambulations, à chaque fois qu'elle lui demande : «Mais où vas-tu ?», il lui dit : «Je vais où je suis.» Et il y a également une phrase dans ce livre qui est absolument fantastique sur la déambulation qui est en fait la déambulation de tout homme dans la vie : «Il n'était que du pied qui se pose, oublie sa trace et jamais n'anticipe le morceau de terre ou de vase qui portera le pas suivant.» À la fin de cet ouvrage, on est absolument bouleversé parce qu'il a fait miroir sur les interrogations de tout homme qui pense un peu à sa vie. Et je dois dire que la recommandation que je donne à tous mes clients, c'est de lire ce livre d'une traite et de participer à cette déambulation qui nous laisse à la fin, à la dernière page, absolument épuisé. C'est un livre remarquable. Courez l'acheter !


Patrick Frêche - 05/10/2007


  • Les présentations des éditeurs : 17/09/2008

Antoine décide un jour de ne plus participer à la vie des hommes. Il rompt toutes les amarres. Il fut un jeune garçon intelligent, il veut désapprendre, revenir à une vérité animale. Il part, il marche, il avance avec entêtement. Son destin est prévisible et sa fin ne pourra être que violente. Ses motivations restent mystérieuses. La femme qui accepte un jour de le suivre ne le comprendra pas. Antoine est brutal, mutique, inacceptable. Il ne veut pas qu'on s'attarde sur lui, il avance. Pour «aller au diable»...


  • Les courts extraits de livres : 17/09/2008

En vérité, Antoine s'appelait François ou Gustave peut-être.
Combien d'heures de l'enfance aura-t-il passées devant la porte du café de son père, assis sur les marches, blotti contre la devanture de bois que l'on repliait le matin, que l'on dépliait chaque soir et sur laquelle était clouée une affiche de réclame pour le Byrrh. Une femme aux cheveux rouges, en robe verte, dégustant un verre de cette boisson hygiénique et tonique, sous le regard d'hommes en appétit. Chaque matin, elle réapparaissait quand s'ouvrait le volet du Petit Paris. En face, s'arrêtaient les voitures de la poste. Antoine attendait la femme aux cheveux rouges. Il ruminait, avec le sentiment de ne risquer rien de pire qu'un coup de savate, un jet de crachat mal dirigé, un peu de cendre tombée d'un mégot. Les savates étaient ses compagnes. Il leur parlait à l'insu des jambes et des troncs. De sa bouche pourtant ne sortait aucun son.
À hauteur de ses yeux, défilaient sabots et bottes, quelques chaussons parfois. Au-dessus, flottant comme des bannières, les jambières grises des hommes qui entraient et sortaient. Des heures longues comme des jours sans pain. Tantôt à moitié endormi, tantôt éveillé jusqu'à l'extrême lucidité, il observait le mystère des jambes et des pieds qui passaient, revenaient toujours.
La vie, d'emblée, voyage immobile, seulement bouleversée par les saccades des enjambées à la sortie.
Lorsqu'il sut écrire, lire et compter, il donna des noms à ces jambes. Les Baguettes du boulanger rassises comme son pain, les Gambettes qui s'agitaient sous l'accordéon les soirs de bal. Plus rarement, passait une chaussure vernie ou cirée, finement lacée, rehaussée d'un tissu de bonne qualité. Le dimanche, le notaire s'accordait une suze cassis avec de l'eau de Seltz. Il entrait d'un pas décidé. Antoine le devinait à l'empeigne de cuir noir sur ses chaussures de toile grège. Il les tenait d'un cousin parti faire fortune en Argentine.


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