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Auteur : Myriam Anissimov
Préface : Valery Dymchitz
Traducteur : Sophie Benech
Date de saisie : 00/00/0000
Genre : Folklore Moeurs et coutumes
Editeur : Corti, Paris, France
Collection : Merveilleux, n° 25
Prix : 25.00 € / 163.99 F
ISBN : 978-2-7143-0858-0
GENCOD : 9782714308580
La première collecte de contes populaires juifs de cette ampleur jamais traduite en français : près de 500 contes merveilleux, légendes et traditions, contes de moeurs, histoires et anecdotes.
Publié en russe à Moscou en 1999, ce recueil de contes populaires juifs a été établi et commenté par Valery Dymchitz, qui a opéré un choix parmi des textes faisant partie d'une vaste anthologie du folklore juif constituée au fil du siècle par Efim Raïzé (1904-1970).
C'est dans sa Podolie natale, à Vinnitsa et dans les shtetls alentour, véritables mines d'or du folklore juif, que cet ethnologue avait commencé sa collecte de contes, poursuivie ensuite à Kiev, à Leningrad, en évacuation et dans les camps. On trouve parmi ses informateurs les gens les plus divers : des enfants et des adultes, des habitants des villes et des campagnes, des femmes au foyer et des ingénieurs, des professeurs, des cordonniers, des tailleurs, des instituteurs, le rabbin Arn Prouss, Moïsseï Belenki, spécialiste en «athéisme scientifique», et même un truand. La particularité du recueil de Raïzé tient aussi au fait qu'il y avait parmi ses informateurs de nombreux écrivains, dont quelques-uns des plus grands poètes juifs : David Hofstein, Haïm Lenski, Hersh Ochérovitch, Shmouel Halkine.
Le manuscrit original en yiddish de cet énorme travail ayant malheureusement disparu, il n'en reste «que» la version russe.
Ces contes sont publiés avec des commentaires abondants et passionnants de Valery Dymchitz, ils sont suivis, en fin d'ouvrage, de renseignement précis : sur la date et le lieu où chaque conte a été recueilli, sur la personne qui l'a noté et, lorsque cela s'avère nécessaire, sur sa correspondance avec le conte-type auquel il se rattache (numérotation AT).
Sophie Benech, la traductrice, a confié la relecture à Myriam Anissimov, spécialiste de l'hébreu et du yiddish. Cette dernière a également établi un glossaire en fin d'ouvrage.
ans une nouvelle intitulée «Une journée à Coney Island» (1), Isaac Bashevis Singer décrit un juif polonais réfugié aux Etats-Unis dans les années trente. Cet émigré, un écrivain, ressemble beaucoup à Singer lui-même. Comme lui, il se demande : «Qui se soucie du yiddish en Amérique ?» La réponse est dans la question. Le rédacteur en chef d'un journal yiddish l'a d'ailleurs prévenu : «Le public» se moque désormais «pas mal des démons, dibbouks et gnomes d'il y a deux siècles». L'homme en conclut qu'il est devenu «un personnage anachronique». Autrement dit, un écrivain sans autres lecteurs que quelques survivants et des morts.
Il a peut-être tort. D'une part, les nouvelles de Singer, tellement inspirées par l'esprit des contes populaires juifs, se lisent toujours avec un enthousiasme d'enfant sous la chandelle que l'on soit juif, américain, polonais, ou rien de tel. D'autre part, les Contes populaires juifs d'Europe orientale, publiés aujourd'hui par José Corti, sont pleins de démons, de brigands, d'imbéciles, de bons à rien, de prophètes, de justes cachés, de rabbins austères ou facétieux, sans jamais être anachroniques. Ils seraient plutôt achroniques hors du temps, comme la plupart des contes, quoique ancrés dans des moments historiques et des lieux précis.
Ces contes provoquent une nostalgie particulière : on découvre par la base une culture et une langue, non pas mortes, mais tuées. Et cette culture, par sa disparition brutale et les traces qui lui survivent, devient la nôtre, comme si nous allions mourir à notre tour. Singer écrit que les illusions des juifs d'Europe orientale «étaient celles de l'humanité tout entière. Les vandales qui ont assassiné des millions d'entre eux ont détruit des trésors d'invidualité qu'aucune littérature ne peut oser faire revivre». Aucune littérature, peut-être ; mais les contes, si : ils concentrent et résument l'esprit d'un peuple, les influences qui l'ont formé ou modifié. Ils volent vite entre mémoire et oubli... Dymchitz souligne qu'il est bien délicat de définir «un conte juif». C'est quelque chose qui «entreprend le mélange presque impossible du conte au sens strict du terme, et d'un système de valeur juif non moins strict». Pourquoi ce mélange est-il «presque impossible» ? Parce que le conte traditionnel ne fait pas de morale ; il symbolise des passions, des angoisses, des pulsions, sans se soucier des conséquences. Dans les contes juifs, les thèmes sont récurrents et habituels : le riche et le pauvre, la femme mauvaise ou infidèle, le jeune qui doit être initié, les amours contrariés, le roi et ses conseillers, etc. Mais il y a toujours un contexte : ce que vécurent les juifs du XVIe au XIXe siècle dans cette partie de l'Europe, où la menace leur servait d'ombre ; et une morale : celle de la Loi...
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