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Auteur : Alizé Meurisse
Date de saisie : 28/05/2010
Genre : Romans et nouvelles - français
Editeur : Allia, Paris, France
Prix : 9.00 € / 59.04 F
ISBN : 9782844852496
GENCOD : 9782844852496
Sorti le : 24/08/2007
Écrire avec son sang, c'est romantique, mais écrire en rouge, ça porte malheur. Et pourtant le sang sèche. Il devient marron et la malchance cicatrise. Ce sang bleu pâle, c'est celui qui bouillonne dans les veines des jeunes protagonistes de ce roman d'initiation, désorientés, pris au piège de la passion et d'une violence sourde, le même qui circule dans celles de son auteur, et coule de sa plume. L'intrigue de Pâle sang bleu est résolument simple et romanesque, comme celle des films noirs des années cinquante (on pense à l'univers de Marcel Carné ouJean Cocteau). Tous les personnages s'y expriment à la première personne, en une suite de brefs chapitres. On passe ainsi d'une voix à une autre, comme sur une radio à la recherche d'une fréquence. Alizé Meurisse, ausculte ces corps pleins d'électrodes comme on écoute murmurer les coquillages. Charles et sa soeur Manon, âgés d'une vingtaine d'années, se retrouvent livrés à eux-mêmes dans Paris, après l'internement de leur mère en hôpital psychiatrique. Manon travaille dans un bar. Matthieu, le patron, protège les adolescents. Johnny, jeune garçon venu de la campagne pour fuir sa famille, monte à la conquête de la capitale. D'abord garçon coiffeur, il se fait virer, traîne dans les salles de boxe où il rencontre Louis, un détective en herbe auquel il s'associe. Amoureux de Manon qu'il a rencontrée dans le café de Matthieu, Johnny se met en tête de lui offrir une bague de fiançailles - cérémonie un brin désuète pour des gosses de la rue comme eux - et tombe sur
la bande d'Olivier, de joyeux truands qui cherchent à l'arnaquer en lui vendant le bijou. Mais il réussit à leur échapper en emportant la bague et en gardant l'argent
pour lui. Les représailles seront sanglantes : Manon y trouvera une mort violente... Johnny poursuit alors son errance, qui le conduira lui aussi à la mort, tandis que Charles, seul rescapé du trio, s'enfonce dans la folie. Mais la folie n'est rien, un simple écart, un jeu, une question d'intensité. Sismographe des émotions, Alizé Meurisse retranscrit sur le papier, à fleur de peau, les vibrations du souffle, les battements des coeurs. Un monde se tisse, se compose et se décompose, tendant inéluctablement vers cette ultime ponctuation, le point final, un grain de beauté.
CHAMBRE ROSE
Pour toute cervelle, une petite morille rose, enfermée à double tour dans ce précieux coffret que vous êtes. Vous pensez que vous êtes quelqu'un, quelque chose de stable, avec des limites bien définies, tracées proprement à la règle, quelque chose qu'on peut juger.
T'es un stéréotype ! Tu as ta propre façon d'agir et de penser, et c'est pas prêt de changer. Plutôt mourir ! Faudra d'abord qu'on te passe sur le corps, ce corps dans lequel tu t'es enterré plus profondément que la tête d'une autruche dans le sable humide ! Ton corps : de la graisse et des os, le tout emballé dans de la peau, aussi joli qu'un paquet cadeau sous l'sapin d'Noël. Tu changeras pas, tu vas juste vieillir. Ta gueule va se rider et se racornir, et t'auras un gros cul tout jaune. D'ailleurs tu vois ça d'ici, tu vois l'tableau, tu vas tout perdre : ta force, ton courage, ton pouvoir. Ton futur est un train qui te fonce droit dans la gueule, et rien ne pourra l'empêcher de t'écrabouiller. Tu ne vis pas dans le présent, tu oscilles entre les pensées nostalgiques et la contemplation stupide de ce train qui met les bouchées doubles pour venir te coller ta claque. Tu oscilles et tu tangues, j'en ai le mal de mer. Tu penses que t'as pas peur de mourir puisque de toutes manières t'as déjà utilisé tout ton stock de peurs dans l'intrigue futile et tragique de ta vie quotidienne. Mais cette nuit dans le noir vient le blanc. La pluie tombe sur la gélatine des toits, les distractions s'effacent aussi facilement qu'une ardoise, et d'un coup de chiffon tu te sens comme un vieux con assis à sa table quand rien n'existe plus, pas même le ciel. Y'a qu'un vide blanc et rien d'autre à faire que se souvenir, et tu te souviens du soleil, du gazon bien vert et des gosses.
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