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La symphonie du loup

Couverture du livre La symphonie du loup

Auteur : Marius Daniel Popescu

Date de saisie : 29/11/2007

Genre : Romans et nouvelles - français

Editeur : Corti, Paris, France

Collection : Domaine français

Prix : 22.00 € / 144.31 F

ISBN : 978-2-7143-0954-9

GENCOD : 9782714309549

Sorti le : 06/09/2007

... Aujourd'hui, je vais vous parler du livre : La Symphonie du loup, de Marius Daniel Popescu, édité par José Corti. C'est le premier roman d'un auteur roumain qui vit depuis dix-sept ans à Lausanne en Suisse, et qui s'est approprié de façon magistrale et semble-t-il facilement notre langue française. Un roman très autobiographique qui va nous faire découvrir l'enfance, puis l'adolescence de l'auteur dans une Roumanie de la fin de règne de Ceausescu où l'absurde kafkaïen du régime du parti unique se fracasse contre la vie, l'envie de vie des individus au quotidien. L'auteur ponctue ses scènes en Roumanie avec de courts et petits récits de son quotidien avec ses deux filles à Lausanne. Un récit plus qu'autobiographique, plus que polyphonique comme on a pu l'entendre souvent, plutôt polybiographique comme le souligne l'auteur, car le faisceau des nombreux narrateurs rassemble le récit en une incroyable peinture de vies. Le livre démarre sur l'enterrement du père du héros raconté par le grand-père, une scène tellement belle et saisissante que vous vous retrouvez happé par le style de l'auteur sans vous en rendre compte. Un style fait de nombreuses répétitions et un souci de détail, de petits détails qui renforcent la puissance narrative. Vous avez remarqué que j'associe ce roman à la vie, parce qu'il y a simplement et définitivement tout dans ce livre. Enfin, pour finir, de mon point de vue, c'est le meilleur roman francophone que j'ai eu entre les mains depuis longtemps, beaucoup trop longtemps. Alors d'un petit point de vue décentré, je dirai : «Prenez-en de la graine, petits écrivaillons nombrilistes parisiens.»...


Nicolas Sandemeier - 27/11/07


  • Les présentations des éditeurs : 17/09/2008

Dès l'ouverture, limpide et poignante, de cette chronique polyphonique que constitue La Symphonie du Loup, le lecteur est saisi par la puissance expressive et narrative de l'auteur, évoquant initialement la scène capitale de son adolescence, au jour où lui fut annoncée la mort accidentelle de son père. D'emblée aussi, la modulation vocale du récit, par le truchement de la voix du grand-père paternel, figure tutélaire faisant pendant à celle du père disparu, inscrit cette remémoration dans le flux et les rythmes d'une véritable épopée personnelle au temps du Parti unique. Dans cette Roumanie de la dictature du «socialisme réel» dont nous découvrons peu à peu le décor déglingué et la vie quotidienne, avec une frise de personnages hauts en couleurs dont la vitalité expansive colore et réchauffe un univers teinté d'absurde, Marius Daniel Popescu puise une substance romanesque effervescente, que son talent de romancier fixe en visions inoubliables, comme celle du cheval martyrisé. En contrepoint de ses rhapsodies «gitanes» proches parfois de la transe, se dessine le motif tout de douceur et de délicatesse de la vie présente de l'écrivain, où le fils éperdu se reconstruit dans son rôle de père attentionné et de «loup» pacifié.
Il y a comme une «chronique européenne» en raccourci dans ce grand récit alterné, profus et généreux, qui brasse plusieurs cultures et les expériences de plusieurs générations, finalement ressaisi dans l'unité d'une langue-geste originale.

J.-L. Kuffer


  • Les courts extraits de livres : 17/09/2008

Il avait presque cinquante ans, une bonne partie de ses che­veux étaient blancs, il nous a quittés deux jours après l'accident. Ces deux jours-là, il était dans le coma, à l'hôpital où ils l'ont opéré à la tête. Les chirurgiens qui l'ont opéré disaient qu'il avait des chances de s'en sortir. Ils lui ont découpé une partie du crâne. Ils avaient demandé à sa femme une signature pour l'intervention chirurgicale. Sa femme a signé qu'elle acceptait les risques de l'opération. Ils étaient mariés depuis deux ans. Ils habitaient dans une petite maison et avec eux il y avait sa fille à elle, de son premier mariage, sa mère à elle et il y avait encore sa grand-mère à elle. Il vivait avec ces quatre femmes dans la maison. La fille à elle avait dix-huit ans. La grand-mère à elle avait quatre-vingts ans. Il était ingénieur en génie civil. La mère à elle était sourde-muette. Elle avait presque soixante ans. Quand il est mort, il travaillait sur un chantier en province. C'était un chantier où il dirigeait la construction d'une fromagerie industrielle. Ces temps-là, il rentrait à la maison seulement le samedi soir. Il repartait sur le chantier le lundi matin. Vers huit heures du matin. Le lundi matin, sa femme n'allait pas au travail. Sa femme était la gérante d'un magasin d'instruments de musique. Elle vendait des violons, des pianos, des flûtes et des batteries. Elle était plus jeune que lui. Elle avait douze ans de moins que lui. Il pratiquait le métier d'ingénieur depuis une dizaine d'années. C'était son deuxième métier. Son premier métier était celui de maître de sports. Il avait pratiqué l'athlétisme. Il avait fait des études de maître de sports. Quand tu es né, il enseignait le sport à des sourds-muets, dans une école spéciale. Il a appris la nouvelle de ta naissance par téléphone. Il n'y avait pas beaucoup de téléphones à l'époque. Il a appris la nouvelle de ta naissance vers neuf heures du soir et il a pris un taxi pour se rendre à l'hôpital. Tu aimais bien aller avec lui en taxi. Quand le taxi passait d'une portion de route couverte par de l'asphalte à une portion de route couverte par des pavés, tu aimais bien le changement de sons créé par le frottement des roues du taxi sur le revêtement de la route. Les sons des roues du taxi, sur les pavés, étaient comme une cavalerie à la charge. Tu aimais bien jouer au cavalier qui chargeait les ennemis. Il a donné un gros pourboire au chauffeur du taxi. Pendant tout le trajet il a dit plusieurs fois au chauffeur qu'il venait d'être père. Il a quitté le taxi et il a parcouru en courant l'espace qui menait au service des nouveau-nés et il a gravi les marches des escaliers trois par trois, jusqu'à la porte, et il a sonné. Le portier de la maternité est sorti pour lui dire qu'il ne pouvait pas te voir en dehors des heures de visite ; le portier de la maternité pensait à un gros pourboire, et il lui a dit qu'il devait revenir le lendemain matin, à partir de dix heures. Ton père a cassé la gueule du portier de la maternité. Il lui a donné deux coups de poing. Il a visé d'abord l'oeil droit du portier de la maternité puis, du deuxième coup il a visé la bouche. Deux coups de poing en pleine figure pour le portier de la maternité. Puis il est monté tout seul à l'étage. Il a commencé à ouvrir les portes des salles et il appelait ta mère par son prénom. Il a réveillé tout le monde. Il vous a vite trouvés. Les infirmières et les médecins n'ont pas pu l'empêcher de vous voir à dix heures du soir. Il savait que tu étais né prématurément. Tu es né à sept mois, et quand il est entré dans la pièce où tu étais avec ta mère, il t'a vu dans la couveuse et il a dit à l'infirmière «sortez-le !», et l'infirmière t'a sorti immédiatement et il t'a pris dans ses bras et il t'a embrassé et il a dit que tu avais un gros nez. Il a embrassé ta mère. Il te portait dans ses bras et il souriait dans la chambre d'hôpital. Tu n'as pas un gros nez. Tu as son nez à lui.


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