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Auteur : Francis Dannemark
Date de saisie : 15/12/2007
Genre : Romans et nouvelles - français
Editeur : R. Laffont, Paris, France
Prix : 18.00 € / 118.07 F
ISBN : 978-2-221-10959-5
GENCOD : 9782221109595
Sorti le : 23/08/2007
Florent et Paul sont de faux jumeaux mais de vrais frères. Leur famille vit à la frontière allemande, dans un ancien territoire du Saint-Empire devenu belge après la Première Guerre mondiale. Ils naissent au milieu des années 1950, dans la rumeur à peine éteinte de la guerre de 1940-1945, qui a dévasté la région, et grandissent entre un père tendre, mais fragile et souvent absent, et une mère profondément perturbée, dans une maison plantée au bord d'une vaste forêt, à côté de la scierie familiale. Il y a du cauchemar dans cet univers-là - trop de souffrances, trop de souvenirs noirs, trop d'ombres et de fantômes. La peur n'est pas loin de transformer la vie en impasse. Mais Florent et Paul vont recevoir de l'aide. Notamment celle de Laszlo et Paliki, des nains hongrois un peu magiciens, celle de leur cousine Agathe et, beaucoup plus tard, celle d'un très vieux médecin anglais qui a appris dans un monastère au Cachemire quelques façons de vivre en harmonie. La musique, les films et les livres vont aussi apporter aux deux frères des raisons de ne pas désespérer.
Florent le musicien et Paul le professeur de sciences vont peu à peu trouver leur voie et leur équilibre, au fil des années et des épreuves - particulièrement douloureuses dans le cas de Florent, que nous rencontrons au moment où il vient de retrouver ou de perdre la femme de sa vie...
Avec Le Grand Jardin, Francis Dannemark nous offre une fresque romanesque qui est tout à la fois une chronique familiale, le portrait d'une époque, le récit d'un apprentissage, un conte poétique et une grande histoire d'amour.
Francis Dannemark est né en 1955 sur la frontière franco-belge. Enseignant, directeur d'un centre culturel, organisateur de nombreux festivals littéraires européens, il est aujourd'hui conseiller littéraire et éditeur. Il dirige la collection «Escales des lettres» qu'il a fondée en 1998 au sein des éditions Le Castor Astral.
Il est l'auteur d'une trentaine de livres publiés principalement chez Robert Laffont et au Castor Astral, parmi lesquels Choses qu'on dit la nuit entre deux villes ; La Longue Promenade avec un cheval mort ; Qu'il pleuve ; Mémoires d'un ange maladroit ; Les Agrandissements du ciel en bleu.
Ce roman possède l'épaisseur des grands textes, des grandes oeuvres. On y contemple des vies qui s'éteignent. Devant les désastres doux du temps qui passe, survient une impression bizarre de mélancolie, une manière d'«aquabonisme». Et surtout, une tendre humanité qui, sans larmoyer, sans tambour ni trompette, sans grandes déclarations, parvient à vous nouer la gorge d'émotion. On l'aura compris, Francis Dannemark, déjà auteur d'une trentaine de livres, signe là un roman important.
Non. Elle avait écrit ce mot-là, non, et d'autres mots, toute une lettre, au milieu de la nuit, et la lui avait envoyée par e-mail : «Non, je ne peux pas, je ne suis plus amoureuse de toi, je pense encore à lui, je n'ai pas osé te dire la vérité en face...»
Il avait trouvé son courrier un peu avant l'aube, l'avait lu en un instant, avait préparé le repas et réveillé les enfants, les avait embrassés comme chaque matin, sur les joues, sur les yeux, quand ils étaient partis pour l'école, et il les avait regardés s'éloigner dans le vent piquant de décembre, sous l'étrange lumière jaune de la lampe qui éclairait la rue comme une salle d'attente dans une gare déserte.
Une fois la porte refermée, il avait fait chauffer de l'eau, préparé du thé. Mais il ne l'avait pas bu. Son sang était soudain devenu blanc et glacé, quelque chose en lui avait explosé en silence et chaque centimètre de sa peau avait brûlé. Puis plus rien. Sable ses yeux, poussière ses mains, ses jambes. Plus bouger, plus respirer.
Une heure plus tard, quelqu'un avait sonné à sa porte. Une fois, deux fois, trois fois. Florent avait ouvert les yeux. Appuyé sur le bouton qui commandait l'ouverture de la porte. L'amie qui chaque mois, depuis toujours, vérifiait sa comptabilité entra dans la cuisine. Lui toucha le bras, lui demanda d'une voix douce ce qu'il avait. Il se mit alors à pleurer. Silencieusement. Longtemps. Comme quelqu'un qui n'a plus pleuré depuis la nuit des temps, qui ne sait même plus ce que ça peut bien être, des larmes. L'amie le serra dans ses bras, lui posa deux doigts sur chaque tempe. Elle le ranima tout doucement. Le jour s'était levé, le chat regardait la porte du jardin. Elle la lui ouvrit mais il resta au bord de la terrasse, ni dehors ni dedans.
Florent, dans un fauteuil, n'avait toujours pas dit un mot. Elle lui demanda de raconter ce qui lui arrivait. Comme il se taisait encore, elle lui dit : «Je ne sais pas ce que tu vas me dire mais moi, je vais te dire quelque chose. On se connaît depuis si longtemps qu'on ne compte plus les années. Je sais ce que tu as traversé. Je sais aussi que je connais peu de gens capables de franchir des épreuves terribles et d'en sortir sans perdre cette petite flamme que tu as dans les yeux. Regarde-moi, Florent, dis-moi ce qui t'arrive.»
Alors Florent essaya un sourire. C'était comme si une statue se mettait à bouger, on aurait pu entendre travailler la pierre. Mais c'était un sourire.
Après, il y eut des mots. L'effort de Florent pour raconter à son amie le chagrin qui l'avait envahi, la douleur qui lui mangeait le coeur et verrouillait ses poumons.
Trois jours plus tôt, après plusieurs années d'un amour qui s'était construit en marge, à leur insu, et après deux semaines qui avaient fait se retourner sa vie comme un iceberg, il avait demandé à la femme qu'il aimait d'être sa fiancée - il avait employé ce mot-là, fiancée. Elle avait dit oui, dans un petit jardin, oui, les yeux brillants, dans l'air froid et humide d'une nuit d'hiver, oui. Et deux jours plus tard, elle lui avait écrit cette lettre qui disait non, non, je ne veux pas vivre avec toi, jamais.
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