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Roman Cieslewicz

Couverture du livre Roman Cieslewicz

Préface : François Barré

Date de saisie : 06/10/2007

Genre : Arts

Editeur : Delpire, Paris, France

Collection : Poche illustrateur

Prix : 12.00 € / 78.71 F

ISBN : 978-2-85107-232-0

GENCOD : 9782851072320

Sorti le : 24/10/2007

  • La voix des éditeurs : Robert Delpire - 03/10/2007

Robert Delpire - 28/06/2007


  • Les présentations des éditeurs : 06/10/2007

S'il fallait caractériser, vite, le talent de ce surdoué polonais émigré en France dès 1963, c'est le mot "jaillissement" qui s'imposerait tant son oeuvre témoigne, dès ses débuts, d'une effervescence de l'imagination servie par une surprenante aisance à manier les signes graphiques, lettres et couleurs incluses, des signes qu'il mène à un point d'exaspération d'une stupéfiante efficacité. Ses noirs cernent rigoureusement le propos, ses rouges font flamber la page.
Les directeurs de communication et ceux de la presse illustrée ne s'y sont pas trompés qui l'ont chargé de donner à leurs produits une image de modernité et d'extrême spécificité.
Affiches de cirques et d'opéras, de musées et de films, campagnes publicitaires, logotypes et alphabets, photomontages et collages, tout lui est bon à démontrer, avec une audace parfaitement contrôlée, son exceptionnelle virtuosité.

Introduction de François Barré
Notices biographique et bibliographique


  • Les courts extraits de livres : 06/10/2007

Extrait de l'introduction de François Barré :

A VIF, L'IMAGE ROMAN

Il n'y a aucune forme, aucune image, aucune chose au monde qui ne dise rien.
Kandinsky

Je me souviens de l'exposition Ils collectionnent organisée par François Mathey au musée des Arts décoratifs en 1974. On y trouvait des êtres étranges : calcéologues (collectionneurs de chaussures), aqualabélophiles (étiquettes de bouteilles d'eau), microtyrosémiophiles (étiquettes de crèmes de gruyère), papyrencosbibéphiles (papiers buvards), cervalobélophiles (sous-bocks de bière), mais aucun huhulophile (chouettes et hiboux), schoïnopenxatophile (cordes de pendus), ni Dieu ce "collecteur de prépuces" selon Joyce, ce qui aurait pourtant ajouté au côté panique de l'opération et ravi Roman Cieslewicz, présent en tant que glycophile (sucres emballés) - mais il aurait pu l'être tout autant au titre de l'iconophilie, de l'ima-gophilie (les images publicitaires) ou de la Jocondophilie. J'arrête cette énumération de peur d'être pris pour un énumérophile (collectionneur de listes) invétéré. Ce rappel n'est cependant pas indifférent car Roman Cieslewicz a toujours cultivé le goût du dénombrement, du classement et du croisement des mots et des images.
Lorsque Chantai Petit-Cieslewicz déposa les archives de Roman Cieslewicz au musée de Grenoble, on put recenser six cent treize boîtes dont les contenus divers et méthodiquement rassemblés recelaient les cartes de possibles univers et constituaient le campement d'une singulière force d'intervention. Le réservoir des sens cher à Nelly Kaplan passait chez lui par la gourmandise d'un dévoreur d'informations, parisien et polonais, riche d'une culture plus que double, critique au regard acéré mais amusé, soucieux de fraternité sans pathos, insensible aux leurres et aux simulacres des marchands de biens et d'idées, combattant sans brigades, fort de sa main, de ses ciseaux, de son inépuisable talent. Ces boîtes mémoires recelaient ce qui concerne le métier (couleurs, matières, typographie, logotypes, affiches, couvertures, commandes, travaux, graphistes...), les référents de l'histoire de l'art (Bauhaus, avant-garde russe, surréalisme, Pologne, pays...), ses amis, l'actualité et ses acteurs, mais encore un inventaire de figures disposant d'une boîte chacune : "pape, diables, anges, Walesa (dont il fut l'un des premiers à dire la bêtise dévote), monstres, saints, maladie épidémia, Katastrofa, alcool, chaussures, la bouche, le pied, l'oeil, la main, l'oreille, cheveux, Che Guevara, tatouages, jambe, Jésus, Eros + panoplie, Islam, Mao, pin-up, Vietnam, antisémitisme, Arcimboldo, Auschwitz, images pour la lutte contre le sida, panic, Malakoff (où il habitait et travaillait)..."
Cet appétit de savoirs et de saveurs allait de pair avec le plaisir et le don de trouver dans les objets du quotidien, les fétiches popu­laires, les souvenirs et les jouets, souvent insatisfaisants au regard du bon goût, des trésors d'imagination, des insolences et de réjouissantes incongruités. Il rejoignait ainsi Proust évoquant la mauvaise musique "bien plus que la bonne [...] remplie du rêve et des larmes des hommes", ou Rimbaud proclamant son amour des "peintures idiotes, dessus de portes, décors, toiles de saltimbanques, enseignes, enluminures populaires..." et déclarait comme en écho "Je suis invariablement attiré par les icônes de la rue et de l'actualité, les faits-divers, la gravure du XIXe siècle, bavarde et anecdotique, les affiches déchirées..." Nulle démagogie en cela mais une altérité vive et une défiance attentive à l'égard des normes et des convenances. Il ne voulait surtout pas déserter le quotidien et se réfugier dans la posture satisfaite de l'artiste rongé par une solitude altière. Travaillant comme un artisan de l'ère prénumérique, il n'a jamais, comme de nombreux graphistes frappés du complexe de "l'art mineur", revendiqué d'être un artiste. Il savait que pour l'être, l'appartenance à une catégorie ou une profession ne compte pour rien. Ce qui importe est ailleurs, tout entier dans l'oeuvre produite. L'art d'un graphiste, et tout particulièrement celui de Cieslewicz, tient dans sa capacité à relever un double défi : être lui-même dans sa singularité tandis qu'il répond à une demande, et savoir toucher directement et immédiatement sans abandonner les exigences de l'invention.


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