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Auteur : Clara Dupont-Monod
Date de saisie : 15/11/2007
Genre : Romans et nouvelles - français
Editeur : Grasset, Paris, France
Prix : 17.90 € / 117.42 F
ISBN : 978-2-246-61571-2
GENCOD : 9782246615712
Marie-Sophie Goniaux
Juette est née en 1158 à Huy, une petite ville de l'actuelle Belgique. Cette enfant solitaire et rêveuse se marie à treize ans dans la demeure de ses riches parents. Elle est veuve cinq ans plus tard. Juette est une femme qui dit non. Non au mariage. Non aux hommes avides. Non au clergé corrompu. Violente et lucide sur la société de son temps, elle défend la liberté de croire, mais aussi celle de vivre à sa guise. Elle n'a qu'un ami et confident, Hugues de Floreffe, un prêtre : à quelles extrémités arrivera-t-elle pour se perdre et se sauver ? Car l'Église n'aime pas les âmes fortes...
De ce Moyen Age traversé de courants mystiques et d'anges guerriers, qui voit naître les premières hérésies cathares, Clara Dupont-Monod a gardé ici une figure singulière de sainte laïque. Elle fait entendre enfin la voix de Juette l'insoumise. Peut-être l'une des premières féministes.
Née en 1973 à Paris, Clara Dupont-Monod est l'auteur de deux romans, Eova Luciole (1998) et La Folie du roi Marc (2000), et d'un document, Histoire d'une prostituée (2003).
Clara Dupont-Monod fait exister, avec justesse et sensibilité, cette femme qu'on se gardera de trop vite décréter, au risque de l'anachronisme ou du cliché, moderne ou féministe avant la lettre. Victime des hommes, certainement. Victime aussi des rigidités de l'institution religieuse médiévale. Mais à tout cela rebelle par instinct plutôt que par réflexion ou conviction. Juette apparaît en effet comme un tempérament anxieux et exalté, mû par un souci de pureté d'une vigueur inquiétante. Emouvante et ambiguë - c'est là son atypique beauté.
Derrière la patine des siècles écoulés, on sent la colère d'une auteure qui explore les marges sociales et n'a pas oublié qu'en 2003 elle fit parler, dans un livre-document, une prostituée bulgare. Ce dialogue a laissé des traces, si l'on en croit la haine violente des hommes, le refus de lien affectif, de contact corporel, qui marquent la figure solitaire de Juette, dont la phrase rêche, frémissante, claque à chaque ligne. C'est là aussi que Clara Dupont-Monod réussit à redonner tout son relief à cette ancêtre étrangement moderne des combats féministes du XXe siècle.
Qui était Juette ? Une sainte laïque, une exaltée en quête de pureté, une rebelle dans un siècle où la femme n'avait pas sa place ? «J'ai des fleurs vénéneuses dans la tête, depuis l'enfance», lui fait dire Clara Dupont-Monod, qui redonne voix à cette figure méconnue du Moyen Age...
Cette exclue parmi les exclus, dressée contre l'ordre établi, dérangea le clergé qui préféra l'oublier. Le roman vrai de Clara Dupont-Monod fait résonner les vibrations d'une âme forte et insoumise.
Qui était Juette ? Une sainte laïque, une exaltée en quête de pureté, une rebelle dans un siècle où la femme n'avait pas sa place ? «J'ai des fleurs vénéneuses dans la tête, depuis l'enfance», lui fait dire Clara Dupont-Monod, qui redonne voix à cette figure méconnue du Moyen Age...
L'auteur a découvert l'étrange Juette, dans un livre de Georges Duby, «Dames du XIIe siècle». La suppliciée volontaire, l'emmurée vive, lui a inspiré un récit d'une singulière beauté...
Le roman vrai de Clara Dupont-Monod fait résonner les vibrations d'une âme forte et insoumise.
Tous les matins, je dois coudre. Ma mère m'attend dans la grande salle. Elle est assise devant le feu. Elle ignore le soleil d'automne qui trempe les pierres et tape contre les murs. Au-delà de la ville, les collines se laissent brûler le dos. Pourquoi restons-nous enfermées ? Je voudrais aller coudre sous l'arbre de la cour. Nous serions assises dans la lumière orange. Autour de nous, les toits et les clochers deviennent d'une pureté irréelle. Leurs contours sont très foncés. Ils tranchent avec l'éclat du ciel. L'ombre et le soleil se battent sans se mêler, dessinant l'échiquier que mon père installe pour les invités. Cette danse de noir et de blanc se déroulerait pour nous seules. Une voisine passerait, le panier rempli de poires, pour nous donner des nouvelles du monde.
Elle dirait en me regardant : «Comme tu es jolie !» Ma mère sourirait. Je serais heureuse d'être sous l'arbre à cet instant. Ce bonheur m'appartiendrait, blotti en moi comme un coeur orange.
Ma mère ne sourit pas quand je descends l'escalier. Peut-être que je ne suis pas assez jolie. Je dois m'asseoir. Je pose le tissu sur mes genoux. Il fait si chaud devant ce feu. Je sens mes doigts s'alourdir. Ils gonflent comme des tonneaux. Je suis sûre qu'un jour ils se détacheront pour tomber à mes pieds et je ne pourrai plus jamais manier l'aiguille.
Ma mère dit qu'on ne trouve pas de mari si on ne sait pas coudre.
La moitié de sa tête est éclairée par la lueur du feu. Elle fredonne, penchée sur son ouvrage.
Toutes étaient filles de Meuse
Même sol et même sang
Couronne à ma jeunesse heureuse
Même chanson et même accent.
Je regarde les tresses nouées sur ses tempes, le menton carré, les plis de sa tunique. Est-ce que Dieu la trouve belle ? Est-ce vrai que chacun est digne d'amour ? La silhouette est parfaitement immobile, sauf les doigts. Us bougent sur le tissu comme des algues blanches.
Pas seulement les amoureuses
Chacune tendre autour de moi
Chacune fille de Meuse
Le même coeur, la même voix.
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