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Auteur : Pierre Pelot
Date de saisie : 06/09/2005
Genre : Romans et nouvelles - français
Editeur : Ed. Héloïse d'Ormesson, Paris, France
Prix : 19.00 € / 124.63 F
ISBN : 978-2-35087-061-8
GENCOD : 9782350870618
Sorti le : 06/09/2005
... Les vraies librairies où il y a de vrais libraires, c'est quand même un bel endroit. Pousser la porte d'une librairie, c'est entrer chez des centaines voire des milliers d'amis, donc c'est quand même une grande chose. Les libraires eux-mêmes, qui sont les amis des amis et qui sont les premières chevilles qui vont sceller le destin, on va dire, d'un livre et de son lecteur possible, ça, c'est... Moi, j'ai une grande admiration, je peux le dire, oui, pour les libraires, et je me sens très très bien dans les librairies qui, bien entendu, devraient avoir plus de portes. Et donc si les libraires n'existaient, alors qu'est-ce qu'on deviendrait, et qu'est-ce que les livres deviendraient ? Ça ne suffit pas, les grandes surfaces. Je ne crois pas en tout cas. En grandes surfaces, les livres, c'est des objets, un peu comme n'importe quel autre objet. Leur place, c'est quand même vraiment les librairies, en compagnie donc des libraires qui les guident et qui les dirigent, je pense. Au revoir, et au revoir à travers les livres, parce que ce n'est qu'un au revoir, bien évidemment. Et se revoir à travers les livres, c'est encore là de toute façon le principal. «Au revoir», c'est un beau mot, c'est une belle expression. Au revoir aux libraires, aux librairies et aux lecteurs bien entendu.
C'est vrai qu'il se passe quelquefois des choses insensées et qu'on ne comprend pas. Des choses en dehors des rails, a coté de la normale, au-dessus, en dessous... De la neige en juillet, ça c'est vu. Des presque canicules en janvier. Comme un grand bordel dans les normales saisonnières.
Pont-Croix, petite ville bretonne des environs de Douarnenez. Datier y est venu hors saison se promener le long de la côte, plus particulièrement entre la Pointe du Van et celle du Raz. Un homme paisible, en apparence. Mais avec une arme au fond de son sac, il risque de mettre le feu aux poudres.
Itinéraire énigmatique d'un chasseur ? Tempête sous un crâne ? Expert en scénarios implacables, Pierre Pelot aime à brouiller les pistes. Dans un climat de vrai faux roman criminel, il dose le suspense et défie le rationnel. Ses Normales saisonnières repoussent les limites de l'écriture pour sonder l'inconscient au plus près.
Né en 1945, Pierre Pelot a signé plus d'une centaine de livres, du polar à la SF en passant par la BD. Il est l'auteur notamment de L'Été en pente douce, Natural Killer, C'est ainsi que les hommes vivent, Méchamment dimanche et de L'Ombre des voyageuses.
On dira, en premier lieu, l'essentielle étrangeté de ce très beau roman, l'un des plus réussis de cet automne, son mystère immobile à la Patricia Highsmith, la qualité de sa langue, d'une blancheur incandescente. Pierre Pelot joue sur le ralenti, la finesse des détails, un sens machiavélique de la construction pour installer une atmosphère de menace étouffée, où rien n'est jamais sûr, sauf le drame qui peut surgir à tout instant.
Pierre Pelot a parfaitement réussi à jouer l'économie. Il regarde son personnage d'un oeil clinique, tenant le couvercle à deux mains pour ne laisser passer que le nécessaire. Son personnage, qui n'exprime rien, poursuit un but, mais lequel ? Entre les déambulations dans le paysage breton, l'auteur a inséré un dialogue en flash-back qui explique petit à petit le moment présent. L'échange s'établit de manière polie et familière -deux amis qui semblent se retrouver après de longues années- puis grimpe en agressivité au fur et à mesure du roman. Cochise demeure impénétrable, voire insensible. Sauf quand un de ses rares souvenirs perce le cuir. Une histoire d'amour à mort. La réminiscence d'une étreinte brûlante dans une forêt où tombe la neige sans cesse. Et où «c'était l'été dans un soleil brûlant derrière le ciel de brume et les milliards de flocons dansants». Encore une dérogation notable aux normales saisonnières.
Surprise : Pierre Pelot, le romancier vosgien, signe un court roman maritime, battu par les embruns bretons. Une réussite...
Stupeur. Incompréhension. Une intrigue en percute une autre. Une étincelle de sensualité embrase violemment la suite du récit. Et l'on comprend que Pierre Pelot, tel un marionnettiste facétieux, s'est follement amusé à tirer les fils narratifs de cette série d'histoires entrelacées comme les mailles d'un filet de terre-neuvas. Compte tenu des normales saisonnières, la pêche de Pelot aura été miraculeuse.
Pour en finir avec cet été bien au-dessous des normales saisonnières, rien de tel qu'un roman à l'anormale étrangeté...
On ne sera pas déçu. Jusqu'à la dernière ligne, et même après avoir refermé le livre, tout demeure énigmatique. On est tantôt du côté de Corto Maltese - il est parfois question, allusivement, de dessins et de BD -, tantôt dans l'immobilité angoissante de Highsmith, où l'on pressent le drame, sans savoir quand l'événement va se produire...
A la toute fin, si l'on se reporte au début, on peut peut-être prendre l'hypothèse qu'on vient de lire simplement un récit dans le récit, une tempête sous un crâne, un livre ou un scénario écrit dans sa chambre, et pas nécessairement en Bretagne, par le héros, Cochise Datier, dont on sait qu'il est un écrivain et un scénariste, auquel on reproche volontiers ses "scénarios à deux balles". Mais rien n'est sûr et on s'en moque, ce livre n'est pas un rébus qu'il faudrait décrypter, c'est une très belle dérive, un mystère breton.
LA GAMINE AUX YEUX LUISANT DE LARMES posa Sa main ouverte sur le combiné et cria au garçon : -Vas-y ! Appelle-le ! Dépêche-toi ! Puis retira sa main :
- Allô ? Oui, Fabi est parti le chercher, je sais pas où il est, il était dehors, dans le jardin, tout à l'heure... Tu reviens quand ?
Couché sur le lit défait il regardait le plafond.
Le soleil de cette dernière semaine d'août n'empêchait pas une certaine fraîcheur, apparue dès le milieu du mois. Des barres de lumière horizontales traversaient la chambre de part en part, glissant par les fentes des volets fermés. À l'évidence le lit n'avait pas été refait depuis un moment, les draps froissés tirés sur un côté découvrant une partie du matelas, l'oreiller au sol et la couverture repoussée au pied.
La cendre de la cigarette tomba quand ses doigts frémirent et il écrasa le mégot dans le couvercle métallique trop plein qui faisait office de cendrier. Le geste mit à mal l'équilibre du couvercle sur les draps entortillés, un peu des cendres se renversèrent.
Des vêtements étaient éparpillés sur la moquette, des cannettes de bière, plusieurs bouteilles de whisky et autant de Tequila Gold, avec en vrac, à portée de main à la tête du lit, les boîtes et flacons de tranquillisants. De plusieurs sortes. La carabine posée sur le lit, à côté de lui, canon vers le haut. Une réplique 22 de Winchester.
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