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Mon frère est fils unique ou La vie déréglée d'Accio Benassi

Couverture du livre Mon frère est fils unique ou La vie déréglée d'Accio Benassi

Auteur : Antonio Pennacchi

Traducteur : Jean Baisnée

Date de saisie : 21/12/2007

Genre : Romans et nouvelles - étranger

Editeur : Dilettante, Paris, France

Prix : 25.00 € / 163.99 F

ISBN : 978-2-84263-144-4

GENCOD : 9782842631444

Sorti le : 24/08/2007

Nous sommes dans les années soixante en Italie. Il s'appelle Accio. Sa famille est nombreuse, elle a des moyens modestes et une foi sans lézardes. On accompagne Accio dans ses errances : l'école, les fugues, le confessionnal, les bagarres, l'adhésion au MSI, parti néo-mussolinien. On le suit dans la découverte de la sexualité et de ses émois, dans le changement de couleur de sa chemise qui vire au rouge pour les beaux yeux de Francesca : manifs, piquets de grève, bagarres encore et toujours, coups de boule et coups de coeur, clandestinité.
Sous titré La vie déréglée d'Accio Benassi, ce livre nous propose un tableau très sensible de la vie d'un adolescent dans l'Italie moderne entre Guerre froide et années de plomb ; il nous invite autant à rire qu'à méditer et se lit d'une traite.

N.B. Le film de Daniele Luchetti sorti en septembre est une bonne adaptation du livre ; il a été présenté à Cannes dans la sélection Un certain regard.

P.S. Né à Latina en 1950 Antonio Pennachi a été jusqu'à récemment travailleur de nuit dans une usine. Très jeune il s'inscrit au MSI (parti néofasciste) avant d'en être expulsé et de rejoindre le Parti Communiste Italien. En 1982 il rompt avec la politique, se met à fréquenter la fac et à écrire des romans.
Mon frère est fils unique (2003) est le premier roman traduit en français d'Antonio Pennachi.


  • Les présentations des éditeurs : 17/09/2008

«Tu es devenu communiste ?
- Non, anarchiste.
- C'est déjà ça.»

Antonio Pennacchi. Né à Latina en 1950 et depuis : marié, père de deux enfants, grand-père. Jusqu'à récemment, il fut travailleur de nuit dans une usine. Très jeune, il s'inscrit au MSI (parti néofasciste), avant d'en être expulsé et de rejoindre les troupes marxistes-léninistes, puis le Parti Communiste Italien ainsi que de nombreux syndicats et mouvements comme le PSI, la CGIL, la UIL... En 1982, son expulsion de la CGIL marque une rupture avec la politique. Il a alors plus de quarante ans, fréquente pour la première fois les bancs de la fac, et se met à écrire des romans.



  • La revue de presse Fabio Gambaro - Le Monde du 7 septembre 2007

Toutefois, si ce roman est une réussite, ce n'est pas tellement pour sa lecture de l'époque, mais plutôt pour la vitalité et la force de transgression de son inoubliable protagoniste : Accio Benassi, quatrième de cinq enfants d'une famille prolétaire de Latina, dans le Latium. Un garçon rebelle, polémique, violent, et instinctif, qui réagit au quart de tour et n'a jamais la langue dans sa poche...
De la même façon, la traduction restitue seulement en partie - mais ce n'était pas facile - la richesse de la langue de Pennacchi, qui exploite habilement une variété de registres, allant du dialecte romain au latin, de l'argot au langage politique de l'époque. Cette langue très originale explique la réussite de Mon frère est fils unique, un roman picaresque parcouru par une énergie inépuisable, qui propose une chronique hilarante et absolument anti-idéologique d'une époque où les jeunes voulaient tout et où la famille politique remplaçait souvent les liens de sang.


  • Les courts extraits de livres : 17/09/2008

Un jour, j'en ai eu marre d'être au collège. Je suis allé trouver le père Cavalli et je lui ai dit :
«Je n'ai plus envie de devenir prêtre, je veux retourner dans le monde.
- Dans le monde ?
- Oui, je veux aller voir comment il est fait.»
Il n'arrivait pas à y croire. Il a insisté autant qu'il a pu : «Mais j'avais l'impression que ta vocation était solide. Il faut qu'on y réfléchisse. Si ça se trouve, il s'agit d'une crise qui va te passer. Demandons conseil au Seigneur et attendons.»
Pour moi, pas question. J'en avais marre, voilà tout. Alors il a téléphoné à ma mère, ou plutôt il a appelé Mme Elide, qui était la seule dans le coin à avoir le téléphone, pour joindre ma mère et lui suggérer, à elle aussi, d'attendre un peu. Mais celle-ci - je veux dire maman, pas Mme Elide - a été encore plus brutale que moi : «S'il veut rentrer, qu'il rentre et qu'on n'en parle plus ! Inutile de traînasser. Béni soit Jésus-Christ !»
Et c'est comme ça que je suis revenu.
Le frère Pippo m'a accompagné. À Rome, nous avons pris le bus. Un bus rouge, je m'en souviens encore. Nous étions assis tous les deux à l'arrière, sur les sièges du fond. Pendant qu'on attendait le départ, les portières étaient ouvertes et laissaient passer l'air. Je sentais le vent sur mon visage. On était au début du mois de mai et le soleil brillait. Le frère Pippo tournait et retournait entre ses doigts le cordon noir de la congrégation de Saint-Vincent-de-Paul qui se mêlait à la couronne de son chapelet. À l'avant le chauffeur, tout débraillé, avait les pieds sur le volant et la radio marchait à plein volume. C'était Betty Curtis qui chantait à tue-tête : «Chari-ooot... La terra, / la terra / ci portera fortuna. / La luna, / la luna / ci svelerà il domani.» Et moi, je rentrais à la maison, heureux et content.
Mais les autres, à la maison, n'étaient, de toute évidence, ni heureux, ni contents.


Ils étaient déjà eux-mêmes à l'étroit. Et vaille que vaille, chacun s'était conquis son petit coin. Dans une chambre, Otello et Manrico, dans l'autre, mon père et ma mère avec Violetta et Mimi. Papa était un maniaque de l'opéra : les deux premières, il les avait baptisées Norma et Tosca. Elles revenaient, elles aussi, de temps en temps, avec maris et enfants, et alors il fallait se débrouiller : ces étrangers dans la petite chambre, Otello et Manrico dans la salle à manger sur des matelas par terre.
Qu'est-ce qui avait pu fourrer dans la tête de mon père l'idée de mettre au monde tous ces enfants ? Sept, quatre filles et trois garçons. C'était la faute de Mussolini et de la Sainte Vierge. Mussolini, parce qu'il donnait une prime pour chaque enfant qui naissait et - même s'il est mort en 1945 et qu'on a cessé de donner la prime - mon père a gardé le pli. Il a continué à faire des enfants jusqu'en 1953, l'année où ma mère a dit, une fois pour toutes : «Assez !» Elle en avait vraiment assez. Chaque soir c'était une tragédie. Elle emmenait dans son lit un de ses enfants, presque toujours la plus petite, Mimi, la seule qu'elle ait jamais couverte de baisers et qui s'appelait de son vrai nom Turandot. Elle la mettait au milieu, bien au milieu, pour empêcher son mari de sauter de son côté. Et ça a duré pendant des années, même après la ménopause. Je ne parle pas de son habitude d'emmener Mimi dans son lit mais de celle d'empêcher mon père de sauter. «Maintenant ça me dégoûte, disait-elle, je n'arrive pas à comprendre celles qui y trouvent du plaisir.» Lui, pourtant, il avait l'air d'en trouver.


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